La vague de contestation en Amérique Latine

par Olivier Dabène

La notion de "printemps latino-américain", popularisée par les médias, rend sans doute compte d’une l’accélération des mobilisations en 2019 dans cette région, mais elle en exagère la singularité. L’Amérique latine voit se développer des manifestations massives depuis au moins 2012, traduisant une mutation des formes d’expression en démocratie. Depuis dix ans, en effet, les manifestations de rue sont devenues un registre "normal" d’expression palliant les limites des dispositifs représentatifs et participatifs. Les enquêtes montrent une augmentation du nombre de personnes déclarant participer à des manifestations et tolérant les expressions "antisystème" pacifiques. Cette évolution est plus particulièrement notable parmi les enquêtés ayant un haut niveau d’éducation.

Les grandes manifestations sont lancées en réaction à des motifs d’insatisfaction variés, que l’on peut ramener à trois catégories :

- politique : élections truquées (Honduras 2017, Bolivie 2019), dirigeants corrompus (Guatemala 2015) ou jugés incompétents (Brésil 2016), dérive autoritaire au Venezuela (2017) ; - économique : pouvoir d’achat menacé (Brésil 2013, Équateur 2019, Chili 2019, Colombie 2019) ; - sociétal : violence contre les étudiants (Mexique 2014) et les femmes (Argentine 2015, Chili 2019). 

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