Quelle politique économique pour le prochain quinquennat ?

Quelles seraient les mesures économiques que devrait réellement envisager le prochain président ? Le bilan de François Hollande est-il si désastreux ? A Sciences Po, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), organisme indépendant de prévision, de recherche et d’évaluation des politiques publiques, scrute les grands thèmes de la campagne présidentielle. Interview avec son président, Xavier Ragot.

À l’issue du mandat de François Hollande, quel bilan faites-vous de l'action économique de son gouvernement ?

Xavier Ragot : Celui d’un bilan assez intrigant, parce que marqué par une forte différence d’appréciation entre l’action de ce gouvernement et la réalité des mesures économiques prises. Au cours du quinquennat, le gouvernement de François Hollande a tenté de gérer les conséquences de la crise financière et européenne débutée en 2012 autour de deux axes forts : restaurer la compétitivité des entreprises et viser l’équilibre des finances publiques. Si l’action sur le premier axe semble positif, celle du second a été marquée par une politique trop brutale de hausse d’impôts qui a cassé la croissance et a mené à l’austérité. Dans le même temps, il faut reconnaître qu’on assiste au rétablissement, certes lent et poussif, mais bien réel, de la croissance, accompagné d’une réduction du chômage et de la dette publique. Par ironie du sort, il est probable que les effets bénéfiques de cette politique soient portés au crédit du prochain gouvernement.

Les enjeux économiques vous semblent-ils abordés à leur juste mesure par les candidats au cours de cette campagne présidentielle ?

X. R. : On est en plein paradoxe. L’analyse économique est présente partout mais ne cerne pas pour autant les enjeux politiques essentiels. Il y a une plus grande précision économique des programmes, résultat entre autres du processus des primaires et d’une demande d’information de la part des citoyens et des journalistes, mais les enjeux réels comme la question européenne, la transition énergétique, manquent cruellement au débat. Peut-être parce que les analyses économiques des candidats se fondent sur l’équilibre à court terme du budget de l’État, et non sur les questions essentielles de long terme qui impactent pourtant bien notre vie quotidienne.

Quelles devraient être les grandes mesures économiques prises par le prochain gouvernement  ?

X. R. : L'OFCE a réalisé un ensemble d'analyse sur les thèmes importants pour le prochain quinquennat : tissu productif, inégalités hommes-femmes, fiscalité du capital, revenu universel, etc. Trois domaines en particulier cependant me semblent essentiels. Tout d’abord, l’Europe.  Il faut construire une architecture européenne pour retrouver la croissance et le débat politique, et notamment gérer le problème de la Grèce qui empêche de se projeter dans le futur. Deuxième domaine important, la transition énergétique. Envisager un scénario cohérent à très long terme, avec toutes les implications en matières de dépense publique, de fiscalité écologique, de logement, de transport… et amorcer une modification profonde de nos modes de vie, au niveau français, européen et mondial. Enfin, l’éducation. Aller vers plus de justice sociale en pensant l’éducation dans sa globalité ; faire évoluer le système d’enseignement vers davantage de cohérence entre l’université, les grandes écoles, les organismes de recherche, le collège, le lycée, la formation professionnelle… Créer des porosités entre tous ces environnements pour les faire évoluer dans le sens de plus efficacité et de justice sociale.

par Sylvie Le Golvan (OFCE)

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