Entreprenariat : pourquoi les filles osent moins

Moins présentes que les garçons dans les projets de start-up incubés à Sciences Po, les étudiantes ne se sentent parfois pas suffisamment légitimes pour se lancer. Anne Boring, économiste, spécialiste des inégalités femmes-hommes et chargée de mission à Sciences Po, nous explique pourquoi. Et comment s’attaquer aux stéréotypes qui les freinent.

Pourquoi faudrait-il inciter davantage les filles à se lancer dans la création d’entreprise ?

Anne Boring : Les filles osent moins franchir le cap de l’entreprenariat : c’est un constat. Nous l’avons vérifié à Sciences Po : dans le cours d'initiation à l'entreprenariat, il y a autant d’étudiantes que d’étudiants, et elles réussissent aussi bien. Mais dans l’incubateur de Sciences Po, on ne compte que 30 % de projets avec au moins une co-fondatrice. Si vous comptez la proportion de filles dans l’ensemble des projets passés par l’incubateur, on tombe à 20 % du total.

Comment expliquer cela ?

A. B. : Nous avons mené une étude auprès d’étudiantes de Sciences Po qui se trouvaient à différents stades de leur projet de création d’entreprise. La motivation principale pour les filles, c’est le désir d’autonomie, et l’envie de travailler dans un projet où elles ne seront pas qu’un petit maillon de la chaîne. Elles souhaitent s’investir dans un projet qui a un sens pour elles. Quant aux obstacles qu’elles perçoivent, ils sont nombreux. Globalement, elles ne se sentent pas suffisamment compétentes ou légitimes pour se lancer... et leur fameux “syndrome de perfection” n’aide pas. La pression familiale n’incite pas toujours à la prise de risque. Il faut citer aussi le côté très compétitif du milieu, et la peur de devoir gérer des situations où elles se retrouvent seules dans un contexte largement masculin.    

Que peut-on faire pour lutter contre ces freins à l’entreprenariat des étudiantes ?

A. B. : Pour changer les mentalités des filles et des garçons, il faut sensibiliser. Nous avons un projet de chaire sur l’entreprenariat des femmes. L’objectif sera de proposer des cours, des ateliers, des interventions destinés en priorité aux étudiantes qui veulent se lancer. C’est entre le moment du projet et le passage à l’action qu’il faut intervenir. Nous avons déjà réalisé il y a quelques semaines un atelier d’initiation au “design thinking” pour les étudiantes.

En quoi le “design thinking” peut aider spécifiquement les filles à se lancer ?

A. B. : La méthode du design thinking est une approche qui permet d’identifier les besoins et de développer sa créativité. C’est une méthode efficace pour tout le monde, mais c’est intéressant pour les étudiantes car il n’y a pas de jugement sur la créativité. Cela permet de se libérer de la peur de ne pas être à la hauteur. Et surtout, cela donne des points de départ pour celles qui ne savent pas par où commencer : on se met à la place de l’autre, c’est l’observation et l’écoute qui fait naître les idées.

Vous souhaitez aussi travailler sur le poids des stéréotypes négatifs…

A. B. : Oui, car ils pèsent lourd dans la vision que les étudiantes ont d’elles-mêmes. De très nombreuses études ont mis en évidence la “menace du stéréotype” : le fait d’être confronté à un stéréotype négatif qui concerne sa propre personne conduit à sous-performer. Nous devrons examiner quels sont les stéréotypes que l’on diffuse à Sciences Po, parfois sans le vouloir. Car ils peuvent avoir des conséquences lourdes sur la scolarité des étudiantes et sur l’image qu’elles projettent d’elles-mêmes et de leur avenir.

En savoir plus

Salomé Zourabichvili, alumna et Présidente

Salomé Zourabichvili, alumna et Présidente

Diplômée de Sciences Po en 1972, professeure à Sciences Po entre 2006 et 2015, Salomé Zourabichvili est la première femme élue présidente de Géorgie depuis le 28 novembre 2018. Mais aussi l’une de nos rares alumna femmes et cheffes d’État. À l’occasion de sa conférence du 18 février 2019 dans son alma mater, retour sur la brillante trajectoire d’une étudiante prometteuse, et timide. 

Lire la suite
De retour du pôle Sud

De retour du pôle Sud

Diplômé 2018, Matthieu Tordeur est le plus jeune aventurier membre de la Société des Explorateurs Français. Il revient d'une expédition en solitaire de 51 jours au pôle Sud. Un rêve d'enfant, qui se prolonge aujourd'hui avec la préparation d'un documentaire et d'un livre sur cette aventure.

Lire la suite
5 conseils avant les écrits

5 conseils avant les écrits

Samedi 23 et dimanche 24 février 2019, vous serez des milliers de candidats à plancher sur les épreuves écrites pour l’entrée en 1ère année à Sciences Po. C’est le moment d’avoir confiance en soi : voici quelques rappels utiles pour arriver sereins.

Lire la suite
Pesticides et santé : vers une nouvelle approche

Pesticides et santé : vers une nouvelle approche

La France reste aujourd’hui l’un des principaux utilisateurs mondiaux de pesticides à usage agricole. De nombreuses populations humaines sont exposées à ces produits par définition dangereux : travailleurs des champs, riverains des cultures, consommateurs de fruits et de légumes. Les conséquences sanitaires de ces expositions demeurent mal connues. Le recours à la science de l’épidémiologie pourrait-il permettre une meilleure évaluation ?

Lire la suite
Qui est entré à Sciences Po en 2018 ?

Qui est entré à Sciences Po en 2018 ?

Pour la première fois en 2018, le nombre de candidats à l’entrée à Sciences Po a dépassé la barre des 20 000. En hausse de 16 %, les candidatures placent l’attractivité à un niveau inégalé, notamment au niveau master où la réforme de la procédure d’entrée française a engendré un pic de candidatures supplémentaires. Cet afflux de candidatures va de pair avec une sélectivité en hausse : le taux d’admis global passe de 24 % en 2017 à 21 % en 2018.

Lire la suite

"En Guyane, la moitié de la population a moins de 25 ans"

Élu député de la 2ème circonscription de Guyane en 2017 sous la bannière LREM, Lénaïck Adam est l’un des benjamins de l’Assemblée nationale. C’est aussi un de nos alumni, diplômé d’un master Finance et stratégie, et entré à Sciences Po par la procédure Conventions éducation prioritaire. Découvrez son témoignage en vidéo.

Lire la suite
À quoi sert l’éloquence ?

À quoi sert l’éloquence ?

Le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse l’a annoncé : le « grand oral » fera partie des quatre épreuves finales du bac en 2021. Maîtriser l’éloquence pour séduire un public et le convaincre constitue-t-il réellement un facteur d’inclusion sociale et professionnelle ? Ce mardi 5 février 2019, Sciences Po accueillait pour en débattre Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Bertrand Périer, avocat et professeur d’art oratoire à Sciences Po, Agathe Chapalain, étudiante à Sciences Po et présidente de l’Association pour le Développement des Arts de l’Oralité, et Cyril Delhay, conseiller pour les arts oratoires du Centre d’écriture et de rhétorique de Sciences Po. Retour en vidéo sur les idées phares développées lors du débat.

Débat organisé avec le groupe ESS des alumni de Sciences Po.

Lire la suite
Kamel Daoud, premier écrivain en résidence à Sciences Po

Kamel Daoud, premier écrivain en résidence à Sciences Po


L'écrivain Kamel Daoud sera le premier écrivain titulaire de la nouvelle chaire d'écrivain en résidence de Sciences Po. Rattachée au Centre d’écriture et de rhétorique, cette initiative inédite dans le paysage universitaire français vise à renforcer l'expression créative des étudiants et leur permettre de développer une réflexion critique et originale.

Lire la suite
Entretien avec Jacques Semelin sur son livre “La survie des juifs en France”

Entretien avec Jacques Semelin sur son livre “La survie des juifs en France”

Internationalement reconnu pour ses travaux sur les génocides et plus généralement sur les violences de masse, Jacques Semelin, directeur de recherche CNRS au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), publie La survie des juifs en France (1940-1944) aux éditions du CNRS, ainsi qu’en anglais chez Hurst et Oxford University Press, et en allemand chez Wallstein. Dans cet ouvrage, il livre les résultats d’une enquête inédite sur les raisons pour lesquelles 75% des juifs de France ont échappé à la mort durant l’occupation nazie.

Lire la suite