Emmanuel Macron, promotion 2001

“Un étudiant tchèque en échange universitaire qui n’a pas vu un coiffeur depuis des décennies” : c’est ainsi qu’Emmanuel Macron apparaît pour la première fois à Sciences Po à Marc Ferraci, un autre étudiant fraîchement admis, qui va devenir son plus proche ami, et qui sera son témoin de mariage quelques années plus tard - l’occasion de rappeler cette anecdote capillaire dans son discours. Portrait des années d'étudiant du plus jeune président de la Ve République.

Emmanuel Macron a 21 ans quand il entre à Sciences Po. Après trois années de prépa littéraire au lycée Henri IV, soldées par deux échecs au concours d’entrée à l’École Normale Supérieure, il serait entré à Sciences Po pour “panser ses plaies”, voire “avec un certain esprit de revanche”¹. C’est en tout cas un candidat “qui inspire confiance et sympathie” et une “personnalité enthousiaste et vivante” que recommandent ses professeurs de khâgne dans son dossier de candidature pour la rue Saint-Guillaume. Avec en tête un projet d’avenir encore ouvert à toutes les possibilités, plus ou moins porté vers une carrière dans l’enseignement supérieur “peut-être à l’étranger”, qui lui fait choisir la section “Internationale” (l’une des quatre encore à vigueur à l’époque).

“Service public” et philosophie politique

Bien souvent expédiée en une ligne coincée entre son parcours de khâgneux au Quartier Latin et ses années de jeune énarque, son passage à Sciences Po constitue pourtant une période plus décisive qu’il n’y paraît. À commencer par le choix d’une carrière publique : à l’entrée en 3è année - la scolarité n’en comptait alors que trois - il change de section pour rejoindre la section "Service public".  Une troisième - et dernière-  année qu’il effectuera en deux ans, pour pouvoir mener à bien en parallèle ses études de philosophie à l’Université de Nanterre, où il obtient une maîtrise puis un DEA. Deux trajectoires parallèles : ses mémoires sont dédiés à des penseurs politiques : Machiavel et Hegel. Pour compléter l’agenda de ce jeune homme occupé, c’est au même moment qu’il devient l’assistant éditorial de Paul Ricoeur pour son ouvrage La mémoire, l’histoire, l’oubli paru en 2000 au Seuil.

“Facilités évidentes”

Tout cela ne l’empêche pas d’être un brillant étudiant qui ne cesse de progresser. Signe que le choix de la section "Service public" était le bon, ou que la répartition des cours sur deux années lui permet de mieux concilier tous ses engagements universitaires ? L’année de son diplôme, il obtient en tout cas la meilleure note de sa conférence en “Économie approfondie”, “Enjeux politiques” et “ Finance publique”... “Élève brillant”, “doté d’une pensée originale et construite” et d’une “grande maturité” : l’appréciation de son professeur de “Protection sociale” - qui note “sa culture évidente du sujet” - donne le ton : la plupart des commentaires sont élogieux. Ses professeurs soulignent notamment ses “facilités évidentes à l’expression orale, tant sur le fond que sur la forme”. La pratique du théâtre depuis ses années de lycée, complétée par les stages au cours Florent, est appréciée à sa juste valeur dans ce temple de l’éloquence qu’est Sciences Po.

Des rencontres qui comptent

L’étudiant Macron aime visiblement parler, mais pas monologuer. “C’était le meilleur étudiant de ma conférence, se souvient Ali Baddou, qui fut l’un de ses enseignants, mais je me souviens surtout qu’il adorait poser des questions, dialoguer”. Même souvenir du côté des appariteurs de Sciences Po (responsables de l’accueil des étudiants) : “il était proche de nous et venait tout le temps pour discuter”. Son professeur, l’historien François Dosse - qui l’a présenté à Paul Ricœur - souligne “sa capacité de faire la synthèse entre les différents enseignements et de les remobiliser”¹ et “une animation constante des débats dans le groupe, d’un niveau toujours excellent”.

Avec son professeur Jean-Marc Borello, la conversation démarrée à Sciences Po se poursuit depuis dix-sept ans : cet entrepreneur de l'économie sociale (groupe SOS, 15000 salariés) est aujourd'hui l'un des piliers du mouvement En marche ! De même qu’avec son condisciple Aurélien Lechevallier, avec qui il prépara l’ENA, et qui le conseille aujourd’hui pour les affaires internationales; ou Benjamin Griveaux (diplômé en 1999), aujourd’hui porte-parole d’En Marche. Sans oublier son proche ami, l’économiste Marc Ferraci, qui le conseille aujourd’hui sur l’économie. Des liens et des amitiés qui durent davantage que son attirance passagère pour le mouvement chevènementiste : après avoir participé en 1998 à une université d’été du Mouvement des Citoyens à Perpignan, il effectue en 2000 un stage au cabinet de George Sarre, maire du XIè arrondissement et proche de Jean-Pierre Chevènement. “L’aventure s’arrêtera là”, note Nicolas Prissette dans l’ouvrage qu’il consacre à Emmanuel Macron².

“Élégance morale” et “esprit très convivial”

Sa relation avec Sciences Po, en revanche, n’a jamais subi de coup d’arrêt. À peine diplômé de l’ENA, et “alors que les autres membres de l’Inspection Générale des Finances retournent traditionnellement donner des cours d’économie dans les hautes écoles de la République, lui choisit d’enseigner la culture générale à Sciences Po”, note François-Xavier Bourmaud³. Quelques années plus tard, Emmanuel Macron se montrera tout aussi prodigue de ses talents d’orateur pour ses cadets : invité d’honneur de la cérémonie de diplômation en 2015 (à revoir ci-dessous), il revient trois fois en 2016, pour le Gala des étudiants, un colloque de l’École des affaires internationales, un débat sur l’Europe, et...le pot de départ en retraite d’un appariteur avec qui il s’était lié d’amitié.

Avant que l’expérience ne vienne parfaire sa maîtrise de la rhétorique, il arrivait durant ses études à Sciences Po que son enthousiasme et sa facilité à écrire le rende un peu bavard :  en témoignent les “trop long” qui émaillent quelques copies… Autre (petit) défaut de l’étudiant exemplaire “une tendance à être trop certain”, relève un de ses professeurs, “contrebalancée par un esprit très convivial”...Mais c’est probablement l’appréciation de ce grand professeur de Sciences Po en histoire et droit des États qui anticipe le mieux le potentiel du jeune Macron, un “étudiant exceptionnel à tous égards”. “Beaucoup d’intelligence et d’élégance morale, résume-t-il. Une vraie générosité. Des qualités intellectuelles hors du commun”. Titre de cet enseignement où l’étudiant excelle : “L’État en France et sa réforme”...

¹ L’ambigu Monsieur Macron, Marc Endeweld, Flammarion (2015), page 50.

² Emmanuel Macron, en marche vers l'Élysée, François Prissette, Plon (2016), p.79

³ Macron, l’invité surprise, François-Xavier Bourmaud, l’Archipel (2017), page 53

...et retrouvez la sélection d'ouvrages sur Emmanuel Macron par la librairie de Sciences Po. 

Abonnez-vous à nos newsletters !

"Une semaine à Sciences Po", recevez chaque vendredi le meilleur de Sciences Po

Cogito, la lettre de la recherche à Sciences Po

Bravo les championnes !

Bravo les championnes !

Le 5 mai dernier, les joueuses de l’équipe 1 de handball de Sciences Po ont gagné le Championnat de France des grandes écoles en allant chercher une victoire sur le fil (16-15), au terme d’un suspense haletant face aux triples tenantes du titre. Et ce, juste après avoir épinglé à leur palmarès celui de Championnes d'Ile-de-France ! Étudiante en première année du master Communication, médias et industries créatives et  membre de l’Association sportive de Sciences Po, Claire Pétreault, la capitaine de l’équipe championne nous raconte cette victoire.

Lire la suite
Le Parti Socialiste : transformation ou destruction ?

Le Parti Socialiste : transformation ou destruction ?

Par Fadi Kassem, agrégé et doctorant au Centre d’histoire. Pour la première fois depuis 1974, le candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle a obtenu (largement) moins de 10 % des suffrages au premier tour. Doublé sur sa droite par Emmanuel Macron reprenant le projet giscardien de créer un grand centre, et sur sa gauche par Jean-Luc Mélenchon qui envisage une sortie des traités européens pour mener une politique ancrée à gauche, le PS a connu un échec sans précédent depuis 1969. Incontestablement, l’élection présidentielle de 2017 constitue un tournant et amène à s’interroger sur la survie du Parti né au Congrès d’Epinay en 1971.

Lire la suite
50% d'admis à l'agrégation de science politique issus de Sciences Po

50% d'admis à l'agrégation de science politique issus de Sciences Po

Concours très sélectif organisé tous les deux ans, l’agrégation de science politique permet d’accéder directement au titre de Professeur des universités. L’édition 2017 constitue un cru exceptionnel pour l’École doctorale de Sciences Po : ses jeunes docteurs représentent en effet 50% des admis, soit deux sur quatre. Entretien avec Carole Bachelot et Simon Persico, reçus respectivement premier et troisième, qui reviennent sur leur préparation et leur parcours scientifique.

Lire la suite
Savez-vous prendre la parole dans les médias ?

Savez-vous prendre la parole dans les médias ?

Structurer ses idées pour être lu, utiliser les réseaux sociaux, écrire une tribune ou encore répondre à une interview face caméra ou à la radio. Autant de situations auxquelles les diplômés peuvent être confrontés un jour dans leur vie professionnelle. Afin d’y répondre, l’École de journalisme de Sciences Po crée son « Centre des médias » et propose aux étudiants non-journalistes de se former à la logique et aux techniques des médias.

Lire la suite
«Une privatisation de la démocratie est en train de s'opérer»

«Une privatisation de la démocratie est en train de s'opérer»

Fracture entre le peuple et les élites, inégalités, rejet du projet européen, tentation du nationalisme… De quoi ces signaux sont-ils le nom ? Dans La Démocratie de l’entre-soi, plusieurs chercheurs de Sciences Po livrent une nouvelle grille d’analyse pour comprendre pourquoi notre démocratie doute. Entretien avec Luc Rouban, co-directeur de publication de l’ouvrage et chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF).

Lire la suite

"Staff Ride" en Normandie : rejouer le Débarquement

C’est une première. 40 étudiants du master International Security de l’École des Affaires internationales de Sciences Po (PSIA), ont participé, dans le cadre de leur formation au premier "Normandy Student Staff Ride", un cours innovant permettant la mise en application pratique sur les champs de bataille de la théorie apprise en classe.

Lire la suite