Agir face aux urgences du développement

Rémy Rioux, Directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD) et Frédéric Mion, Directeur de Sciences Po, ont signé le 15 novembre un nouveau partenariat qui vient renforcer et élargir une longue tradition de coopération. Son ambition : alimenter la recherche et le débat public sur les questions de développement, et mieux former les futurs acteurs du développement.

L'AFD et Sciences Po produisent toutes deux de la recherche et de l'expertise sur le développement. Qu'attendez-vous de ce rapprochement en matière de production de connaissances ?

Rémy Rioux :  Nous avons de nombreux chercheurs qui, aux côtés de notre chef économiste, Gaël Giraud - qui intervient à Sciences Po mercredi 15 novembre (ndlr) - produisent et diffusent des travaux axés notamment autour des biens communs, de la transition vers une société décarbonée, et du lien social. L’idée de ce partenariat est de partager nos savoirs et de co-construire de l’expertise pluridisciplinaire avec l’ensemble de la communauté académique de Sciences Po. La rencontre de ces mondes sera, j’en suis certain, fructueuse !

Frédéric Mion : L'AFD a récemment intégré de nouvelles compétences, géographiques ou thématiques, sur lesquelles les chercheurs de Sciences Po peuvent apporter une expertise utile. Ce partenariat va également inciter à la création de nouveaux projets de recherche au travers de l’organisation de séminaires communs. Nous avons aussi l’ambition d’irriguer le débat public sur les enjeux de développement partout en France et, pour cela, de renforcer les liens entre l’AFD et les six campus de Sciences Po en région.

Ce partenariat prévoit de favoriser des innovations pédagogiques tournées vers les solutions concrètes. Comment mieux former les futurs acteurs du développement ?

Rémy Rioux : Nous avons souhaité innover sur le plan pédagogique dans ce partenariat avec des études de cas concrets et l’immersion dans nos projets. Cela permet de former plus efficacement les futurs acteurs du développement. Car il y a urgence à agir – pour le climat, pour les plus vulnérables. Avec 85 agences dans le monde, des projets dans plus de 100 pays, nous avons de formidables capteurs pour saisir toutes les innovations en cours, au plus près du terrain. Nous souhaitons en faire profiter les enseignements et la recherche afin que ces innovations nous inspirent en retour, ici et là-bas.

Frédéric Mion : À Sciences Po, nous veillons à associer, au sein de nos formations, l’expertise universitaire et le savoir-faire des meilleurs praticiens. Les formats d’enseignements innovants que nous développons au sein de nos sept Écoles de deuxième cycle et de notre formation continue – études de cas, simulations, projets collectifs, policy briefs – sont d’excellents outils pour cela. Grâce à l’AFD, nous allons proposer à nos étudiants de travailler sur des études de cas et des problématiques puisées au cœur des missions de l'AFD. Les experts de l'AFD bénéficieront en retour de la créativité et du talent de nos étudiants, dont les travaux sont très proches d'un rendu professionnel – et parfois plus innovants grâce à leur regard neuf.

L'AFD est surtout connue pour son rôle de banque de développement. Pourquoi s'engager, avec cette convention, sur la formation des étudiants et des cadres et sur la recherche ?

Rémy Rioux : L’AFD et Sciences Po partagent des valeurs communes : l’ouverture à l’international, le goût du débat public, la volonté d’agir pour un monde meilleur. Grâce à ce partenariat, nous allons pouvoir croiser les regards sur le développement et faire appel à tous les talents parmi les étudiants, les chercheurs et les praticiens. L’éducation au développement et à la solidarité internationale fait partie du mandat de l’AFD. Ensemble avec Sciences Po, nous allons donner de la voix à cette politique publique transformatrice.

Pourquoi l'accent est-il mis sur la zone Afrique ? En quoi est-ce aujourd'hui une thématique importante pour Sciences Po ?

Frédéric Mion : Le développement repose en grande partie sur la capacité à former des élites et à permettre au plus grand nombre d’accéder à l’enseignement supérieur. Sciences Po s'est donc dotée d'une véritable « stratégie Afrique », dont j'ai fait une priorité. Nous avons lancé un programme Europe-Afrique en 2011 en premier cycle et nous avons créé des concentrations ou des programmes tournés vers ce continent au niveau master, comme un programme consacré aux villes africaines au sein de l’École urbaine. Nous avons développé des partenariats avec une vingtaine d’universités africaines sur l'ensemble du continent. Avec nos partenaires, nous menons des projets, comme un Mooc "Afrique et mondialisation" que nous allons lancer sur la plateforme Coursera. Fort d'un réseau d'alumni solidement implanté, nous entendons poursuivre ce développement ; l'appui de l'AFD sur le continent nous sera donc très précieux.

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