Ça s'est passé en 68 à Sciences Po

Tout au long des mois de mai et juin, Sciences Po dévoile des documents inédits sur les événements de mai 68 dans ses murs. Photos, témoignages vidéos, documents d’archives… L’ambition est de "donner à lire mai 68 par quelques-unes de ses archives, de ces “traces écrites”"*. – de revenir aux sources, de redonner la parole aux acteurs, de saisir l’événement sur le vif et dans sa contemporanéité. La mise à disposition de ces témoignages donne ainsi à voir la rhétorique et le style, les mots, les sigles et les slogans, le graphisme et la typographie de la parole de 68 autant que son contenu, permet d’en restituer la fraîcheur et le sérieux, la familiarité et l’étrangeté, les clichés et l’inédit, voire la "beauté".

PV, AG, notes… un pouvoir étudiant très “formaliste”

Mai 68 a été un événement prolixe sur le plan documentaire et Sciences Po (IEP-FNSP) n’a pas dérogé à la règle, bien au contraire. À l’habitus bureaucratique d’une administration qui consigne au jour le jour les événements, produit des chronologies et des notes, échange de la correspondance, a répondu assez paradoxalement une “administration” du pouvoir étudiant, caractérisée par la culture de l’écrit, un professionnalisme légaliste, voire un formalisme juridique – comme en témoignent les nombreux PV rédigés à l’occasion de chaque élection, de chaque vote de motions, de chaque assemblée générale, ainsi que les nombreuses notes élaborées par chaque commission thématique. Ce travail “administratif” n’a pas été exclusif de la production d’autres documents plus attendus : affiches, tracts, journaux et brochures.

Enseignants et chercheurs, témoins et acteurs des événements

Les enseignants de l’Institut d’études politiques (IEP) ont également été les témoins et les acteurs plus ou moins impliqués des événements : leur nombre (449) et leur statut de « vacataires » expliquent que leurs échanges se soient tenus à distance, sous forme de correspondance et soient ainsi parvenus jusqu’à nous. A contrario, les chercheurs des laboratoires de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), présents quotidiennement et collectivement au 27, rue Saint-Guillaume, ont laissé peu de traces écrites, en dépit de leur mobilisation inédite que seuls des entretiens nous permettent de reconstituer.

Mai 68 à Sciences Po vu d’ailleurs

L’État est remarquablement absent de la séquence mai-juin et n’entre en scène épistolairement qu’au début de l’été, lorsque s’ouvrent les négociations sur la révision du statut de Sciences Po. Enfin, le regard extérieur porté sur la révolution à Sciences Po est ici imparfaitement restitué par la mise à disposition de coupures de presse relatant les événements.

Retour en images sur Sciences Po occupée

Contrairement aux écrits (correspondance, PV, notes, tracts) foisonnants et bien archivés, les affiches et les banderoles ont été fort peu conservées. Par défaut, des photographies (rares également) donnent à voir, en noir et blanc ou en couleur, la scène sur laquelle se déroulent les événements : la rue Saint-Guillaume barrée d’une banderole « Sc.Po. dit non à la dictature gaulliste » et habillée d’affiches ; la Péniche, grand hall de circulation et de rassemblement et épicentre de l’occupation, recouverte d’affiches, tendue de banderoles et envahie de nombreux stands ; l’amphi Boutmy qui résonne des discours des AG a laissé de rares images ; quelques clichés témoignent du débordement de l’occupation étudiante dans les escaliers, les couloirs et salles de conférence du 27. Les documents que nous proposons ici sont donc variés par leur typologie en dépit de biais liés aux hasards et aux choix de conservation – on y trouve plus de textes que d’images, plus d’écrits de format administratif que d’affiches et de journaux.

Ça s’est passé en 68 à Sciences Po” se déploiera en plusieurs épisodes qui proposent des zooms sur les thèmes dominants et sur les principaux acteurs des événements. Durant les mois de mai et juin seront mis en ligne des dossiers documentaires portant sur :

Dossiers documentaires réalisés par Marjorie Ruffin, archiviste à la Mission Archives et Marie Scot, historienne au Centre d’histoire de Sciences Po.

* Pour reprendre les termes et la proposition formulée par Emmanuelle Loyer dans son ouvrage, Mai 68 dans le texte, Paris, Éditions Complexe, 2008, republié chez Flammarion en 2018 sous le titre L’événement 68. Retour aux sources.

En savoir plus

  • Les événements de 68 dans les archives de la Mission Archives de Sciences Po : chaque dossier est introduit par une présentation générale du contexte et de la thématique, et propose une sélection de documents bruts conservés à la Mission Archives de Sciences Po. La présentation des documents eux-mêmes se limite au strict minimum, compris dans la légende où figurent la date (entre crochets si la datation est incertaine), les auteurs s’ils sont connus, les sigles développés si nécessaire, la cotation et la source ; les coupes sont indiquées entre crochets ; certains noms ont pu être floutés pour préserver l’anonymat. La sélection opérée sur la masse documentaire disponible, les opérations de coupes et de floutage sont par essence insatisfaisantes et discutables. Nous invitons donc les lecteurs à prolonger ce retour aux sources par une consultation des archives à présent librement consultables… Rendez-vous à la mission.archives@sciencespo.fr
  • La Mission Archives de Sciences Po conserve également le fonds Ulysse Bellier constitué de dix entretiens et témoignages sur Mai 68 à Sciences Po, recueillis en 2016 et 2017 par Ulysse Bellier, étudiant de Sciences Po, à l’occasion de la rédaction d’un article paru dans le journal étudiant La Péniche.
  • D’autres témoignages réunis dans le fonds Des sources orales pour l’histoire de Sciences Po évoquent les événements de 1968.

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