À propos de Fariba Adelkhah et Roland Marchal : ce que l’on sait

Le 16 mai 2020, Fariba Adelkhah a été condamnée par la 15e chambre du Tribunal de Téhéran

En prison depuis bientôt un an, la chercheuse a refusé d'accepter une libération conditionnelle contre l'arrêt de ses recherches. Elle été condamnée à la peine la plus lourde qu'elle encourait : six ans de prison. Lire la lettre écrite par Olivier Duhamel, président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, et Frédéric Mion, directeur de Sciences Po

Le 25 avril 2020 a marqué l'anniversaire de Fariba Adelkhah,  ainsi que son 326ème jour de détention dans la prison d'Evin. 

À cette occasion, Roland Ries, maire de Strasbourg, Anne Hidalgo, maire de Paris, et Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, se sont joints à Olivier Duhamel, président de la Fondation nationale des sciences politiques, et à Frédéric Mion, directeur de SciencesPo, pour lui transmettre une carte de voeux. 

Le 30 mars 2020 a marqué le 300ème jour d’emprisonnement de Fariba Adelkhah

Fariba Adelkhah, chercheuse au Centre de recherches internationales de Sciences Po, est en prison depuis plus de 300 jours en Iran. À travers une lettre, Frédéric Mion et Olivier Duhamel rappellent leur détermination à réclamer sa liberté

Le 3 mars 2020, son procès s'est ouvert devant la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran. Après un report inexpliqué, la deuxième audience a eu lieu le 19 avril 2020, et le tribunal devrait faire connaître son jugement sous huit jours.

Pour exprimer votre solidarité, pour concourir à "sauver les chercheurs, sauver la recherche pour sauver l'histoire", comme nous l'a demandé Fariba depuis la prison d'Evin, participez à une e-manifestation en visionnant la vidéo suivante : 

Fariba est en danger. Nous devons agir d'urgence pour elle.

Que s'est-il passé depuis l'incarcération de Fariba Adelkhah et Roland Marchal ?

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, tous deux chercheurs au centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), ont été arrêtés en Iran au début du mois de juin 2019. C'est avec soulagement que nous avons reçu la nouvelle de la libération de Roland le 20 mars 2020. 

Fariba Adelkhah, quant à elle, demeure incarcérée. Après une grève de la faim menée entre fin décembre 2019 et mi-février 2020, elle a été admise le 23 février dernier à l'hôpital de la prison d'Evine (où elle est incarcérée à Téhéran) en raison d’une “grave détérioration de son état de santé”. 

Le procès de Fariba Adelkhah et Roland Marchal, qui devait démarrer le 3 mars 2020 devant la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, a été reporté sans explication. Les chefs d’accusation pour Fariba Adelkah sont : "propagande contre le système politique de la République islamique" et "collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale". Seul ce dernier chef d’accusation était retenu contre Roland Marchal. 

Après la libération de Roland Marchal (qui n’a pas été officiellement acquitté mais libéré en échange de la libération d’un ingénieur iranien détenu en France), l'Iran a annoncé que le procès de Fariba Adlelkhah se tiendrait le 18 avril 2020. Le Juge Salavati, initialement désigné pour conduire ce procès mais atteint par le Covid-19, sera remplacé par une personne encore inconnue à ce jour. 

Où Fariba est-elle détenue et dans quelles conditions ?

Roland Marchal et Fariba Adelkhah étaient tous deux détenus dans la prison d’Evin, située au nord de Téhéran. Fariba Adelkhah y est encore à ce jour. 

La charge d'espionnage pesant à l'encontre de Fariba Adelkhah, passible de la peine de mort, a été abandonnée le 6 janvier 2020. Elle demeure cependant accusée de propagande contre le système politique de la République islamique et collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale. Elle peut désormais recevoir les visites de sa famille et de son avocat, mais les autorités ne reconnaissant pas sa double nationalité, elle n’a pu jusqu’ici bénéficier d’aucune assistance consulaire française, à la différence de Roland Marchal.

Le 24 décembre 2019, Fariba Adelkhah a débuté une grève de la faim illimitée, conjointement avec l’universitaire australienne Kylie Moore-Gilbert, elle aussi incarcérée depuis quinze mois, en Iran. Fariba Adelkhah a mis fin à cette grève le 12 février 2020. Jugeant son état de santé alarmant, le Comité de soutien aux deux chercheurs lui avait écrit pour l’appeler à y mettre un terme. Elle a été admise dimanche 23 février à l’hôpital de la prison d’Evine. Elle souffre en effet terriblement des reins à la suite de la grève de la faim qu’elle a suivie pendant 49 jours, et ne bénéficie d’aucun soin ni d’aucun examen médical susceptible de permettre un diagnostic précis.

Seule Fariba Adelkhah était présente pour ce qui devait être l'ouverture du procès le 3 mars. Le procès a finalement été reporté au 18 avril 2020

En mars 2020, Fariba Adelkhah a été autorisée à voir une de ses soeurs à travers une vitre. Même si elle a semblé en meilleure santé, elle a continué d’exprimer son exaspération par rapport à la façon dont elle et ses co-détenues étaient traitées. Après cet entretien, qui lui a permis d’avoir quelques nouvelles de Roland, elle a décidé d'arrêter son sit-in (bast) et réintégré sa cellule où elle peut bénéficier du soutien de ses co-détenues universitaires.

En avril 2020, Fariba Adelkhah a été autorisée à exercer la fonction de bibliothécaire de la Prison d'Evin. 

Le Comité de Soutien reste très inquiet quant à l’état de santé de Fariba, notamment dans le contexte de la pandémie mondiale de COVID-19 qui affecte durement l’Iran. 

Qu’ont fait Sciences Po et les autorités françaises depuis leur arrestation ?

Aussitôt informé de l’arrestation de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal, notre établissement a entamé des démarches, en collaboration étroite et régulière avec le Centre de crise et soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et le CNRS.

Avec l’aide du MEAE, nous avons fait en sorte qu’ils puissent bénéficier de l’assistance d’un avocat iranien. Cet avocat, très expérimenté, a été agréé par les autorités judiciaires iraniennes. 

Un rassemblement a eu lieu le 3 mars 2020 devant le 27, rue Saint-Guillaume, en soutien aux chercheurs emprisonnés :

Après la libération tant attendue de Roland Marchal, Sciences Po et les autorités françaises continuent de tout mettre en œuvre pour que Fariba Adelkhah soit libérée et ce, dans un contexte politique iranien qui, comme chacun le sait, est particulièrement complexe. 

pastille Free Fariba

En savoir plus :

Fariba Adelkhah est née en Iran, dans la province du Khorassan (région située à la frontière de l’Afghanistan), en 1959. Elle est venue en France en 1977 pour y accomplir ses études universitaires (à Strasbourg, puis à l’École des hautes études en sciences sociales). Spécialiste de l’anthropologie sociale et de l’anthropologie politique de l’Iran postrévolutionnaire, elle est chercheuse au CERI depuis 1993. Ses travaux initiaux portaient sur les femmes et la Révolution islamique. Son premier livre, La Révolution sous le voile. Femmes islamiques d’Iran (Karthala, 1991), en est issu. Ses recherches actuelles portent sur la circulation des clercs chiites entre l’Afghanistan, l’Iran et l’Irak. Chercheuse de terrain, reconnue internationalement et respectée par ses pairs, Fariba Adelkhah est membre des comités scientifiques des revues Iranian Studies et Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée.

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Roland Marchal est sociologue, chercheur CNRS au CERI depuis 1997. Homme de terrain, chercheur infatigable, méticuleux et exigeant, Roland Marchal est un africaniste très réputé, spécialiste de la Corne de l’Afrique et, plus particulièrement, de la Somalie. Il a consacré l’essentiel de son œuvre à l’analyse des guerres civiles en Afrique subsaharienne, notamment dans leur rapport à la formation des États. 

Ses travaux, ont donné lieu à la publication d’ouvrages qui ont permis de montrer comment les guerres civiles, en Afrique subsaharienne et bien au-delà, sont intimement imbriquées dans la fabrique de l’État, Les Chemins de la guerre et de la paix. Fins de conflit en Afrique orientale et australe (Karthala, 1997), co-écrit avec Christine Messiant et Guerres et sociétés. États et violence après la Guerre froide (Karthala, 2003), ouvrage de référence codirigé avec Pierre Hassner.

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