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09.05.2022

Féminisation et parcours universitaires des membres des comités exécutifs et de direction du Cac 40

Depuis 10 ans, les comités de direction (codir) et exécutifs (comex) des entreprises du Cac 40 se sont progressivement féminisés, passant de 8% (1) de femmes en 2012 à 23,5% en 2022. En 2014, ils étaient composés à 10,3% (2) de femmes, avant de passer à 17% (3) en 2017 et 19% (4) en 2019. Dans cet article, nous nous demanderons si cette féminisation progressive des codir et comex depuis 10 ans s’est accompagnée d’une diversification des profils académiques des femmes et des hommes qui composent ces instances, en nous intéressant aux types de diplômes obtenus et aux grandes écoles et universités fréquentées par ces derniers.

François-Xavier Dudouet, sociologue et directeur de recherche au CNRS, et Hervé Joly, également directeur de recherche au CNRS et spécialisé en histoire contemporaine, se sont intéressés au capital scolaire des dirigeant.e.s du Cac 40 (qu’ils définissent comme les membres des conseils d’administration/surveillance et les membres des comités exécutifs) trouvaient que ces dirigeant.e.s étaient issus, en 2007, à 84% des grandes écoles et à 67% des très grandes écoles. Trois établissements en particulier (Polytechnique, l’ENA et HEC) étaient sur-représentés et “fournissaient à [eux] seuls 46 % des dirigeants français” du Cac 40 en 2007. L’étude menée plus de 10 ans plus tard par Michel Ferrary (professeur de management à l'Université de Genève et chercheur-affilié à Skema Business School), qui compare l’évolution du capital scolaire des membres des conseils d’administration (CA) du Cac 40 entre 2008 et 2017, indique que l’augmentation du nombre de femmes dans les CA (sous l’impulsion de la loi Copé-Zimmermann du 27 janvier 2011, qui a imposé des quotas de 40 % de femmes dans les conseils d'administration et de surveillance) a été  accompagnée d’une diminution du nombre de diplômé.e.s des grandes écoles. Entre 2008 et 2017, la proportion de membres des conseils d’administration du Cac 40 issus des très grandes écoles est en effet passée de 36,36 % à 26,99 %. La féminisation des CA du Cac 40 s’est donc accompagnée d’une “diminution de l’homogénéité des formations” et d'une “plus grande diversité de diplômes”. 

Qu’en est-il des membres des comités de direction et comités exécutifs du Cac 40 ? La féminisation de ces comités (qui sont passés de 10% de femmes en 2013 à 23,5% (5) en 2022) s’est-elle accompagnée d’une diversification scolaire de leurs instances dirigeantes (à l’instar des CA) ou a-t-elle au contraire renforcé leur homogénéité ? L’intégration progressive de femmes aux comités exécutifs et de direction du Cac 40 change-t-elle le profil d’études supérieures des membres qui y siègent ? Afin de répondre à ces questions, nous avons collecté des données sur les parcours d’études supérieures des membres actuels des comités exécutifs et de direction du Cac 40. En nous fondant sur une collecte de données effectuée en mars 2022, nous verrons que les profils académiques des femmes et des hommes sont relativement similaires. 

En mars 2022, les comités exécutifs et de direction du Cac 40 comptaient 565 membres, dont 133 femmes (23,5%) et 432 hommes (76,5%). L’âge moyen est de 57 ans et le temps moyen entre l’entrée dans l’entreprise et la prise de fonction au comex/codir est de 11 ans et demi.

I - Les femmes, plus nombreuses au sein des codir/comex du Cac 40 qu’il y a 10 ans, ont un capital scolaire globalement semblable à celui de leurs homologues masculins

1) Types de parcours : les femmes et les hommes de l’échantillon ont des parcours-types globalement semblables, consistant en une formation initiale en économie ou commerce

Le 1er parcours-type masculin consiste en une formation initiale en économie ou commerce : 35,4% des hommes de l’échantillon ont en effet étudié dans une école de commerce française ou suivi une formation universitaire en économie en France ou à l’étranger. Les femmes sont un peu plus nombreuses à avoir suivi une formation en économie ou commerce : 41% d’entre elles ont en effet étudié dans une école de commerce française ou suivi un cursus en économie à l'étranger ou en France. 

2) Prestige des écoles : Les femmes de l’échantillon ont suivi des formations académiques au sein de grandes écoles aussi prestigieuses que leurs homologues masculins, renforçant ainsi l'homogénéité des profils des membres des codir/comex du Cac 40

Les grandes écoles de commerce, l’ENS, les IEP et l’ENA sont représentés dans des proportions semblables chez les hommes et les femmes de l’échantillon.

Concernant les écoles de commerce, 11,3% des femmes ont suivi une formation à HEC, contre 8% des hommes. 4,4% des hommes de l’échantillon ont suivi tout ou partie de leur formation à l'ESSEC, contre 3,8% pour les femmes. La proportion de femmes à avoir suivi une formation à l’ESCP est parfaitement égale à celle des hommes (3% des femmes, contre 3% pour les hommes). Enfin, 3,5% des hommes de l’échantillon ont suivi une formation à Dauphine, contre 2,3% des femmes. 

Par ailleurs, 3% des femmes de l'échantillon ont étudié à l’École Normale Supérieure, contre 1,2% des hommes.

Les femmes et les hommes de l’échantillon ont étudié à l’École nationale d'administration (ENA), Sciences Po Paris et les autres Instituts d'Études Politiques dans des proportions semblables

Concernant les Instituts d'Études Politiques, 10% des hommes y ont fait tout ou partie de leur formation, contre 9% des femmes. Plus précisément, 9% des hommes ont étudié à Sciences Po Paris, contre 7,5% des femmes. Les hommes sont par ailleurs aussi nombreux que les femmes à avoir étudié à l'École nationale d'administration  (3,7% pour les hommes, contre 3,7% pour les femmes).

3) Des profils masculins et féminins fortement internationalisés

Presque la moitié de l’échantillon (42%) a suivi tout ou partie de sa formation à l’étranger. Cette forte internationalisation se retrouve de façon quasi-identique chez les femmes et les hommes :  46% des femmes ont suivi une formation à l’étranger, contre 41% des hommes.

II - Des nuances peuvent toutefois être apportées à cette apparente homogénéité des profils académiques des hommes et femmes de l’échantillon

Premièrement, un deuxième parcours-type, centré sur les écoles d’ingénieur, se dégage chez les hommes de l’échantillon. Les hommes ont en effet plus souvent obtenu un diplôme d’ingénieur : 39,4% des hommes, contre 27,1% des femmes. 

Deuxièmement, les hommes sont plus nombreux que les femmes à avoir suivi des formations dans les très grandes écoles d’ingénieur. 13% des hommes de l'échantillon ont suivi une formation à l’École Polytechnique, contre 9% des femmes. Les hommes sont également plus nombreux à avoir étudié à l'École des Mines que les femmes (4,6% des hommes, contre 2,3% des femmes). Enfin, 5% des hommes ont étudié à Centrale Paris, contre 2,3% des femmes.

Cette surreprésentation des hommes au sein des écoles d’ingénieur trouvée dans notre étude est d’ailleurs cohérente avec les chiffres fournis par la Conférence des grandes écoles, selon laquelle le taux de féminisation des écoles d’ingénieur était seulement de 32,8% en 2020.  

Ainsi, même si des nuances peuvent être apportées (notamment sur les écoles d’ingénieur, encore très masculines), les profils scolaires des hommes et femmes de l’échantillon tendent à être relativement similaires (notamment en termes de prestige d’écoles fréquentées et de parcours en école de commerce) (6). La féminisation des codir/comex ne semble donc pas avoir conduit à une diversification des profils scolaires, comme cela a pu être le cas chez les membres des conseils d’administration du Cac 40. 

(1) Notons que ce chiffre, fourni par l’Observatoire Skema de la féminisation des entreprises, porte sur les membres des codir/comex du Cac 40 et du CAC Next 20.

(2) “Donner aux femmes toute leur place dans l'économie”, ministère des Droits des Femmes 

(3) Ce chiffre, fourni par le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, porte toutefois sur les 120 premières capitalisations boursières (SBF 120) (p7)

(4) Ce chiffre, fourni par le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, porte également sur les 120 premières capitalisations boursières (SBF 120). 

(5) https://femmes.gouv.fr/wp-content/uploads/2014/06/DP_donner-aux-femmes-toute-leur-place-dans-l-economie.pdf 

(6) Si l’on se concentre sur les arrivées les plus récentes (depuis 2017) dans les codir/comex, l’on retrouve les mêmes tendances et les mêmes parcours-types que pour l’ensemble de l’échantillon. Les hommes présentent deux parcours-types (comme pour l’ensemble de l’échantillon) : 34,4% ont fréquenté une école de commerce et 38,5% une école d’ingénieur. Le parcours-type des femmes arrivées depuis 2017 consiste en une formation initiale en économie (40%), comme pour l’ensemble de l’échantillon.