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26 juin 2026

AI in the public sphere: repenser la démocratie à l’ère de l’IA

L’Institut libre des transformations numériques de Sciences Po, créé dans le cadre du projet TIERED, a organisé, aux côtés de l’Observatoire européen de la polarisation (European Polarisation Observatory), financé par CIVICA, la première édition d’une conférence de deux jours consacrée aux implications de l’intelligence artificielle pour la démocratie et l’espace public (18-19 mai 2026).

Cet événement a réuni des membres des réseaux internationaux de recherche auxquels participe Sciences Po, offrant aux chercheurs l’occasion d’échanger sur les défis singuliers que l’IA pose à nos sociétés dans un cadre favorisant un dialogue soutenu avec des acteurs publics et privés.

Paul-André Rosental, Directeur scientifique, ouvre la conférence
Paul-André Rosental, Directeur scientifique, ouvre la conférence (crédits : Sciences Po)

La première journée de la conférence était consacrée aux dynamiques sociales, linguistiques et politiques des plateformes numériques. Les recherches présentées par des chercheurs affiliés à l’Observatoire européen de la polarisation, issus notamment de la Hertie School, de la Central European University et d’IE University, ont exploré la manière dont les individus traitent cognitivement l’information en ligne, la façon dont les schémas linguistiques révèlent des inégalités sociales plus larges, ainsi que l’influence des environnements numériques sur les attitudes et comportements politiques. Les intervenants ont souligné la nécessité d’un renouvellement méthodologique fondé sur des approches plus expérimentales et itératives en sciences sociales, tout en mettant en évidence les limites des jeux de données existants. Les participants ont estimé qu’une diversification des sources de données ainsi qu’une réévaluation critique des méthodes de collecte pourraient permettre de mieux comprendre les mécanismes subtils de formation des croyances, de polarisation et d’engagement en ligne.

Les questions de gouvernance des plateformes et de pouvoir technologique ont constitué le cœur de la session du soir, intitulée « Interroger le pouvoir des plateformes » (« Interrogating Platform Power »). Les discussions ont porté sur l’influence croissante des moteurs de recherche et des entreprises de réseaux sociaux dans un contexte d’adoption rapide de l’IA. Parmi les intervenants, Andrew Perrin, de l’Université Johns Hopkins, a débattu des limites de la souveraineté des plateformes et des risques liés à la dépendance des institutions publiques à l’égard d’infrastructures numériques détenues par des acteurs privés. Ces enjeux ont été replacés dans le cadre plus large des tensions entre le potentiel démocratisant des technologies numériques et la concentration du pouvoir économique et politique qu’elles peuvent simultanément renforcer.

Table ronde Interrogating Platform Power avec Henri Verdier (INRIA Foundation), Anastasia Stasenko (Pleais), Antonio Calleja-López (Decidim), Andrew Perrin (Johns Hopkins University), et Jen Schradie (Centre for Research on social Inequalities).(crédits : Sciences Po)

La session du soir s’est conclue par la conférence inaugurale d’Ethan Zuckerman, de l’Université du Massachusetts, qui a porté l’attention sur les biais structurels intégrés aux grands modèles de langage (LLM). Selon Zuckerman, ces systèmes étant principalement entraînés sur des connaissances numérisées produites dans des contextes occidentaux, ils risquent de reproduire les inégalités mondiales existantes en sous-représentant les langues, cultures et perspectives non occidentales. Plutôt que de considérer cette situation comme une limite inévitable, il a présenté le développement de modèles multilingues et multiculturels comme un enjeu majeur de recherche et de politique publique.

La seconde journée a examiné les relations entre l’IA et la politique sous des angles à la fois comportementaux et computationnels. Les chercheurs ont présenté leurs travaux récents avant d’engager des discussions lors de tables rondes consacrées aux implications pratiques des contenus politiques générés par l’IA ainsi qu’aux défis concrets de leur régulation. La première session de la journée s’est intéressée à la manière dont les contenus politiques générés par l’IA - notamment les publicités ciblées et les vidéos courtes diffusées sur les réseaux sociaux - peuvent influencer les perceptions, les émotions et les évaluations des électeurs à l’égard des acteurs politiques. Plusieurs présentations ont suggéré que l’IA et les comportements politiques humains pourraient évoluer conjointement au sein de boucles de rétroaction complexes, nécessitant ainsi de nouveaux cadres théoriques pour assurer un contrôle démocratique adéquat.

Présentation par Pedro Ramaciotti Morales
Présentation par Pedro Ramaciotti Morales (crédits : Sciences Po)

La seconde session a porté sur les biais politiques intégrés aux systèmes d’IA eux-mêmes. Les résultats présentés ont montré que les grands modèles de langage présentent des tendances idéologiques cohérentes à travers différentes langues, reflétant les caractéristiques des données sur lesquelles ils ont été entraînés. Les chercheurs ont également mis en évidence que ces modèles peuvent encoder des attributs personnels sensibles concernant leurs utilisateurs, notamment leur orientation politique ou leur nationalité, soulevant d’importantes questions en matière de protection de la vie privée et d’interprétation des poids des modèles au regard des cadres juridiques existants. Il est également ressorti des études présentées que les mesures de transparence, telles que l’étiquetage des contenus générés par l’IA, pourraient ne pas suffire à atténuer les effets persuasifs de ces technologies.

La conférence s’est achevée par une réflexion sur l’influence croissante de l’IA dans les domaines de l’enseignement et de l’édition scientifique, mettant en évidence un constat partagé : si l’intelligence artificielle offre des opportunités considérables, la compréhension et la gouvernance de ses conséquences sociétales constituent plus que jamais un programme de recherche urgent et en constante évolution.