Camille Frasca, promotion 2017

Camille Frasca, promotion 2017

Du Master politiques publiques, spécialité Culture, Double Diplôme avec l'Ecole du Louvre, parcours en apprentissage au Musée Picasso, au poste de directrice des Musées de la Ville de Villefranche-sur-Mer
  • Camille Frasca © Caroline Goddard 2017Camille Frasca © Caroline Goddard 2017

Pouvez-vous décrire votre parcours universitaire et professionnel ?

Après deux années de classe préparatoire en lettres classiques et une licence de lettres modernes comparées anglais-espagnol à la Sorbonne, j’ai intégré l’Ecole du Louvre pour y étudier l’histoire de l’art, l’histoire des collections et la muséologie, avec une spécialité en art moderne et art contemporain. Alors que je terminais ma licence à l’Ecole du Louvre, j’ai passé les épreuves d’admission en Master pour intégrer l'École d’affaires publiques de Sciences Po en filière culture et j’ai débuté un double cursus dans les deux établissements. 

A cette époque, j’ai commencé à travailler en indépendante, en tant que commissaire d’expositions via une association d’élèves ainsi qu’en tant que consultante pour des galeries et en tant que conseillère art pour des collectionneurs et des agences de création. 

Aujourd’hui, après presque six années passées au Musée national Picasso Paris en tant qu’historienne de l’art chargée de missions et coordinatrice de projets culturels, je viens d’être recrutée pour devenir la directrice des musées de Villefranche-sur-Mer, une commune des Alpes-Maritimes, juste à côté de Nice.

Quelles ont été les principales étapes de la construction de votre projet professionnel ?

A la fin de ma licence à l’Ecole du Louvre, j’ai rapidement souhaité compléter mes acquis par une formation plus juridique, administrative et structurante pour concevoir des projets. J’ai ainsi voulu rejoindre la filière culture du Master politiques publiques proposé par l’Ecole d’affaires publiques de Sciences Po. A ce moment-là, la direction de l’Ecole du Louvre m’a prévenue qu’un double diplôme était en préparation entre les deux établissements, et que je pouvais servir de « cobaye » pour tester les maquettes de cours et l’emploi du temps entre les deux formations. J’ai tout de suite signé, et j’ai débuté une année de double master à la fois passionnante et assez rock’n roll ! Les cours m’ont tout de suite beaucoup plu à Sciences Po, et je me suis totalement investie dans ce double parcours. Dans ma promotion Sciences Po, j’étais la seule, à ce moment-là, à avoir un cursus lié au patrimoine et à l’histoire de l’art, ce qui m’a énormément servi. C’est par ce biais que j’ai rencontré Laurent Le Bon, qui avait pris ses fonctions quelques mois plus tôt en tant que président du Musée national Picasso-Paris, et qui intervenait dans le cadre d’un cours sur les politiques culturelles, proposé par François-Xavier Labarraque. J’ai alors pu commencer une mission à ses côtés en tant que coordinatrice du projet « Picasso-Méditerranée », réseau de plus de 70 institutions dans toute la méditerranée avec lesquels le musée a conçu 45 expositions autour de l’œuvre de Picasso et quatre colloques scientifiques à la Fondation Cini de Venise, à la Villa Médicis à Rome, au Musée Fabre de Montpellier et au Musée Picasso de Malaga. Cette manifestation culturelle internationale, qui a réuni plus de 2 millions de visiteurs toute exposition confondue, m’a occupée pendant plus de trois ans - elle s’est déroulée de 2017 à 2019 et a fait l’objet d’une publication numérique et d’une publication papier. Au sein du musée, j’ai également été chargée de mission pour divers projets transversaux, comme le suivi de documents structurels tels que le Projet Scientifique et Culturel et le Contrat d’Objectif et de Performance qui m’ont permis de travailler avec des collaborateurs très variés, à l’intérieur et à l’extérieur du musée. Ces divers projets, au sein d’une institution muséale nationale – le Musée Picasso est un établissement public sous tutelle du ministère de la Culture – m’ont permis d’apprendre à travailler avec des interlocuteurs variés : de grandes institutions à l’étranger, des structures muséales régionales, des partenaires privés… J’ai été dans un foisonnant bain de rencontres professionnelles et humaines incroyables ! 

Comment se sont déroulés vos processus de recrutement au Musée Picasso puis à la direction des musées de Villefranche-sur-mer ? 

J’ai débuté en tant que stagiaire au Musée Picasso, sous convention avec Sciences Po alors que j’étais en première année de Master et en double cursus avec l'École du Louvre. A la fin du stage, le musée m’a proposé de rester, et j’ai alors choisi de prendre une année de césure : cette pause entre les deux années est un choix que je ne regretterai jamais ! A vrai dire, ce n’était pas vraiment une pause au sens strict du terme puisque j’ai été engagée à plein temps au Musée Picasso pour pouvoir continuer des missions qui m’avaient été confiées en stage. Ces missions se sont avérées si intéressantes qu’au moment de démarrer ma deuxième année de master à Sciences Po, j’ai eu la possibilité d’effectuer celle-ci en apprentissage. Cette modalité  m’a permis de rester au musée tout en finissant mes études : un combo gagnant, puisqu’à la fin de cette année d’alternance, j’ai continué au musée sous un contrat classique. J’ai choisi en cette année 2021 de me lancer dans une nouvelle aventure, et je prendrai ainsi en juin les fonctions de directrice des musées de Villefranche-sur-Mer. Pour ce recrutement, j’ai répondu à un appel à candidatures. Le processus a été classique : il s’agissait dans un premier temps d’envoyer une lettre de motivation avec une idée de projet, accompagnée de son curriculum vitae. Une fois la première sélection opérée, il y a eu plusieurs entretiens et une présentation devant un jury de professionnels pour défendre son projet pour les musées de la ville.

Quelles sont les caractéristiques du poste que vous allez occuper ?

Le poste de directrice des musées de Villefranche-sur-Mer consiste à gérer trois structures muséales – le Musée Volti, le Musée Goetz-Boumeester et le Musée Roux ainsi qu’un ensemble de chapelles – et à redynamiser l’offre culturelle. Il s’agit de bâtir un plan d’action pour que les musées rayonnent dans la ville et à l’extérieur de celle-ci, à travers une programmation d’expositions et d’évènements culturels. Ces musées – qui sont labellisés « Musées de France » - méritent d’être connus, et c’est un des défis à relever. Il y a également le souhait d’implanter dans le paysage local un centre de création contemporaine, en créant notamment une résidence d’artistes et de commissaires d’expositions, qui propose des temps longs de réflexion et de création et des expositions de restitutions. Les partenariats avec d’autres structures culturelles sont également un des enjeux phares de la mission. Je ne peux pour l’instant pas en dire davantage car je commence le 1er juin 2021 ! 

Quelles ont été les contributions de votre formation à l'École d’affaires publiques aux  fonctions que vous occupez aujourd’hui ?

L'École d’affaires publiques m’a permis de comprendre comment fonctionne l’administration de notre pays, ses institutions, la richesse de ses politiques publiques et ce qu’est une mission de service public. Ayant tout de suite travaillé pour un établissement public, j’ai pu notamment me confronter aux relations avec le Ministère de la culture ainsi qu’avec les services ministériels liés au budget et comprendre le travail interministériel que j’avais étudié en cours. Mon parcours à Sciences Po a aussi été l’occasion de m’ouvrir à d’autres horizons et d’élargir ma culture générale. J’ai suivi des cours proposés dans la maquette que je n’aurais jamais imaginé suivre comme celui sur l’économie du cinéma ou encore un cours de formation commune sur l'histoire des usages du passé dans le cadre d’une session dédiée aux humanités politiques. 

Auriez-vous un conseil à donner aux étudiants qui souhaitent s’orienter vers le secteur de la culture aujourd’hui ? 

S’il y a un seul conseil à donner, c’est de ne pas se limiter, de laisser ses envies de culture parler et de ne pas avoir peur de lancer des projets, surtout des projets personnels. Dès mon cursus universitaire, j’ai eu le plaisir de revêtir plusieurs casquettes : celle de commissaire d’expositions pour des structures variées, celle de conseillère pour des particuliers, puis celle de chargée de projets/coordinatrice pour le compte d’un musée, et désormais celle de responsable de musées. Au cours de ces précédentes missions, qui ont très souvent été concomitantes, j’ai eu le plaisir d’organiser, en indépendante et sur mon temps personnel, une dizaine d'événements culturels en France et à l’étranger, en concevant les projets de A à Z depuis la sélection des artistes ou des intervenants jusqu’à la recherche de ressources pour mener à bien ces projets. Cette « débrouillardise » est très bénéfique dans le secteur culturel, et permet de se construire une image professionnelle multitâches, couteau-suisse ou femme-orchestre selon l’appellation qu’on préfère !

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