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28 janvier 2026

Programme jeune recherche en évaluation des politiques publiques - édition 2026

Le LIEPP reconduit son programme de soutien à la jeune recherche en évaluation des politiques publiques pour l'année 2026.  Ce programme vise à apporter un soutien aux jeunes chercheur.e.s qui souhaiteraient aussi développer un volet de leur travail sur les implications de leur recherche pour l’action publique, et à le faire dans une optique interdisciplinaire.

Le programme est ouvert aux doctorant.e.s (qui doivent être inscrit.e.s en thèse au moment du dépôt de leur candidature dans les écoles doctorales de Sciences Po ou d’Université Paris Cité) et jeunes docteur.e.s (ayant soutenu depuis moins de 2 ans, la thèse devant avoir été soutenue après après le 31 août 2024 et dont l’affiliation principale est un laboratoire de Sciences Po ou d’Université Paris Cité), toutes disciplines confondues.

Il poursuit 4 objectifs : 

  • Valoriser et apporter un appui aux travaux de jeunes chercheur.e.s ;
  • Faciliter la traduction des recherches académiques en résultats utiles pour l’évaluation des politiques publiques ;
  • Favoriser la mise en dialogue interdisciplinaire des recherches, en vue notamment de favoriser l’émergence de projets interdisciplinaires ;
  • Donner une meilleure visibilité, auprès d’acteurs publics et de la société civile, aux travaux de jeunes chercheur.e.s ayant un apport pour l’évaluation des politiques publiques.

Lauréats du programme 2026/2027

LABARUSSIAT Floriane, sciences politiques, CEVIPOF (Sciences Po) : Watchdog Under Conditions: Citizen Expectations, Affective Reactions, and Democratic Polarization in Response to Accountability Journalism

Qu’attendent concrètement les citoyens du rôle de contrôle joué par les médias, et quels facteurs façonnent leurs évaluations de ce rôle ? Ce projet examine les déterminants des évaluations citoyennes du rôle de contrôle (watchdog) joué par les médias face aux institutions étatiques, un angle largement sous-exploré dans la littérature sur la démocratie et les médias. Si une première expérience par vignettes (N = 4 000) en France a établi que les réactions des citoyens au journalisme de contrôle (accountability journalism) obéissent à des mécanismes distincts — stylistiques d'un côté, normatifs de l'autre — et produisent des effets polarisants sur la confiance institutionnelle, d’autres facteurs déterminants restent inexplorés. Le projet vise à tester systématiquement deux d'entre eux : les effets des étiquettes médiatiques et ceux de la nature des sources citées dans les articles de presse. Il vise également à répliquer ces expériences aux États-Unis, afin d'évaluer la généralisabilité des mécanismes identifiés au-delà du contexte français. Ce faisant, il comble un manque empirique important sur ce que les citoyens attendent concrètement des médias en démocratie, avec des implications directes pour les politiques de soutien à la liberté de la presse.

SAÏSSET Eulalie, économie, CRIS & Department of Economics (Sciences Po) : A Fair Share of Land: No Net Land Take and the Quest for Equity in Soil Conservation

La France a adopté l’objectif Zéro Artificialisation Nette (ZAN), reflétant ainsi une évolution vers la reconnaissance de la terre comme une ressource finie qui doit être préservée. Face à cette limite physique, apparait la question du budget foncier restant : comment allouer les terres restant à consommer entre les usages et les acteurs ? Cette thèse introduit d’abord un cadre analytique pour la justice foncière, en s’inspirant de la littérature existante sur l’équité sociale, la protection des terres agricoles et les inégalités environnementales urbaines. Puis elle traite de trois types d’équilibre socio-économiques perturbés par l’intégration d’une composante écologique à l’aménagement du territoire : celui du budget des communes, dont les recettes fiscales sont adossées à l’usage des terres, celui des ménages et des entreprises qui contestent la régulation foncière par le contentieux, celui des propriétaires de terres artificialisées, dont la rente foncière potentielle est remise en question. La France étant pionnière en matière de conservation des sols, elle vise à contribuer de manière substantielle au discours académique sur la justice environnementale et les pratiques d’utilisation durable des terres.

KIPP Lorenz, économie, Département d'Économie (Sciences Po) : Médias, identités et compétition électorale

Ce projet étudie la façon dont les clivages sociaux se traduisent en compétition électorale à travers l'environnement informationnel. Il regroupe deux études empiriques liées par une même question : comment la diffusion d'informations politiques; qu'elle passe par les programmes de campagne ou par les plateformes numériques, façonne-t-elle la conversion de divisions sociales préexistantes en comportement électoral ? Le premier volet (avec Elliott Ash, ETH Zurich, et Aarushi Kalra, Oxford) estime l'effet de l'exposition à des contenus anti-musulmans sur une plateforme indienne de vidéos courtes (environ 200 millions d'utilisateurs) sur le vote BJP aux élections législatives indiennes de 2024. Le second volet (avec Julia Cagé, Sciences Po, et Caroline Le Pennec, HEC Montréal) mobilise un corpus inédit de programmes de campagne français pour examiner comment le contenu programmatique réagit aux règles électorales et aux clivages sociaux de l'époque. Les deux volets parlent à une question commune d'évaluation : la régulation de l'information politique et la conception des règles électorales.

GIARD Coline, sociologie, CSO (Sciences Po) : Soigner autrement, gouverner autrement ? Le développement des thérapies alternatives et complémentaires en France

Les thérapies alternatives et complémentaires (TAC) regroupent un vaste ensemble de pratiques à visée thérapeutique qui ne relèvent pas de la médecine conventionnelle et connaissent un essor depuis les années 1970 : ostéopathie, naturopathie, reiki, biorésonance... En France, la plupart d’entre elles ne sont pas reconnues par l’Etat, dans un contexte de monopole médical sur le champ de la santé. Pourtant, leur diffusion est large et plus de 100 000 thérapeutes les exercent, soit autant que les médecins généralistes. Comment expliquer le développement de ces pratiques dans une situation qui ne leur est a priori pas favorable, face à l’Etat et à la médecine ? Cette recherche doctorale vise à comprendre ces mécanismes d’expansion à partir d’une enquête menée auprès des acteurs étatiques, des organisations médicales et alternatives et des praticiens. Elle étudie les activités menées pour réguler les TAC et explore les raisons de la singularité de ces politiques en santé, puisqu’elles ne reposent pas sur des normes juridiques dédiées. Elle analyse aussi la façon dont ces formes de gouvernement reconfigurent les pratiques et contribuent à leur ouvrir des espaces de développement.

STAHL Eva, sociologie/philosophie, CSO (Sciences Po) : Pratiques d’assistance médicale à la procréation depuis 2021 - Réseaux de soins, décisions de prise en charge et inégalités territoriales

La loi de bioéthique de 2021 a ouvert l’accès aux techniques d’assistance médicale à la procréation [AMP] aux couples de femmes et aux femmes célibataires - jusqu’ici réservé aux couples hétérosexuels. L'accueil de ces publics a entraîné une restructuration des activités des centres et des réseaux de prise en charge en AMP. La première partie de la thèse a étudié les logiques professionnelles qui ont émergé au sein des équipes d’AMP face à cet élargissement de la définition de l’infertilité. Dans un second temps, l’objectif est d’ouvrir l’enquête à une échelle méso-sociologique qui prend en compte les contraintes organisationnelles qui pèsent sur le fonctionnement des structures et la construction des parcours de patient.es. L’une des questions théoriques sous-jacentes est donc celle de la construction organisationnelle des inégalités, à travers l’étude de la mise en application du droit. Ma candidature au programme du LIEPP concerne cette seconde partie.

CHEN Fan, histoire, CESSMA (UPC) : Gouverner les mobilités chinoises : médiations diplomatiques, savoirs administratifs et régulation des travailleurs migrants sous les régimes d’exclusion (1912–1945)

Longtemps centrée sur les politiques occidentales d’exclusion et sur les expériences des migrants chinois, l’historiographie a largement négligé les formes d’intervention développées par l’État chinois à destination des populations chinoises à l’étranger. Cette recherche analyse la manière dont, entre 1912 et 1945, l’État chinois développe de nouvelles pratiques de gouvernance migratoire dans un contexte de durcissement international des politiques d’exclusion. À partir d’archives diplomatiques, policières et administratives conservées en France, au Canada, au Pérou et en Chine, la thèse examine le rôle des diplomates et des consulats chinois dans la médiation des conflits, la production de savoirs administratifs et la régulation des mobilités migratoires. Elle montre également comment ces pratiques participent à la construction des politiques migratoires et des formes d’action publique entre la Chine et les sociétés d’accueil. Cette recherche contribue à une histoire transnationale des dispositifs de gouvernance des populations mobiles dans la première moitié du XXe siècle.

KABA Nesta, géographie, LIED (UPC) : Les effets socio-territoriaux de l’innovation technologique dans le secteur minier : l’extraction directe de lithium au Chili et aux Etats-Unis

La transition énergétique mondiale repose sur une demande croissante en lithium, minerai central dans la fabrication des batteries lithium-ion utilisées dans les véhicules électriques et le stockage d'énergie. Géographiquement concentrée, son extraction pèse lourdement sur certains territoires et alimente des conflits socio-environnementaux durables. Face à ces tensions, États et entreprises minières expérimentent de nouvelles stratégies pour sécuriser la production, témoignant d'une volonté commune de reprendre la main sur l'économie politique de la transition, en conjuguant impératifs de souveraineté sur les ressources et affichage d'une sensibilité environnementale. Ces dispositifs s'appuient sur des technologies d'extraction dites « innovantes », notamment l'extraction directe du lithium, présentées comme plus efficaces et moins destructrices. Ce projet interroge ce que ces innovations font aux territoires et aux rapports de force qui les traversent. Par une enquête comparative entre Maricunga (Atacama, Chili) et la mer de Salton (vallée d'Imperial, Californie), il analyse comment ces nouvelles pratiques reconfigurent les dynamiques de conflit et d'acceptabilité sociale, ainsi que les relations entre industrie, État et populations locales. Les technologies y sont traitées comme des objets politiques à part entière, vecteurs de récits sur la transition qui redéfinissent les termes du débat public dans des territoires marqués par un long héritage d'extraction.

VOISIN Camille, économie/sciences cognitives/sociologie, CRIS (Sciences Po) : Organiser les enseignements de français et de mathématiques en groupes au collège : évaluation réaliste des effets sur les conditions d’apprentissages et les compétences socioémotionnelles

La politique éducative des « groupes de besoins », introduite dans les collèges français depuis septembre 2024 pour les enseignements de français et de mathématiques, a été conçue comme une mesure permettant l’amélioration des performances scolaires via une meilleure gestion de l’hétérogénéité scolaire grâce à la différenciation des apprentissages. Ce projet, complémentaire à une enquête quantitative de grande ampleur conduite en partenariat avec la DEPP (MEN), vise à documenter les perceptions et les expériences des élèves ainsi que des enseignant·e·s face à l’organisation des enseignements en groupes. S’appuyant sur une démarche ethnographique combinant observations de cours en groupes et entretiens dans des établissements aux contextes éducatifs et aux modalités de mise en œuvre de la politique variés, le projet aspire à rendre compte des mécanismes de production des éventuels effets de la mesure sur les conditions d’apprentissages, les pratiques pédagogiques et les compétences socio-émotionnelles des élèves.

LEROUX Caroline, sociologie, CERLIS (UPC) : Quitter l'agriculture en cours de carrière, entre invisibilisation et faible institutionnalisation

Chez les agriculteurs, les sorties du métier avant la retraite sont fréquentes : 21 % des départs en 2022 ont eu lieu avant 55 ans. Pourtant, ces mobilités restent peu visibles et peu prise en compte par les politiques publiques. Dans les années 1950, elles sont pensées comme des « mutations professionnelles », accompagnées par des dispositifs publics, elles sont depuis les années 2000, surtout vues comme des « départs précoces », dans un contexte centré sur l’installation et le renouvellement des générations. Les politiques publiques actuelles se concentrent ainsi quasi exclusivement sur l’entrée dans le métier, tandis que les sorties en cours de carrière restent marginales. Les dispositifs d’accompagnement vers la sortie ciblent surtout des situations de difficulté économique ou de détresse sociale, et non des personnes envisageant un changement de métier pour d’autres motifs. L’accompagnement de ces mobilités reste rare et localisé. Ce déséquilibre interroge ce que l’action publique rend visible ou non, et la manière dont ces trajectoires sont renvoyées à des problématiques individuelles plutôt qu’un enjeu collectif.

DEZA Alice, psychologie, LaPsyDe (UPC) : Formation et évolution des inégalités scolaires et psychosociales en fonction du genre chez les très jeunes enfants

Les inégalités de genre dans les parcours scolaires se construisent bien avant les choix d’orientation vers les filières scientifiques ou l’entrée sur le marché du travail. Les données récentes de la DEPP laissent entendre que les écarts entre filles et garçons apparaissent dès les premières années de scolarisation et évoluent différemment selon les domaines de compétence. Alors que les filles ont initialement un avantage en mathématiques et en langage, cet avantage en mathématiques s’atténue progressivement au cours de la maternelle et disparaît dès le CP. Cette thèse vise à comprendre comment se forment et évoluent les inégalités scolaires et psychosociales selon le genre chez les jeunes enfants. Elle s’appuie sur plusieurs sources de données longitudinales, notamment le Panel Petite Section 2021 de la DEPP et les évaluations nationales. À partir de ces données, le projet analysera le rôle des pratiques et caractéristiques enseignantes, des perceptions des adultes et des pratiques parentales dans la construction de ces écarts. L’objectif est d’éclairer les politiques éducatives destinées à réduire les inégalités de genre dès les premières années de la scolarité.