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Diversifier les modes d’évaluation : les tests coopératifs

©Caroline Maufroid / Brainstorming - Sciences Po

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Les tests coopératifs sont une alternative aux tests individuels. J’ai essayé un test coopératif dans l’un de mes enseignements. Dans cet article, je décris les avantages d’avoir utilisé ce mode d’évaluation, ainsi que les défis auxquels j’ai été confrontée en pratique. Les enseignants souhaitant mettre en place des tests coopératifs doivent faire particulièrement attention aux incitations créées par ce mode d’évaluation. La meilleure stratégie dépend aussi des étudiants et du type d’enseignement.

Les étudiants sont souvent testés de façon individuelle, soit en contrôle continu soit en examen final. Une alternative pour l’évaluation individuelle des étudiants à l’écrit est l’évaluation en groupe : au lieu de travailler seul sur un examen pour lequel il recevra une note individuelle, l’étudiant coopère avec d’autres étudiants. Il existe de multiples façons de créer des tests écrits en groupe, aussi appelés tests coopératifs ou collaboratifs.

Le principal avantage de ce type de stratégie d’évaluation est de créer des incitations pour que les étudiants collaborent, la collaboration entre pairs favorisant l’apprentissage (e.g. Bloom, 2009 ; Cortright et al., 2003 ; Gilley & Clarkston, 2014 ; Giuliodori, Lujan & DiCarlo, 2008 ; Muir & Tracy, 1999 ; Rao, Collins & DiCarlo, 2002). En effet, les étudiants apprennent davantage lorsqu’ils discutent les concepts entre eux. Cela peut être particulièrement vrai des étudiants ayant un niveau plus faible. Ces derniers peuvent avoir tendance à s’isoler et le fait de créer des incitations à la collaboration entre pairs peut les sortir de leur isolement et aider leur apprentissage. Certains travaux de recherche indiquent par ailleurs que les tests collaboratifs pourraient réduire le niveau de stress des étudiants (e.g. Ioannou & Artino Jr, 2010).

Par ailleurs, les modes d’évaluation actuels tendent à véhiculer des valeurs individualistes d’apprentissage compétitif. Or, les tests coopératifs valorisent la collaboration entre étudiants. Les étudiants deviennent incités à être solidaires les uns des autres, avec pour objectif de réussir ensemble. Les tests coopératifs permettent donc de développer une compétence importante dans le monde du travail.

J’ai voulu tester une méthode de test collaboratif dans un enseignement de mathématiques pour économie destiné à des étudiants de 1ère année du Collège universitaire de Sciences Po.

Voici les modalités que j’ai appliquées :

  • les étudiants ont eu quatre tests au cours du semestre ;
  • ils ont été répartis dans des groupes après le premier test individuel, en fonction des notes reçues : chaque groupe était hétérogène, associant des étudiants ayant reçu une bonne note au premier test avec des étudiants ayant reçu une moins bonne note ;
  • les notes pour les trois premiers tests étaient individuelles : les étudiants étaient testés et notés sur leurs connaissances et réponses individuelles, de façon classique ;
  • la note du dernier test (le programme couvrait toutes les notions vues au cours du semestre) était collaborative : les étudiants ont répondu aux questions tout seuls, mais la note reçue était une moyenne des notes de l’ensemble des étudiants de leur groupe.

Les étudiants savaient dès le début du semestre que leur note au dernier test allait dépendre de la performance des autres étudiants de leur groupe. Ils avaient ainsi des incitations à travailler ensemble au cours du semestre, pour que tout le monde réussisse le dernier test.

Le bilan de mon expérience a été plus positif. Globalement, les étudiants ont bien joué le jeu : ils ont travaillé en groupe pour préparer leur examen. Cependant, ils n’ont pas forcément travaillé avec les étudiants de leur propre groupe, mais plutôt en fonction d’affinités amicales ou encore de lieux d’habitation. En effet, certains habitant dans la même cité universitaire ont formé leurs propres groupes de travail. Il faut toujours prendre en considération les contraintes propres aux étudiants lorsque l’on organise leur travail. Mais au final l’objectif ayant été de s’assurer que les étudiants travaillaient entre eux, le résultat était plutôt positif. Une prochaine fois, je vérifierai par un questionnaire post-évaluation si certains sont restés isolés et je prendrai en compte l’environnement de travail des étudiants pour favoriser les collaborations.

Par ailleurs, j’ai commis une erreur stratégique, qui a réduit les incitations à la collaboration. En début de semestre, j’avais prévenu les étudiants que leur moyenne porterait sur leurs trois meilleures notes du semestre. Les étudiants connaissaient déjà leurs notes aux trois premiers tests lorsqu’ils ont fait le test collaboratif. Pour les bons étudiants ayant déjà trois bonnes notes, les incitations à aider les étudiants plus faibles n’étaient donc pas très fortes, car ils savaient qu’ils pourraient éliminer cette note si c’était la plus basse. Au final, les bons étudiants, souhaitant toujours avoir de bonnes notes, ont tout de même joué le jeu. Mais cela aurait pu être plus efficace si j’avais gardé la note finale comme comptant obligatoirement dans la moyenne.

Enfin, cette stratégie fonctionne bien si tous les étudiants jouent le jeu, sans passagers clandestins. Ce cas de figure ne s’est pas présenté dans mon cours, mais il se pourrait que de moins bons étudiants comptent sur les bons étudiants pour augmenter leur moyenne, sans pour autant fournir d’efforts pour l’examen final. Dans ce cas, les meilleurs étudiants pourraient trouver le système de notation injuste et contesteraient leur note.

Il existe plusieurs façons de mettre en place des tests collaboratifs. Les enseignants qui souhaitent les essayer doivent bien veiller à adopter un système qui convient à leur groupe d’étudiants et réfléchir en amont aux incitations créées.

Anne BORING, Maître de conférences en économie, Erasmus University Rotterdam et chercheuse affiliée au LIEPP et PRESAGE, Sciences Po.

Références

  • Bloom, D. (2009). Collaborative test taking: benefits for learning and retention. College Teaching57(4), 216-220.
  • Cortright, R. N., Collins, H. L., Rodenbaugh, D. W., & DiCarlo, S. E. (2003). Student retention of course content is improved by collaborative-group testing. Advances in Physiology Education27(3), 102-108.
  • Gilley, B. H., & Clarkston, B. (2014). Collaborative testing: Evidence of learning in a controlled in-class study of undergraduate students. Journal of College Science Teaching43(3), 83-91.
  • Giuliodori, M. J., Lujan, H. L., & DiCarlo, S. E. (2008). Collaborative group testing benefits high-and low-performing students. Advances in physiology education32(4), 274-278.
  • Ioannou, A., & Artino Jr, A. R. (2010). Learn more, stress less: Exploring the benefits of collaborative assessment. College Student Journal44(1), 189-200.
  • Muir, S. P., & Tracy, D. M. (1999). Collaborative essay testing: just try it!. College Teaching47(1), 33-35.
  • Rao, S. P., Collins, H. L., & DiCarlo, S. E. (2002). Collaborative testing enhances student learning. Advances in physiology education26(1), 37-41.