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10 septembre 2026
Le témoignage d’Eirini Tsoumani, ancienne postdoctorante CIVICA à l’EUI

Après avoir soutenu sa thèse en droit à Sciences Po en 2025, Eirini Tsoumani a rejoint l’European University Institute (EUI) en tant que postdoctorante dans le cadre de CIVICA. Ses recherches, à la croisée du droit public de l’Union européenne, de la théorie du droit et de la sémiotique juridique, portent notamment sur les transformations de la culture judiciaire européenne. Dans ce témoignage, elle revient sur son parcours, son expérience de recherche à l’EUI et l’apport de la mobilité CIVICA à son développement académique et professionnel. À la rentrée 2026, elle poursuivra son parcours aux États-Unis en tant qu’Emile Noël Fellow au Jean Monnet Center for International and Regional Economic Law and Justice de NYU.
Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours universitaire et de vos axes de recherche ?
Je suis chercheuse en droit et mes travaux se situent à la croisée du droit public européen, de la théorie du droit et de la sémiotique juridique. J’ai obtenu mon doctorat en droit à Sciences Po, où ma thèse a porté sur la jurisprudence constitutionnelle du Conseil d’État grec pendant la crise de la dette souveraine grecque (2009-2019), afin d’analyser le raisonnement judiciaire en situation de contrainte.
Ma recherche n’aborde pas la contrainte uniquement comme une pression politique ou économique externe. Elles se concentrent plutôt sur les contraintes internes au discours juridique lui-même : les répertoires argumentatifs, les techniques doctrinales, les rôles institutionnels et les « personnages juridiques » à travers lesquels les juges produisent du sens juridique. Dans ma thèse, j’ai développé une méthodologie sémiologique pour étudier comment ces répertoires argumentatifs et comportementaux ont structuré le raisonnement du Conseil d’État grec pendant la crise, tout en montrant comment les juges, en les mobilisant, ont contribué à transformer la culture juridique nationale elle-même.
Plus largement, mon intérêt de recherche actuel consiste à étendre cette méthodologie au-delà du cas grec et à l’appliquer à l’étude de la culture judiciaire européenne. Je m’intéresse à la manière dont les acteurs judiciaires, au sein des ordres juridiques nationaux et européens, héritent, diffusent et remodèlent les répertoires juridiques, ainsi qu’à la façon dont ce processus contribue à la formation d’une manière spécifiquement européenne de raisonner sur l’État, l’intérêt général et la souveraineté.
Qu’est-ce qui vous a motivé à postuler à la bourse postdoctorale CIVICA et pourquoi avez-vous choisi l’EUI pour votre séjour ?
J’ai postulé à la bourse postdoctorale CIVICA car elle offrait une opportunité précieuse de développer mes recherches dans un environnement universitaire international et interdisciplinaire. L’accent mis par CIVICA sur la collaboration entre les principales institutions européennes m’a particulièrement séduit, car mes travaux se situent à la croisée du droit public et de la culture juridique européenne, ainsi que de questions plus larges de gouvernance et de transformation institutionnelle.
J’ai choisi l’Institut universitaire européen en raison de son environnement intellectuel exceptionnel et de sa solide tradition en droit et en sciences sociales. Pour un projet portant sur la généalogie du raisonnement judiciaire et les relations entre les cultures juridiques nationales et européennes, l’IUE était le lieu de travail idéal. Il offrait à la fois les ressources universitaires et la communauté scientifique nécessaires pour approfondir mes recherches.

« J’ai pu participer activement à la vie universitaire de l’institution en assistant à des séminaires et à des ateliers, ce qui m’a permis d’inscrire mes travaux dans le cadre de débats scientifiques plus larges. »
Eirini Tsoumani
Jeune docteur du Centre de recherche de l'Ecole de droit
Comment décririez-vous votre expérience en tant que boursiERE postdoctoral CIVICA à l’IUE ? Quelles ont été les activités universitaires les plus enrichissantes auxquelles vous avez pris part pendant votre séjour ? Y a-t-il eu des collaborations avec des enseignants ou d’autres boursiers qui vous ont particulièrement marquéE ?
Mon expérience en tant que boursière postdoctoral CIVICA à l’EUI a été intellectuellement enrichissante et très précieuse sur le plan professionnel. J’ai pu participer activement à la vie universitaire de l’institution en assistant à des séminaires et à des ateliers, ce qui m’a permis d’inscrire mes travaux dans le cadre de débats scientifiques plus larges.
L’un des moments les plus marquants de mon séjour a été ma participation au séminaire des chercheurs invités et universitaires, où j’ai présenté mon article intitulé « Judges Under Constraint : Genealogies of Judicial Reasoning from Greek to European Legal Culture ». La discussion qui a suivi s’est avérée extrêmement constructive. J’ai reçu des commentaires pertinents de la part de chercheurs et de membres du corps enseignant, ce qui m’a aidée à affiner à la fois la structure et les arguments centraux de mon article. Je poursuis actuellement le développement de ce travail en vue de sa publication.
Au-delà de cette présentation, les échanges réguliers avec le personnel enseignant et d’autres chercheurs ont été particulièrement importants. Ces conversations m’ont permis de clarifier l’orientation de mon projet, à renforcer mon approche méthodologique et à réfléchir de manière plus stratégique aux prochaines étapes de ma carrière universitaire.
Diriez-vous que le programme postdoctoral CIVICA a contribué à votre développement professionnel et, si oui, de quelle manière ?
Oui, le programme postdoctoral CIVICA a contribué à mon développement professionnel de plusieurs manières. Tout d’abord, il m’a donné le temps et le cadre institutionnel nécessaires pour faire avancer mes recherches après l’obtention de mon doctorat. Ensuite, il m’a permis de présenter mes travaux en cours à un public universitaire international et de recevoir des retours de grande qualité. Cela s’est avéré particulièrement précieux à un stade où je transformais mes recherches doctorales en nouvelles publications et en projets de recherche plus vastes.
Cette bourse m’a également permis de consolider mon profil universitaire. Mon intégration dans l’environnement de recherche de l’EUI m’a donné accès à de nouveaux échanges, à de nouvelles perspectives et à de nouveaux réseaux. Cela m’a encouragée à adopter une approche plus comparative et à réfléchir de manière plus explicite aux dimensions européennes de mes travaux. Enfin, le programme m’a apporté des orientations importantes concernant mon parcours universitaire global et mon évolution professionnelle future. Au cours de l’année universitaire 2026-2027, je serai boursière Emile Noel au Jean Monnet Center for International and Regional Economic Law and Justice de l’université de New York (NYU).
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui hésite à postuler à un programme de mobilité CIVICA ?
Je les encourage vivement à postuler. Un programme de mobilité CIVICA n’est pas seulement l’occasion de passer du temps dans une autre institution ; c’est aussi une chance de s’intégrer à une communauté intellectuelle plus large. Pour les chercheurs en début de carrière en particulier, ce type d’expérience peut s’avérer extrêmement enrichissant. Elle vous permet de tester vos idées dans un nouvel environnement, de recevoir des retours de la part de chercheurs issus de différents horizons, et de nouer des relations académiques qui peuvent perdurer bien au-delà de la bourse elle-même.
Mon conseil serait d’aborder cette période de mobilité avec ouverture d’esprit et curiosité. La valeur du programme ne réside pas seulement dans les activités universitaires formelles, mais aussi dans les échanges informels, les conversations et les rencontres qui vous aident à porter un regard différent sur votre propre travail. Pour moi, la bourse de mobilité CIVICA à l’EUI a été une expérience profondément enrichissante, tant sur le plan intellectuel que professionnel.
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