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8 mars 2026

Rencontre avec nos diplômées: Matilde Molavi, promotion 2020

 

Pouvez-vous décrire votre parcours universitaire eT professionnel ?

Matilde Molavi, diplômée 2020 du Master politiques publiques, spécialité Administration publique   

J’ai rejoint Sciences Po après le bac, en double diplôme Mathématiques appliquées et Sciences sociales avec l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. J’ai passé ma 3A à l’université de Toronto, qui était l’une des rares à me permettre de poursuivre les cours de mathématiques et d’informatique, tout en
prenant des cours de littérature persane. Étant d’origine iranienne, il me tenait à cœur de développer ma connaissance de ma langue maternelle, d’autant que comme toute bonne sciences-piste, il m’est arrivé de rêver des métiers de la diplomatie.
C’est finalement vers la politique économique que je me suis tournée. J’ai rejoint l’École d’Affaires publiques à mon retour en 2019, pour y suivre le
master Politiques Publiques, en spécialité Administration Publique.
La crise sanitaire est intervenue au moment où je préparais mes projets de césure. J’ai redouté de faire une année de stage confinée dans mon studio.
J’ai donc préféré poursuivre directement en M2. Pendant le 1 er semestre, j’ai effectué un stage à mi-temps chez Alphalex-Consult, un cabinet de conseil en affaires européennes. Au 2ème semestre, mon stage de fin d’études a eu lieu à la Cour des comptes, au sein du service de l’audit externe des organisations
internationales. En parallèle, je me suis inscrite en prépa pour tenter le concours de l’ENA.
A la sortie du M2, je n’étais plus si certaine de vouloir m’engager immédiatement au service de l’Etat. J’avais particulièrement apprécié mon expérience chez Alphalex, dans un rôle d’interface entre les pouvoirs publics et des entreprises à fort impact. A l’inverse, mon expérience à la Cour des comptes m’a fait comprendre que j’avais pu idéaliser la fonction publique. On y traitait de sujets passionnants, j’ai été encadrée par une cheffe formidable qui m’avait beaucoup responsabilisée, mais j’y ai aussi découvert les rigidités de l’action administrative. Par ailleurs, il me paraissait déraisonnable de prétendre vouloir faire de la politique économique sans avoir une expérience
concrète en entreprise. J’ai donc fait un détour par le conseil en stratégie, chez Monitor Deloitte, avant de rejoindre Bercy et la Direction générale des
entreprises.

Quelles ont été les principales étapes de la construction de votre projet
professionnel ?

J’ai procédé par élimination! Je suis entrée à Sciences Po sans idée précise de ce que je voulais faire à la sortie, mais j’ai toujours été au clair sur le fait que mon principal moteur, c’est l’impact. Je voulais
contribuer à améliorer les conditions de vie des autres, essayer de résoudre des problèmes. Partant du principe que l’argent est souvent le nerf de la guerre, j’hésitais entre la recherche en économie et la fonction publique. La 3A a été une année charnière : à Toronto, j’ai pu m’initier à la recherche en économie, et je me suis rendue compte que cela n’était pas fait pour moi. J’ai beaucoup apprécié le quotidien en laboratoire, mais on m’a expliqué qu’il peut être frustrant de ne pas se sentir écouté par les décideurs. J’ai donc pensé que j’aurais plus de chance de faire
entendre ma voix en rejoignant les services du gouvernement. Cela a été confirmé lors de mon passage à la Cour des comptes : contrairement à
ce qu’on pourrait imaginer, le taux de suivi des recommandations est assez impressionnant. Ce qui m’a alors inquiétée, c’est plutôt d’être trop loin du terrain, trop peu expérimentée pour faire des propositions pertinentes sur une variété d’entités auditées.
Le conseil en stratégie a pu apparaître comme le compromis idéal en termes d’impact, plus concret que dans le secteur public, mais tout de même au service de décideurs de haut niveau. C’était par ailleurs un très bon complément de formation aux enjeux du secteur privé. Mais cela m’a permis de me rendre compte que j’avais choisi d’étudier les politiques publiques pour une bonne raison au départ. En six mois, je ressentais déjà une forme de détachement vis-à-vis de l’état du monde, ce qui ne me ressemblait pas. C’est d’ailleurs une manager du cabinet qui me l’a fait remarquer.
De manière générale, mon projet s’est construit au fil des rencontres. J’ai eu la chance de travailler avec des maîtres de stage et des managers toujours très à l’écoute, qui n’ont pas été avares en partage d’expériences. Ils m’ont chacun à leur manière appris à mieux me connaître moi-même.

Quelles sont les caractéristiques de votre poste aujourd'hui ?

Après avoir été recrutée comme chargée de mission, je suis aujourd’hui cheffe de projets « Financement de l’innovation » au sein de la sous- direction de l’innovation de la DGE. Initialement, j’étais chargée du pilotage de la fiscalité de l’innovation, ainsi que des aides directes aux start-ups et PME innovantes octroyées par le réseau de Bpifrance. Cela inclut quelques dossiers politiquement visibles, comme celui du crédit d’impôt recherche. Quand je parle de ce que je fais, la mention de ce dispositif suscite souvent des réactions assez vives : ce poste est donc
une très bonne école en matière de neutralité du positionnement administratif.
Après quelques mois sur le poste, on m’a également confié la coordination du suivi des activités de Bpifrance pour la DGE, que j’assure en binôme avec un collègue. Il s’agit d’un rôle très transverse,
car Bpifrance est notre principal opérateur sur un grand nombre de sujets. Enfin, j’ai rejoint l’équipe projet DG’Ecoresponsable, qui élabore la feuille de route de la direction en matière de transition écologique.
La DGE est un excellent environnement de travail pour quelqu’un qui commence sa carrière dans l’administration. Le mode projet apporte
beaucoup de souplesse et d’horizontalité dans nos rapports entre collègues.

Quels seront, selon vous, vos prochains défis ?

Récemment, mon chef de pôle m’a demandé de réfléchir aux contours d’une politique publique du design. Je n’avais que très peu de connaissances sur le sujet, pourtant très lié aux enjeux d’innovation,
mais nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur des designers intégrées à notre cellule d’appui aux projets. L’une d’elles a rejoint notre équipe le temps d’une mission de trois mois, et j’apprends beaucoup à son contact, sur le fond comme en méthode (et dans la bonne humeur !).
En parallèle de l’étude sur le design, je mène un travail de plus long terme avec des acteurs de la R&D, pour essayer de préciser les critères qui poussent une entreprise à installer ses activités de recherche dans
un pays plutôt qu’un autre. L’idée est ensuite de voir si on peut faire mieux en matière d’attractivité du territoire français. Ce travail s’articule avec des analyses quantitatives, conduites par la sous-direction de la DGE compétente sur ces sujets. J’espère qu’ensemble, nous aurons assez de matière pour publier une étude, et nourrir les débats avec des
éléments d’analyse les plus objectifs possibles.
Sur un plan plus personnel, étant contractuelle et non fonctionnaire, il faut que je me pose la question d’une titularisation au sein de la fonction publique, ou d’un nouveau passage dans le secteur privé. Comme on
peut rester six ans en CDD au sein d’un même ministère, j’ai encore trois ans pour envisager la suite.

Quelles ont été les contributions de votre formation à l'École d'affaires
publiques, envers la fonction que vous occupez aujourd'hui ?

J’ai appris à maîtriser les codes de l’administration avant même d’y entrer, que ce soit en matière de style rédactionnel, ou de savoir-être. La spécialité Administration publique de l’École d’Affaires publiques est une excellente formation de ce point de vue. En termes de connaissances, on en sort avec une solide boîte à outils permettant de faire face à beaucoup de situations. Qu’il s’agisse de la procédure d’examen d’un projet de loi de finances, ou du cadre européen des aides d’Etat, j’ai découvert qu’on développe de bons réflexes sur beaucoup de sujets, sans même s’en rendre compte durant sa scolarité.
Avant de débuter ma carrière, j’avais quelques complexes liés au fait de n’être « spécialiste en rien ». Or la polyvalence peut être précieuse sur certains postes. Maintenant, je préfère me dire que je suis « potentielle spécialiste en tout ».

Auriez-vous un conseil à donner à un ou une étudiant(e), futur(e) jeune
diplômé(e) ?

Ne faites pas comme moi : faites absolument une année de césure ! Je ne pense pas qu’il soit indispensable d’avoir une vision précise de son
projet professionnel au moment de choisir son premier poste. On découvre assez vite que les passerelles sont nombreuses, surtout en début de carrière. Il s’agit surtout de saisir toute opportunité pour explorer de nouveaux sujets, se confronter à différentes méthodes de travail. Après quelques circonvolutions, je me retrouve exactement là où
j’espérais travailler en entrant en master, mais en étant riche de compétences plus variées, et en sachant mieux pourquoi ma place est ici.

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