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13 janvier 2026

The Elephant in the Feed. Cadrage, circulation des récits et pouvoir discursif dans les débats sur l'immigration sur les réseaux sociaux français

Soutenance de thèse de Katharina Tittel, programme de sociologie de Sciences Po, le vendredi 30 janvier 2026.  

The Elephant in the Feed. Trois essais sur les luttes de cadrage, la circulation et le pouvoir discursif dans les débats sur l’immigration sur les réseaux sociaux français

Jury composé de Jean-Philippe Cointet (Directeur de recherche - Medialab), Tristan Mattelart (Université Paris II), Rahsaan Maxwell (New York University), Barbara Pfetsch (Freie Universität, Berlin), Ettore Recchi (Directeur de recherche - CRIS), Hélène Thiollet (CNRS, CERI).

Cette thèse analyse la production et la circulation de récits dominants et alternatifs sur l’immigration, ainsi que le pouvoir discursif de différents acteur·ices au sein du système médiatique hybride français. Ce système repose sur l’articulation dynamique entre réseaux sociaux et médias traditionnels, au sein duquel les acteur·ices institutionnel·les ou non se saisissent des potentialités socio-techniques de chaque environnement pour façonner, amplifier ou contester la circulation de récits.

 Mobilisant une approche mixte, la thèse combine une analyse computationnelle de la couverture médiatique liée à l’immigration et des données issues de X (anciennement Twitter) avec des entretiens menés auprès de contributeur·ices clés. 
À travers trois articles, elle interroge les mécanismes qui rendent certaines voix audibles dans l’espace public numérique, ainsi que le rôle de l’idéologie, des logiques institutionnelles, des rapports de pouvoir et des inégalités intersectionnelles dans la fabrication des cadres interprétatifs qui dominent le débat. 

L’article 1 étudie la construction discursive et visuelle de la figure du « migrant » et son articulation avec les pratiques institutionnelles, à partir des campements urbains de la région parisienne comme site emblématique. Il met en évidence la manière dont de jeunes hommes racisés en situation précaire deviennent une image hypervisible de « l’immigration », sous l’effet conjugué des logiques médiatiques et institutionnelles. 

L’article 2 explore la circulation des contenus au sujet de l’immigration sur X en France, en insistant sur le pouvoir discursif des acteur·ices de l’extrême droite. Il montre comment le partage stratégique de sources fonctionne comme ressource rhétorique. Cet article révèle une forte asymétrie d’activité sur l’ensemble du spectre idéologique : les utilisateur·ices de droite et d’extrême droite, particulièrement actif·ves, exercent une forte influence. Ils et elles amplifient à la fois des sources mainstream et plus marginales pour poursuivre des agendas « défensifs »: déplacer les frontières du débat public et légitimer des propos excluants. Le partage de contenus hyperpartisans comme des articles tirés de médias traditionnels sert notamment à contester un sentiment de censure, à exercer une pression sur la presse et à renforcer la crédibilité de ces publics défensifs. 

L’article 3 examine l’inégale répartition du pouvoir discursif sur X, en comparant les professionnel·les des médias et du champ politique avec des contributeur·ices non institutionnel·les issu·es de groupes historiquement marginalisés. Il distingue un pouvoir discursif constant et un pouvoir discursif épisodique : les membres de l’extrême droite ainsi que les professionnel·les des médias et de la politique consolident leur influence grâce à une visibilité constante, tandis que, dans des moments ponctuels de « résonance épisodique », de jeunes personnes racisées ou issues des classes populaires peuvent toucher un large public, souvent par l’humour ou la critique ironique de représentations dominantes. Toutefois, même ces instants d’« résonance isolée » s’accompagnent d’une exposition accrue à des violences identitaires et de coûts émotionnels importants. 

Ensemble, ces trois articles contribuent à une compréhension relationnelle des représentations médiatiques racialisées de « l’immigration » : le premier éclaire la construction symbolique de la figure du « migrant » et son ancrage dans les logiques institutionnelles; le deuxième analyse la circulation et l’amplification des récits excluants ; le troisième met en lumière l’inégale distribution du pouvoir discursif et du travail affectif au sein des contre-publics numériques.

(crédits : Pierre Laborde (via Shutterstock))