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20 avril 2026
Fécondité et changement climatique
Fécondité et changement climatique. Devons-nous arrêter de faire des enfants ?
Les chercheuses Angela Greulich (Sciences Po - CRIS) et Jackie Dugard (Columbia University) partent d'une question simple en apparence, mais découvrent rapidement sa complexité, avec des arguments opposables.
La population mondiale et les émissions de carbone ont connu une croissance exponentielle, soulevant la question de savoir s’il est encore raisonnable d’avoir des enfants dans un contexte de réchauffement climatique. En s’appuyant sur des travaux en économie, en démographie et en philosophie, la vidéo montre que, si la croissance de la population joue un rôle, la crise environnementale est avant tout liée aux modes de vie, à la forte consommation observée dans les pays riches, où chaque enfant supplémentaire a un impact environnemental nettement plus élevé que dans les régions moins développées. Elle conclut que la transformation des modes de production et de consommation dans les sociétés aisées est essentielle, tout en soulignant que la réflexion sur la taille des familles reste une préoccupation légitime dans les pays du Nord global.
Retranscription et traduction de la video :
Au cours des deux derniers siècles, la population mondiale est passée d’un milliard d’individus en 1800 à 8 milliards en 2023, tandis que les émissions de carbone ont été multipliées par vingt. Cette croissance exponentielle, à la fois de la population et des émissions, suggère que la dynamique démographique constitue un facteur important des émissions. L’augmentation spectaculaire des émissions de carbone depuis les années 1850 a conduit au changement climatique actuel. La température moyenne mondiale a augmenté de 1,48 °C par rapport aux niveaux préindustriels, et le niveau moyen des mers s’élève actuellement d’environ 4,5 mm par an, ce qui menace l’ensemble du vivant sur Terre. Les 2 milliards de personnes supplémentaires attendues d’ici 2100 pourraient encore accentuer ces pressions. Cela signifie-t-il qu’il n’est plus raisonnable d’avoir des enfants ?
Pour examiner cette question, nous nous appuyons sur des travaux issus de différentes disciplines.
La crainte que la croissance démographique menace l’humanité remonte aux analyses de Malthus, qui anticipait que la population pourrait croître plus vite que la production alimentaire, au risque de provoquer famines, épidémies et pauvreté durable.
Dans les années 1970, des chercheurs ont montré que la croissance démographique affecte à la fois l’économie et l’environnement. L’équation IPAT d’Ehrlich et Holdren établit un lien entre l’impact environnemental, la population, le niveau de richesse et la technologie. Si la croissance de la population est la plus rapide dans les pays à faible revenu, le changement climatique est principalement imputable aux niveaux de consommation élevés dans les pays riches du Nord global, où l’utilisation des ressources et les modes de vie génèrent des empreintes carbone bien plus importantes.
En effet, les pays à haut revenu, qui ne représentent qu’environ 16% de la population mondiale, sont à l’origine de plus de 74% des émissions cumulées de CO₂ depuis la Révolution industrielle, tandis que l’Afrique subsaharienne compte environ 15% de la population mondiale mais ne représente qu’environ 3,3% des émissions mondiales de CO₂.
Dans l’équation IPAT, le “T” correspond à la technologie. La technologie peut réduire l’impact environnemental de la consommation. Cette idée plutôt optimiste a été formalisée dans les années 1980 par Lucas et Romer dans leurs modèles de croissance endogène. Ces modèles suggèrent que la croissance de la population peut stimuler l’innovation. Ester Boserup est même allée jusqu’à qualifier la pression démographique de “mère de l’innovation”. Dans cette logique, les 2 milliards de personnes supplémentaires attendues d’ici 2100 pourraient favoriser la recherche dans les énergies renouvelables et aider les sociétés à s’adapter et à atténuer le changement climatique.
Certes, le progrès technologique n’est pas une solution miracle et les taux de natalité sont à nouveau débattus comme un possible outil de lutte contre le changement climatique, en particulier dans les pays du Nord global, où l’impact de chaque enfant supplémentaire est important en raison des niveaux de consommation élevés.
Ainsi, les philosophes Hedberg et Conly soutiennent que, dans le contexte de la crise climatique, limiter la procréation est moralement nécessaire. Dans une perspective de justice, Meijers souligne la nécessité de concilier droits reproductifs et limites planétaires, en notant qu’il est injuste de faire peser la charge sur les pays les plus pauvres, tandis que Ganivet défend une réduction volontaire de la fécondité, fondée sur le respect des droits humains et des libertés individuelles.
Alors, existe‑t‑il une solution ?
Compte tenu de l’urgence de la crise climatique, ce sont avant tout les modes de consommation et de production des pays les plus riches qui sont déterminants. Cependant, la question du nombre d’enfants à avoir demeure une préoccupation légitime dans les pays du Nord global.
