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9 mars 2026
Les pingouins ne sauveront pas la banquise
Les pingouins ne sauveront pas la banquise: Lever nos obstacles cognitifs pour enfin passer à l'action écologique
Mélusine Boon-Falleur, col. Nouveaux jours, JC Lattès, mars 2026, 224 p., EAN 978-2709674010.

Aujourd’hui, plus de 3 personnes sur 4 dans le monde se déclarent concernées par les impacts du changement climatique, et plus de la moitié de l’humanité pense que franchir la barre de 1,5 degré de réchauffement serait grave. Toutefois, cette connaissance du problème ne se traduit pas en actions concrètes. Il existe un fossé entre ce que nous savons et ce que nous faisons, ou plutôt ce que nous ne faisons pas. La réponse à la crise écologique se caractérise avant tout par notre inaction. Seuls nous, les humains, avons la capacité de résoudre la crise écologique que nous avons créée.
La bonne nouvelle est que, de plus en plus, nous savons comment procéder. Depuis quelques décennies, la recherche scientifique a permis non seulement de poser un diagnostic sur le problème, mais également de trouver des solutions. Sortir des énergies fossiles. Changer le modèle agricole. Interdire les polluants éternels. Préserver les espaces naturels et les sanctuaires de biodiversité. Pourtant, même armés de cette feuille de route, nous sommes bien loin de la transition écologique faute d'un soutien nécessaire pour la mettre en œuvre. Ce qui pose une question fondamentale : comment donner envie aux gens de changer les règles du jeu ?
Comment convaincre la population que le changement est nécessaire, qu’il faut se battre pour préserver les conditions de vie sur Terre et que l’ensemble de leur quotidien va devoir évoluer ? Voilà un problème qui semble tout aussi passionnant que difficile. Cet ouvrage expose les notions scientifiques sur le sujet et tente de donner des outils pour motiver, chez soi ou chez les autres, le passage à l’action.
Une erreur fondamentale d’attribution nous pousse à croire que l’absence de comportements écologiques résulte de traits individuels (manque de motivation, impulsivité, paresse…), plutôt que de facteurs structurels tels que le prix des solutions de remplacement, leur accessibilité ou l’aménagement du territoire. Pour étudier l’inaction dans le domaine écologique, il est bien plus fécond d’adopter une vision plus intégrée des déterminants du comportement. Cela consiste à analyser comment l’environnement des individus – compris au sens large, incluant les bâtiments, les incitations économiques, les normes sociales ou l’accessibilité des pratiques écologiques – façonne leurs comportements. Ce qui explique l’inaction écologique n’est pas seulement la « paresse » ou l’« impulsivité » des gens, c’est aussi l’ensemble des obstacles qu’ils rencontrent dans leur quotidien.
Afin de traiter la question de l’inaction écologique, je propose d’adopter une vision globale du problème : pour comprendre pourquoi l’humanité est en train de perdre la partie de la sauvegarde de son environnement, il ne faut pas s’intéresser seulement aux joueurs mais aussi aux règles du jeu. Après six années passées à étudier les comportements écologiques, j’ai la conviction que tout n’est pas perdu, que l’humain a la capacité de choisir d’autres règles du jeu et d’amorcer une dynamique de changement en faisant évoluer son propre comportement. La transition écologique ne nécessite pas de recâbler le cerveau des humains, mais plutôt de changer leur environnement pour favoriser les pratiques vertueuses. Pour y arriver, il faut comprendre ce qui définit nos croyances, nos motivations, nos comportements. Le fossé entre notre envie de vivre sur une planète en bonne santé d’une part et l’absence d’action écologique d’autre part peut être comblé, et les sciences cognitives sont un outil particulièrement utile pour nous y aider.
Pourquoi l’humanité court droit dans le mur les yeux grands ouverts ? Parce que le système socio-économique actuel la pousse à aller droit dans ce mur.
Lancement de l'ouvrage le 12 mars à la librairie de Sciences Po (187, Bd Saint-Germain), 19h.
(crédits : Nick Dale Photo & JC Lattès)
