Sciences sociales et psychanalyse

 
Responsable(s)

François Bafoil et Paul Zawadzki

A propos

Partant du constat de la méconnaissance de la psychanalyse de la part de plusieurs disciplines des sciences sociales mais aussi du déclin de l’intérêt manifesté à l'égard de cette discipline depuis plusieurs décennies, notre ambition est d’organiser une série de séminaires pour questionner la validité des catégories de la psychanalyse quand elles sont mises à l’épreuve de thèmes politiques à l’instar du terrorisme, du populisme, du nationalisme, de l’antisémitisme ou d’enjeux plus généraux, comme ceux touchant la civilisation, la violence dans l’histoire, la masse, la rage destructrice.


Afin d’évaluer les problèmes d’épistémologie et de méthode qui ont fait obstacle à un tel échange et afin d’ identifier les principaux conflits de paradigmes sur lesquels il a buté, le groupe se propose d’abord de relire quelques-uns des textes de référence qui ont cherché dans la psychanalyse des ressources d’élucidation du social–historique, pour en tirer des notions (telles que répétition, pulsion, identification…) véritablement heuristiques. Cette relecture distinguera les écrits venus des sciences sociales qui prennent appui sur la psychanalyse de ceux, souvent rédigés par des psychanalystes, qui traitent leur objet au prisme exclusif de l’inconscient, afin d’en comparer les limites et les apports respectifs. 

A partir de ce retour aux textes, les travaux du groupe de recherche s’interrogeront   ensuite sur la fécondité et les limites des paradigmes psychanalytiques au travers des cas d’étude sur les traumatismes politiques contemporains. A ce titre, l’interrogation sur l’historicisation de l’inconscient retrouve toute sa pertinence. Comment interpréter par ce biais certains phénomènes historiques et politiques ? Y a-t-il des objets privilégiés – les violences, les passions, les phénomènes mémoriels, les haines racistes – pour lesquels l’apport de la psychanalyse serait particulièrement substantiel ? Qu’est-il de l’analyse de la conflictualité ? Les usages de la psychanalyse sont bien évidement divers, et c’est uniquement par l’analyse précise des phénomènes que l’on pourra approcher les modalités de l’articulation de l’historique et du psychique sans occulter les difficultés de leur validation proprement universitaire, sans prétendre non plus imposer un seul paradigme et donc en respectant l’autonomie méthodologique de chaque discipline.

Photo : Lev Radin, Washington, DC-January 6, 2021: Rioters clash with police trying to enter Capitol building through the front doors, Shutterstock

Programme

Négation, déni et négativisme

Cycle de séminaires 2023 -2024
CERI, 28 rue des Saints-Pères, Paris 7e
Salle Pierre Hassner (1er étage)
18h-20h  

Ce nouveau cycle de dix séminaires qui se déroulera d’octobre 2023 à juin 2024 s’inscrit dans la suite de celui qui s’est tenu
les deux années précédentes et qui s’est achevé par la rédaction d’un ouvrage reprenant nombre d’interventions, par ailleurs
intégralement disponibles sur le podcast du groupe.
On poursuivra la réflexion en se donnant cette fois pour objectif d’opérer l’examen critique des notions de négation et de déni du réel, de l’histoire, de la violence mais aussi de la catastrophe. On y rappellera entre autres les théories freudiennes du déni et du refoulement pour comprendre, les voie par lesquelles le champ social et le champ politique se consolident souvent sur la base d’un silence du crime partagé socialement. Nos échanges entre approches psychanalytiques et approches sociologiques mettent au cœur de nos interrogations la place des institutions, notamment des institutions de sens. Comprises comme des entreprises de pacification, elles sont à même de produire les règles à la base des compromis sociaux, d’apaiser les conflits sociaux qui leur ont donné naissance et qui imposent silence sur l’origine, au prix du déni, du clivage et du refoulement. Ainsi, des violences faites aux femmes, des répressions à l’encontre de certains groupes sociaux mais aussi de la lenteur mise à reconnaître l’ampleur du crime (du nazisme en Allemagne ; du colonialisme en France)
et au-delà le déni de la catastrophe infligée au vivant. 

Lundi 9 octobre 2023
Négation, déni, dénégation (introduction au cycle)
François Bafoil, directeur de recherche émérite au CNRS



La première séance sera l’occasion de rappeler l’intérêt de l’approche freudienne du déni (la Négation, 1925) pour comprendre comment le déni suppose malgré tout l’existence de ce qui refoulé. Cette position se différentie de celle de la dénégation interprétée dans le sens de l’anéantissement de l’autre qu’il soit symbolique par le biais du langage, ou acté par le meurtre. Seront rappelées certaines conclusions de l’étude conduites récemment par l’auteur sur les risques liés au trop d’eau - l’inondation et l’érosion - en lien avec le changement climatique.

Lundi 6 novembre 2023
Psychanalyse de la catastrophe : du déni collectif au réveil du sujet
Paul-Laurent Assoun, professeur émérite à l’université Paris VII, psychanalyste, auteur de Psychanalyse de la catastrophe, PUF 2023

Comment la catastrophe en vient-elle à être sublimée ? Du « culte des ruines » à l’écriture du désastre, du récit biblique du Déluge à l’Apocalypse, puis la littérature moderne et la représentation picturale. L’exploration de la « condition catastrophique » collective s’appuiera sur l’exemple privilégié de la pandémie et de ses effets sociaux et subjectifs. Cette enquête sur l’envers inconscient du « phénomène catastrophal » a pour point d’orgue le passage du malaise de la culture à la catastrophe dans la culture. La catastrophe se révèle ainsi porteuse, au-delà de la sidération, d’une puissance exceptionnelle de réveil » (4e de couverture).

Lundi 4 décembre 2023
Anthropocène, post-vérité et déni
Dominique Bourg, professeur à l’Université de Lausanne Dominique Bourg

La prétendue post-vérité est incompatible tant avec le débat démocratique qu’avec l’anticipation, la réaction et l’adaptation à une réalité physiquement changeante. La vie politique exige que l’on puisse interpréter différemment et/ou vouloir changer tel ou tel aspect du monde. S’il n’est plus aucune description préalable commune du monde environnant, il n’est ni interprétations opposées d’un monde commun, ni changement de tel aspect de la réalité possibles. La réalité est alors ce qu’en dit le leader populiste-dictateur. Il n’est pas non plus d’anticipation, de réaction ou de transformation possibles d’une réalité changeant au gré des caprices du leader populiste. Ceci nous conduira à définir le populisme comme une sorte d’autisme collectif.


Lundi 8 janvier 2024
La Syrie comme liman : aborder la perte d’un espace refuge par la psychanalyse
Aghiad Ghanem, ATER en science politique (CERI – Sciences Po Paris), docteur associé à l’IFEA 
La notion de refuge se traduit en turc par liman. Jusqu’au début de la guerre en 2011, la Syrie est un refuge pour les alaouites de la région, un espace de consolation dans lequel ils se projettent par l’imaginaire. La Syrie comme refuge, faire avec sa perte, les récits du terrain résonnent avec la propre expérience de ceux qui étant syriens alaouites d’origine ont grandi en France et demeurent, eux aussi, depuis le début de la guerre, sans refuge. Comment la psychanalyse aide à traduire les dimensions émotionnelles et cognitives de la perte d’un espace refuge ?

Lundi 4 mars 2024 
Les pirates de métier ont la parole 
Walter Benjamin
Laurence Kahn, historienne, psychanalyste 

« La psychanalyse fait-elle autre chose que confirmer l’antique propos de Platon selon lequel les bons sont ceux qui se contentent de rêver ce que les autres, les méchants, font en réalité ? Détournez votre regard de la sphère individuelle et tournez-le vers la grande guerre qui ravage l’Europe ; pensez à la démesure dans la brutalité, la cruauté et le mensonge qui a actuellement le droit de s’étaler dans le monde civilisé. Croyez-vous réellement qu’une poignée d’ambitieux et de séducteurs sans conscience auraient réussi à déchaîner tous ces esprits malins si les millions qui se laissent mener n’étaient complices ? ». 
Ces lignes de Freud datent de 1915. Elles auraient été tout aussi pertinentes en 1940. Avec cependant une réserve : on peut se demander ce que Freud entendait par « rêver » du temps de la Grande guerre. Comment aurait-il traité l’écart entre rêve et réalité trente ans plus tard ? Aurait-il été aussi convaincu que ceux qui s’étaient contentés de rêver de l’érection d’un nouvel empire allemand n’avaient rien à voir avec ceux qui allaient le matérialiser ? Avait-il saisi, et comment, l’avenir que l’accession de Hitler à la Chancellerie et à la Présidence réservait aux faits ? Comment aurait-il pensé l’opération qui consista à s’affranchir de la réalité en fabriquant son autre face, le monde excrémentiel des camps et des ghettos présenté comme la cause bien fondée du massacre ?
En aurait-il parlé en termes de délire, de fantasme ? Comment aurait-il conçu la relation de ces créations politiques du réel avec l’urgence de l’autoconservation, avec la passion utopique, avec l’activité mythique ? Et comment se serait-il penché sur ce fait collectif étrange que fut le destin de la mémoire allemande, une fois la destruction parachevée et la défaite consommée ? En un mot, ces lignes de Freud seraient-elles aujourd’hui d’actualité ?
« Les pirates de métier ont la parole. Leur horizon est enflammé mais très restreint » : ces lignes, datant de 1930, sont extraites du compte rendu que fit Walter Benjamin du collectif Guerre et guerriers publié sous la direction d’Ernst Jünger, et tout particulièrement du texte de ce dernier « La mobilisation totale ». Par quelles voies élaborer l’actualité intemporelle de ce devenir de la masse ?                                  

Mardi 2 avril 2024
Les effets inconscients de la passion de l'"égalité" : Tocqueville avec Freud
Julien Guillou, doctorant Paris-Cité

L'extension imaginaire du domaine de l'égalité peut-elle alimenter différentes formes de déni de la réalité ? En soutenant la fécondité de la conjonction « Tocqueville avec Freud » pour une analyse du politique, nous réfléchirons aux effets inconscients de la passion « pour l’égalité » sur la croyance, l’entrée dans une psychologie de masse et le développement de l’envie dans le cœur des hommes.

Lundi 6 mai 2024 ATTENTION CE SEMINAIRE EST ANNULE 
Famine et civilisation
Gilbert Diatkine, psychanalyste, ancien directeur de la Société psychanalytique de Paris

L’ambition de ce séminaire est de tracer un parallèle entre la famine en Ukraine et la famine pendant le siège de Leningrad. Dans les deux cas, des parents ont mangé des enfants. Poutine est né après la guerre d’une mère qui a perdu deux enfants pendant le siège. Plus encore que l’interdit oedipien, l’interdit du cannibalisme des enfants par les parents fonderait la civilisation.

Lundi 3 juin 2024
Cet obscur objet du déni : le nazisme et l'Occident 
Johann Chapoutot, professeur à l’université Paris Sorbonne

La cause est entendue : le triomphe des démocraties libérales sur le nazisme a inauguré une seconde modernité conforme aux « valeurs » de l'occident - respect des droits humains, universalité, quête du bien-être, démocratie et justice, caractères fondateurs de l'ouest face à son antagoniste soviétique. Or les continuités de carrières et d'idées interrogent : la guerre froide explique certes bien des recyclages mais il convient peut-être de réfléchir plus avant à la logique de ces rémanences. Le nazisme est-il une aberration ou un révélateur de notre modernité ? 

Lundi 24 juin 2024
L’antisémitisme et ses négations
Liliane Kandel et Paul Zawadzki

La question de l’antisémitisme ne porte pas seulement sur sa réalité, ses causes ou ses raisons. Elle se double, et ce depuis longtemps, d’une seconde énigme : pourquoi, lorsqu’il apparaît, l’antisémitisme est-il si fréquemment, obstinément, nié ? Son histoire moderne est inséparable de celle de ses négations. Le mot revient d’ailleurs inlassablement sous les plumes, pour nommer l’embarras, l’évitement ou le refus de nommer l’antisémitisme contemporain. Pourtant, aujourd’hui, si négation il y a, elle porte peu sur les faits, ni sur la judéité des victimes ni même sur leur mort à l’instar du négationnisme historique. Elle s’insinue, dans la mise en signification et l’intention antijuive des actes, rappelant ce que Laplanche et Pontalis disent du « déni » qui engage moins « une perception » qu’une « théorie explicative des faits ». C’est autour de ces questions que tournera ce séminaire.

Travaux

I Un dialogue suspendu ?
Sujet de l'inconscient et envers du lien social : le moment freudien et son avenir
19/10/2021

Paul-Laurent Assoun, (Paris 7), philosophe et psychanalyste
Sujet de l'inconscient et envers du lien social : le moment freudien et son avenir

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II Relire Freud
Misère psychologique de la masse". Penser le phénomène de la masse aujourd'hui avec Freud

16/11/2021

François Bafoil (CNRS/CERI), "Misère psychologique de la masse". Penser le phénomène de la masse aujourd'hui avec Freud
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Questions sur l'Oedipe. La psychanalyse est-elle soluble dans l'anthropologie ?
14/12/2021
Andrzej Leder (IFfiS-PAN)
Questions sur le déni. En quoi le concept de perversion nous éclaire sur certains problèmes contemporains ?
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Paul Luciani (IDEMEC Aix-Marseille)
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Questions sur le déni. Questions sur l'Oedipe. de CERI SciencesPo CNRS sur Vimeo.

14 février 2022
Mémoire, répétition traumatisme
Annette Becker (Paris 10)
Françoise Davoine (EHESS)
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Images traumatiques, entre histoire et psychanalyse from CERI SciencesPo CNRS on Vimeo.


07 mars 2022
Erich Fromm, “Escape from freedom” (1941) - Lectures critiques et actualité du texte
Claudine Haroche (CNRS) et Paul Zawadzki (Paris 1/GSRL)
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14 mars 2022
Marcel Gauchet (EHESS), La psychanalyse et l'avènement de la démocratie : un itinéraire de recherche
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11 avril 2022
Hamit Bozarslan (EHESS) - Un spectre : Anti-démocratie, Nationalisme, et religions
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9 mai 2022
La religion au miroir de la psychanalyse. Denis Pelletier, Directeur d’études à l’EPHE, Psychanalyse et religion, le cas du Président Schreiber
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4 mars 2024
« Les pirates de métier ont la parole »

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