Pourquoi l'Allemagne inspire la France

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Date: 
15/02/2012

  Editorial publié le 15 février 2012, en partenariat avec Ouest France

En France comme en Allemagne, le soutien apporté par Angela Merkel à Nicolas Sarkozy a été beaucoup commenté. Si l'on se rapporte à un sondage publié en janvier 2012 par l'Ifop, la stratégie de rapprochement du président de la République avec la chancelière allemande peut être considérée comme un pari calculé. 86 % des Français et 79 % des Françaises ont en effet une bonne image de l'Allemagne. 74 % pensent qu'elle obtient de meilleurs résultats que la France dans la gestion de l'économie. Et 62 % considèrent que notre pays devrait s'inspirer davantage du modèle économique et social de son voisin.

Ce sondage montrait aussi que les Français qualifient désormais moins la relation avec l'Allemagne avec les mots « amitié » ou « confiance » qu'avec celui de « partenariat ». En quelque sorte, à mesure que les souvenirs de la guerre et de la réconciliation s'éloignent, les Français ont une conception plus utilitariste et fonctionnelle de la relation franco-allemande. Ils savent que tout n'est pas rose outre-Rhin : la société est vieillissante, les politiques familiales sont beaucoup moins incitatives qu'en France, il existe une importante catégorie de travailleurs pauvres, rémunérés moins de cinq euros l'heure.

Cependant, l'Allemagne a une force : elle peut annoncer un chômage inférieur de moitié à celui de la France ; ses industriels exportent des produits de haute technologie dans le monde entier ; son système scolaire laisse beaucoup moins de jeunes sur le bord de la route. Et cela, les Français en sont aussi conscients et aimeraient s'en inspirer. Un récent séjour en Pologne (pays qui a une histoire encore plus douloureuse que la France avec l'Allemagne) m'a permis d'observer les mêmes perceptions. L'Allemagne apparaît là-bas (notamment aux plus jeunes qui n'ont pas connu le communisme) comme le « pays sérieux » qui sait trouver les compromis internes pour s'en sortir. Comme l'a bien observé Jacqueline Hénard, correspondante à Paris du Frankfurter Allgemeine Zeitung, il en découle en Europe un « leadership de fait » de l'Allemagne, que celle-ci n'a pas forcément cherché à susciter.

Alors essayons, nous aussi, Français, de nous montrer attractifs. Soyons conscients que la crédibilité de notre pays ne saurait se limiter au champagne et aux parfums. Elle nécessite un renouveau complet de l'économie qui implique un assainissement des dépenses publiques, une réorientation de nos industries vers le haut de gamme, et une réforme de notre marché du travail et de notre fiscalité. En gros, ce que les Allemands ont fait au cours des dix dernières années.

Mais sommes-nous capables d'assumer de tels choix qui requièrent une croyance dans le compromis et une inscription dans la durée ? C'est toute la question. Le sociologue Raymond Aron regrettait souvent que la politique soit considérée, par beaucoup en France, comme un enchantement. Il y opposait la tradition wébérienne allemande selon laquelle la politique serait, au contraire, l'art collectif de trouver les meilleurs compromis pour résoudre des problèmes. En 2012, cette conception de la politique permet aux Allemands d'être plus sereins. Cela explique d'ailleurs l'attirance des Français pour leurs voisins : une majorité d'entre nous est bien consciente de la nécessité des réformes et, surtout, croit de moins en moins à l'idée que la politique devrait procurer du rêve.