Pas d'euro viable sans union politique

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Date: 
28/06/2012

  Article publié le 28 juin 2012, en partenariat avec Ouest France

François Hollande s'est déclaré partisan de l'Europe au moment même où la survie d'un de ses piliers - l'euro - est en cause. Doté d'une majorité confortable à l'Assemblée, il est donc essentiel qu'il fasse les bons choix lors du Conseil européen des 28 et 29 juin, à Bruxelles. Son projet visant à mutualiser à long terme les dettes publiques des États, à assurer une meilleure supervision européenne des banques ou encore à rapprocher les politiques budgétaires est sans aucun doute raisonnable. À ceci près que de tels engagements, pour devenir des politiques efficaces, nécessitent d'opter aussi de façon explicite pour une vraie union politique de l'Europe.

Or, cet engagement n'est pas facile pour le nouveau Président et l'on en mesure les raisons : une partie de son camp politique, mais aussi des hauts fonctionnaires français, ne porte pas l'Europe dans leur coeur. François Hollande devra faire preuve de détermination en partageant les propositions institutionnelles de l'Allemagne. Quand la chancelière Merkel et plus encore son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, déclarent que la mise en oeuvre d'une solidarité financière au sein de la zone euro implique la mise en place d'une politique budgétaire de nature fédérale, ils expriment une cohérence qu'aucun expert sérieux ne peut leur contester.

Eviter les demi-mesures

Il est en effet totalement utopique de vouloir « sauver », par des transferts financiers, les Grecs et, demain peut-être, les Espagnols et les Portugais, sans avoir établi préalablement des procédures européennes de contrôle. Dans le cas contraire, cela revient pour l'Allemagne et la France à prêter leur carte de crédit à ces pays sans aucune garantie. On objecte souvent à Paris, où les mots « fédéralisme » et « union politique » font peur, qu'une coopération organisée entre les États suffirait à assurer un tel contrôle. L'argument est peu convaincant.

L'expérience montre que les États seuls n'ont aucune capacité à se contrôler mutuellement. Des institutions supranationales comme la Commission ou la Cour de justice sont beaucoup plus en capacité de le faire, comme le pense la chancelière Merkel. Ces institutions ne sont d'ailleurs pas condamnées à être technocratiques. Il est possible de les rendre plus démocratiques par l'élection. C'est l'idée du Parti chrétien démocrate allemand, lorsqu'il évoque l'élection future du président de la Commission européenne au suffrage universel direct.

Il est donc essentiel que François Hollande évite de valider des demi-mesures en disant oui à la solidarité financière dans la zone euro et non au fédéralisme. La France a déjà perdu une excellente occasion de créer une union politique autour d'une même monnaie lorsque le gouvernement Balladur refusa, en 1994, la proposition des députés allemands Wolfgang Schäuble et Karl Lamers. Ces derniers évoquaient déjà une fédéralisation des politiques budgétaires. Elle aurait pu éviter à la zone euro bien des difficultés depuis 2008.

Alors que les choses vont vraiment mal pour la monnaie unique, la France ne doit pas manquer, cette fois-ci, de prendre l'Allemagne au mot, en disant oui à l'union politique pour sauver l'euro et plus largement l'Europe. Le leadership que François Hollande en retirera, en Europe et même au-delà, en sortira grandi.