La crise grecque : regards croisés

Le 7 décembre 2016, le think tank grec DIANEOSSIS et le CERI ont organisé à Paris une journée d’études sur la crise grecque.

Sept ans après le début de la crise économique et contrairement à l'Espagne, au Portugal, à l'Irlande et à Chypre, la Grèce se trouve toujours sous la surveillance des bailleurs de fonds. Au cours de ces années, la récession, le chômage et la politique de rigueur ont réduit à néant la confiance de l'opinion publique grecque vis-à-vis de ses élites politiques et du processus européen. Dans le même temps, le contexte régional n'a cessé de s'assombrir, entre les guerres au Moyen-Orient, la crise migratoire, ou la tentative de coup d'Etat en Turquie.

Le débat sur la crise grecque a été largement monopolisé par les aspects économiques et financiers. Pourtant, l’échec grec est beaucoup plus lié aux faiblesses des élites politiques grecques qu’au manque de potentiel économique de ce pays, dont les avantages comparatifs sont considérables. Il est en même temps difficile de comprendre la tolérance des Européens – ainsi que le soutien des Américains envers les responsables politiques grecs sans prendre en considération le rôle crucial de la Grèce dans la stabilité régionale et, depuis quelques années, dans la gestion des flux migratoires. Enfin, on ne peut étudier la situation actuelle de la Grèce sans prendre en compte la complexité de la relation politique et spirituelle entre l’Orient et l’Occident, qui a été établie graduellement depuis l’incursion napoléonienne en Egypte.

En sortant du cadre habituel des analyses économiques et financières, la journée consacrée à la crise grecque a donc cherché à aborder des questions plus vastes : avec quels cas comparer le cas grec ? Quel a été le rôle des héritages institutionnels ? Quelle importance attribuer au rôle accordé à l’Antiquité grecque par l’imaginaire européen ? Comment expliquer les échecs de l'Europe dans la gestion de la crise politique grecque ? L'Europe pourrait-elle être rejetée par les Grecs ? Quelle articulation entre la gestion européenne de la crise économique grecque et les enjeux migratoires ? Quelles sont les perspectives de la Grèce en tant que pilier de stabilité dans un environnement régional instable ? Quelles sont les conditions internes et externes pour une sortie de crise ?

Les participants, économistes, politistes et géographes, chercheurs et anciens responsables politiques et diplomatiques, ont comparé leurs analyses, leurs expériences et leurs perceptions. Alors que le Brexit, l’élection présidentielle américaine et les grandes échéances électorales nationales européennes de 2017 ouvrent une nouvelle période pour l’Europe, cette journée innovante, en apportant de nouvelles perspectives et pistes d’interprétation de la crise économique, a renouvelé l’image de la Grèce en tant que miroir, révélateur et anticipation des enjeux européens.


Introduction par Georges Prévélakis, Paris 1 & Sciences Po-CERI

Crise de l’eurozone, crise de transition ou crise post-ottomane ?
•    Deniz Akagul, Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université Lille 1
•    Christian Lequesne, Sciences Po-CERI
•    Pierre Mirel, ancien directeur chargé des relations avec l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Serbie et le Kosovo à la DG Elargissement de la Commission européenne

The Greek economic crisis. What way out?
•    Panos Tsakloglou, Athens University of Economics and Business, former Chairman of the Greek Government's Council of Economic Advisors
•    Christian Daude, senior Adviser to the Chief Economist, OCDE

Mot d'ouverture par Kyriakos Pierrakakis, directeur scientifique de Dianeossis

Table ronde: Entre crise européenne et instabilité régionale. Quel rôle pour la Grèce ?
Coordination : Marc Semo, grand reporter au journal Le Monde
•    Michel Foucher, ancien ambassadeur, titulaire de la chaire de géopolitique appliquée au Collège d’études mondiales (FMSH/ENS)
•    Georges Pagoulatos, Université économique d’Athènes, ancien directeur de programmation stratégique et conseiller auprès du Premier ministre grec
•    Kyriakos Pierrakakis, directeur scientifique de Dianeossis, ancien membre de la représentation grecque aux négotiations avec la Troïka
•    Jacques Rupnik, Sciences Po-CERI, ancien directeur exécutif de la Commission internationale pour les Balkans à la Carnegie Endowment for International Peace

Conclusion par Georges Prévélakis, Paris 1 & Sciences Po-CERI

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