Hollande au pays des merveilles

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Date: 
07/06/2013

François Hollande est arrivé au Japon, pays qui ne manque pas de curiosités politiques et économiques. Il croule sous la plus grosse dette publique de la planète : au moins 220% de son Produit intérieur brut. Bien plus que la Grèce (174%), Chypre (140%) ou les États-Unis (100%). La merveille est que l’État nippon emprunte toujours à des taux proches de 1 %, comme la vertueuse Allemagne.

La recette miracle ? Le Japon se rit des marchés. Il emprunte exclusivement aux Japonais, grands épargnants. Heureux les contribuables d’un pays où la TVA est encore à 5 %: l’État se contente de leur emprunter gratis, ou presque…

Autre merveille : depuis quatre mois, la Bourse nippone a grimpé de plus de 40% et le yen a baissé de 13% pour la plus grande joie des exportateurs. La recette miracle ? Le gouvernement a ordonné à la Banque du Japon de doubler la masse monétaire d’ici à 2015. Le coup de la planche à billets : l’équivalent de 1000 milliards d’euros. Le moteur économique s’obstinant à ne pas repartir, on va l’inonder de carburant. Certains prédisent un incendie spéculatif suivi de l’explosion d’une nouvelle bulle. Les Japonais, eux, veulent y croire.

Donc, troisième merveille : la popularité du Premier ministre, Shinzô Abe, dépasse 75%. Les Japonais font un triomphe à un chef de gouvernement qui affiche sa volonté de frapper fort, quand d’autres pratiquent la pichenette, et commande aux institutions financières quand d’autres gémissent qu’elles leur lient les mains. La primauté du politique est de retour sous le Soleil levant.

Pour autant, le Japon a de quoi « plaire » aux agences de notation. Depuis quinze ans, des réformes structurelles très libérales vont bon train : précarisation massive de l’emploi, revenus du travail en berne, creusement des inégalités, privatisation des universités, indemnités de chômage limitées à 300 jours, pas de revenu minimum pour qui est physiquement capable de travailler, et un des taux de pauvreté les plus élevés de l’OCDE.

Quatrième merveille : la société semble aussi loin de la crise de nerf que du déclinisme sans espoir. En paix avec elle-même, sinon avec ses voisins. Car, autour des rochers Senkaku, les garde-côtes japonais et les bâtiments chinois jouent à se faire peur, et l’aviation fait de même. L’avenir du leadership régional se joue peut-être là et l’opinion le sent. M. Abe a gagné les élections en promettant de ne rien lâcher. Si la diplomatie ne démine pas le terrain, M. Hollande pourrait entendre parler d’un système français d’aide à l’atterrissage des hélicoptères qui équipe la marine chinoise… Nul doute qu’il préférera parler des « trois A». Airbus, dont la France espère placer vingt exemplaires. Afrique, la dernière grande région du monde à développer, où le Japon entend contrer les progrès rapides de l’influence chinoise en coopérant avec Paris. Areva, associé à Mitsubishi dans la vente récente de centrales nucléaires à la Turquie.

Le Japon qui vend des centrales nucléaires alors que Fukushima fume encore ? C’est la cinquième « merveille » : à en croire les discours officiels, il ne s’est rien passé de grave à Fukushima…