Malgré la montée en puissance de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du Sud sur la scène internationale, et de leur catégorisation comme puissances émergentes, la lutte contre la pauvreté reste une priorité nationale dans chacun de ces pays. Dans ce cadre, plusieurs politiques et initiatives sont mises en oeuvre à la fois au niveau national et international : le forum IBSA qui regroupe ces trois émergents en est un exemple. Né en 2003, cette nouvelle coopération Sud-Sud (Inde, Brésil, Afrique du Sud) se fait le relais des priorités nationales et des intérêts communs de ses membres pour la résorption de la pauvreté au niveau interne mais aussi international. Leur coopération passe par des échanges trilatéraux et la conduite de projets de développement communs dans d'autres pays en développement via le fonds IBAS pour la lutte contre la faim et la pauvreté. Malgré ses limites, elle participe à l'affirmation et à la quête d'autonomie et à la légitimation de ses membres comme nouvelles puissances.

Valeria Pero

Les programmes sociaux de transferts monétaires conditionnels ont modifié la politique sociale du Brésil. Cet article analyse l'évolution des politiques publiques contre la pauvreté ainsi que les défis que devra affronter le pays à l'avenir. La première décennie du XXIe siècle a été marquée par la diminution de l'inégalité et de la pauvreté ; il est désormais essentiel d'améliorer la qualité des services publics pour que les bénéfices de la croissance du Brésil profitent à tous les Brésiliens.

Florence Arestoff

Cette contribution propose une visite guidée des principaux axes de la recherche économique sur les relations entre éducation, inégalités et pauvreté: la théorie du capital humain comme cadre analytique et les principales estimations empiriques auxquelles elle a donné lieu; les inégalités constatées dans l'accès à l'éducation et les problèmes de discrimination; le rôle du marché du travail et enfin, le lien entre éducation et croissance économique. Les exemples que nous utilisons sont tirés principalement de l'expérience des pays en développement et des pays dits émergents. Une bibliographie relativement fournie permet de poursuivre l'exploration de cette question.

Taoufik Djebali

Tous les indicateurs socio-économiques de ces dernières années montrent que la pauvreté aux Etats-Unis n'est plus un phénomène qui touche essentiellement les minorités et les mères célibataires, confinées dans des ghettos urbains. Beaucoup de familles, paisiblement installées dans les banlieues huppées, se sont retrouvées marginalisées par le chômage et la saisie immobilière. La politique sociale, dont les orientations globales avaient été définies par le président Clinton (par la réforme de 1996) et par le président W. Bush (avec ses Faith-Based Intitatives), est aujourd'hui incapable de faire face à des problèmes sociaux d'une ampleur sans précédent depuis les années 1930. Le président Obama, de son côté, s'est attaqué à la question du chômage, des saisies immobilières et de la santé mais les mesures qu'il a prises ont un effet plutôt marginal sur la nature et l'étendue de la pauvreté. Par ailleurs, les pauvres ont disparu du discours officiel laissant accroire qu' Obama, par peur de perdre l'électorat blanc, ne souhaite pas devenir le candidat des pauvres et des Africains Américains.

Rachel Guyet

Les enjeux liés à la politique de cohésion se sont multipliés ces dernières années. Cet article s'attache à montrer la contribution du Fonds social européen à la cohésion européenne mais également ses limites. Il analyse en effet dans quelle mesure l'Union européenne peut peser et accompagner le développement social inclusif des territoires alors même que les compétences en matière sociale relève du niveau national et que la construction de l'Union s'est avant tout fondée sur des considérations économiques. Le texte interroge la valeur ajoutée du Fonds social européen et la question de la gouvernance entre les différents niveaux d'intervention.

La mise sur agenda de la lutte contre la pauvreté à la Banque mondiale et au PNUD s'inscrit dans le temps long des politiques de coopération depuis les années 1970. Après deux décennies d'ajustements structurels et de programmes de désendettement (1996 et 1999), l'efficacité de l'aide a été amplement remise en cause. En réaction, les Objectifs du millénaire et l'insistance des bailleurs de fonds pour une plus grande efficacité de l'aide ont transformé les programmes de développement en programmes de lutte contre la pauvreté. Cet article analyse le développement des indicateurs, instruments d'analyses et modèles entourant les programmes de lutte contre la pauvreté. L'émergence de ces instruments techniques n'a pas marqué de réelle rupture dans l'élaboration des politiques mises en œuvre. Les soi-disants fondements démocratiques aux programmes ne favorisent guère le débat politique sur les causes de la pauvreté et des inégalités.

Mahaman Tidjani Alou

Ce texte analyse les dynamiques des mouvements sociaux dans les revendications liées à la lutte contre la pauvreté en Afrique. Il montre comment l'accroissement de l'activisme des organisations n'a eu qu'un impact direct limité au cours de ces dernières décennies sur la lutte contre la pauvreté. L'internationalisation de des revendications des mouvements sociaux a fait progressivement émerger une société civile internationale extrêmement active sur le terrain de la lutte contre la pauvreté et à laquelle les organisations africaines ont pris une part de plus en plus grande. Cette participation renouvelle les idées et les modes d'action sur les terrains d'intervention à l'échelle locale. L'article établit un état des lieux du militantisme des mouvements sociaux, s'intéresse à la lutte contre la pauvreté, thème qui émerge que lentement au sein de ces organisations à la faveur du déplacement et du renouvellement des terrains en lien direct avec leur implication dans les luttes qui prennent forme dans les arènes internationales.

Amandine Monteil

Erigée en « championne des Objectifs du millénaire pour le développement » de par sa contribution majeure au recul de l'effectif de population en situation de grande pauvreté dans le monde, la Chine est plus que jamais confrontée à d'importants défis sociaux : chômage, condition des migrants ruraux, application de standards minimaux de travail décent, mise en place d'un système de protection sociale couvrant l'ensemble de la population... Il y a trente ans, « permettre à quelques-uns de s'enrichir en premier » avait été encouragé dans l'espoir de créer un effet d'entraînement susceptible de produire les conditions d'une prospérité générale. Face à l'aggravation des inégalités, l'accent a été mis sur le rééquilibrage du modèle de développement chinois et la « construction d'une société harmonieuse », passant notamment par la mise en œuvre de nouvelles politiques sociales, voire par la collaboration entre les autorités locales et le « tiers secteur ».

Breno Bringel

Les deux dernières décennies ont marqué l'extension d'un débat public global sur la pauvreté qui a fait naître de nouvelles définitions et constructions politiques et sociales. Ce texte aborde cette discussion en considérant la dimension géopolitique de la pauvreté et de la construction de programmes alternatifs et de résistances. Il analyse notamment le concept de souveraineté alimentaire, sa viabilité et sa visibilité rendue possible par l'internationalisation croissante des mouvements sociaux paysans, principaux acteurs dans ce processus.