Samuel B. H. Faure

Cet article porte sur le dilemme décisionnel de la politique d’acquisition d’armements. Pourquoi un état décide-t-il parfois de coopérer à l’international avec d’autres états et leurs industries de défense, pour acheter des biens militaires tels que des avions de combat, des chars d’assaut ou des navires de guerre, et pourquoi décide-t-il parfois de ne pas coopérer en privilégiant l’autarcie ? Pour répondre à cette « question de recherche », cet article rassemble, sous la forme d’une revue de la littérature, l’ensemble des contributions en science politique (soit près de cent références) qui visent à expliquer cette variation décisionnelle. L’objectif est de cartographier l’ensemble des modèles explicatifs de ce dilemme en testant leurs propositions théorique et méthodologique sur le cas de la France, pour identifier leurs principaux apports ainsi que leurs limites.

Jean-Pierre Pagé (dir.)

Dans le Tableau de bord d’Europe centrale et orientale et d’Eurasie de 2009, nous écrivions que les pays de l’Europe centrale et orientale étaient « touchés mais pas coulés » par la crise mondiale. Quatre ans après, ce diagnostic est toujours valable. Si l’Union européenne reste pour eux un idéal et si l’adhésion à cette union demeure un projet clairement balisé pour les Etats qui n’en sont pas encore membres, celle-ci, engluée dans ses contradictions, paraît trop souvent absente, silencieuse. Aux populations qui lui demandent un meilleur niveau de vie et plus de justice sociale, elle répond par des exigences de réformes et d’austérité et alimente ainsi dangereusement leurs désenchantements. Savoir leur répondre, c’est le défi majeur de l’Union européenne aujourd’hui. Les pays de l’Eurasie, s’ils sont moins directement touchés par la crise de la zone euro et conservent, en conséquence, une croissance nettement plus élevée, ont d’autres préoccupations. Fortement sollicités par la Russie qui entend consolider sa zone d’influence avec la concrétisation de l’Union économique eurasiatique, ils sont aussi l’objet de l’attraction qu’exerce sur eux l’Union européenne – comme en témoignent éloquemment les évènements survenus en Ukraine – et, de plus en plus, la Chine. Cet espace est donc actuellement dans une recomposition qui conditionne les possibilités de son développement.

Dans les années 2000, les monarchies du Golfe ont entrepris de réformer leur modèle social, basé sur la redistribution très généreuse des dividendes des hydrocarbures. L'un des principaux dispositifs de cette politique de redistribution était l'emploi public garanti. Depuis les années 1990, l'apparition du chômage de masse indique que les politiques traditionnelles de l'emploi sont devenues dysfonctionnelles, générant des tensions sociales qui se sont notamment exprimées à la faveur du « printemps arabe ». L'enjeu des réformes en cours est d'aménager une transition des nationaux vers le salariat dans le secteur privé, largement dominé par les travailleurs expatriés. Cette perspective fait l'objet de fortes résistances de la part des hommes d'affaires et entrepreneurs locaux. Habitués à une main-d'oeuvre expatriée bon marché, ils refusent notamment l'augmentation du coût du travail qu'impliquent les réformes. Les dynasties royales sont dès lors confrontées à la nécessité de faire des arbitrages entre les intérêts du secteur privé, souvent étroitement imbriqués aux leurs, et le mécontentement de la jeunesse, principale catégorie touchée par le chômage et actrice des protestations qui, en 2011, ont touché le Bahreïn, l'Arabie saoudite et Oman.

Isabelle Rousseau

Créées à différents moments au cours du XXe siècle, les compagnies nationales pétrolières latino-américaines ont chacune suivi leur propre évolution. Les deux principales sociétés – Petróleos de México (Pemex) et Petróleos de Venezuela (PDVSA) – illustrent de façon exemplaire la richesse de ces trajectoires organisationnelles et industrielles. De multiples facteurs – dont l'importance des gisements en terre – sont à l'origine de cette hétérogénéité. Néanmoins, le rôle de l'Etat au moment de la nationalisation demeure crucial. Ce fut à ce moment-là que se définirent les relations entre le propriétaire des ressources en terre, l'opérateur public, le régulateur et le ministère des Finances, sans oublier les différents opérateurs internationaux. Ce processus a laissé de profondes empreintes dans le tissu institutionnel (path dependency) et dessiné les possibilités et/ou les limites de la future dynamique entrepreneuriale. Sans jamais devenir un véritable carcan, ce chemin institutionnel continue aujourd'hui encore d'imprégner largement la culture de ces entreprises. Les réformes récentes qui ont tenté de remodeler Pemex et PDVSA en sont la preuve.