Bayram Balci

Pour des raisons aussi bien idéologiques que pragmatiques, le gouvernement AKP arrivé au pouvoir en novembre 2002 a progressivement engagé la Turquie dans une ambitieuse politique de rapprochement avec le monde musulman, plus particulièrement arabe. Servi par une économie en plein essor et une politique étrangère volontariste, ce rapprochement était d’autant plus bénéfique pour la Turquie que les « printemps arabes » ont favorisé l’arrivée au pouvoir de formations politiques idéologiquement proches de l’AKP. Il est alors apparu que la Turquie était en train de devenir un modèle pour le nouveau monde arabe. Or l’éclatement de la crise en Syrie, alors même que ce pays avait une place centrale dans la politique arabe d’Ankara, et l’incapacité du gouvernement turc à demeurer neutre dans ce dossier semblent bien être en train de mettre fin au rêve arabe de la Turquie. Son enlisement dans le conflit syrien aggrave ses relations avec nombre de ses voisins et l’oblige à se rapprocher de ses alliés traditionnels occidentaux, dont elle voulait s’éloigner pour être plus autonome sur la scène régionale et internationale.