Bayram Balci, Juliette Tolay

Alors que la question des réfugiés syriens a poussé un nombre croissant de pays à imposer des restrictions à leur entrée sur leur sol, près de la moitié des réfugiés syriens se trouvent dans un seul pays : la Turquie. Or celle-ci, loin de fermer sa frontière, se singularise par sa politique de porte ouverte et son engagement humanitaire de grande ampleur. L’élan de générosité ne peut seul expliquer cette politique d’asile mise en place spécialement pour les Syriens. Un certain nombre de considérations politiques indiquent une instrumentalisation de la question. L’attitude bienveillante de la Turquie peut s’expliquer par son opposition à Assad dans la crise syrienne et son souhait de jouer un rôle dans la construction d’une future Syrie, ainsi que par sa volonté de tirer des bénéfices matériels et symboliques auprès de l’Union européenne. Mais la crise de réfugiés a aussi une dimension de politique intérieure. Les différents partis (au pouvoir ou dans l’opposition) semblent utiliser la question des réfugiés de façon opportuniste, aux dépens d’un climat propice à une bonne intégration des Syriens en Turquie.

Laetitia Bucaille

La création d’un Etat palestinien semble aujourd’hui une perspective lointaine : la communauté internationale s’est détournée de la gestion de ce dossier, et le leadership dans les territoires, affaibli par ses divisions, se révèle impuissant à s’extraire de l’impasse. La partition politique et géographique entre la bande de Gaza gouvernée par le Hamas et la Cisjordanie qu’a conservée l’Autorité palestinienne liée au Fatah, révèle une crise profonde dans la mesure où elle met en doute les contours même de la communauté politique palestinienne. Elle montre aussi que l’intégration du Hamas dans le jeu politique a provoqué l’implosion du système de sous-traitance sécuritaire qui lie l’Autorité palestinienne à Israël. Le maintien de ce système empêche la refondation de la communauté politique palestinienne, et contrarie l’élaboration d’une stratégie qui permettrait de cheminer vers la souveraineté. Depuis octobre 2015, le projet de résistance populaire et pacifique a été remisé par le retour de la violence contre les civils israéliens. La direction palestinienne mise sur une internationalisation de sa cause, qui n’a donné que de piètres résultats. Le remplacement de Mahmoud Abbas par ses compétiteurs permettrait-il de sortir de l’ornière ?

Anne de Tinguy (Dir.)

Regards sur l’Eurasie propose des clefs de compréhension des événements et des phénomènes qui marquent de leur empreinte les évolutions d’une région, l’espace postsoviétique, en profonde mutation depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Forte d’une approche transversale qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, elle vise à identifier les grands facteurs explicatifs, les dynamiques régionales et les enjeux sous-jacents.

Denise Fisher

Compte tenu des territoires qu’elle y possède encore, la France est en Océanie une puissance à la fois locale et extérieure. A ce titre, et quand elle ne se contente pas de bénéficier d’avantages hérités, elle poursuit des objectifs stratégiques multiples. Il se trouve cependant que la donne a changé ces dernières années : la présence croissante de la Chine entraîne une modification de l’engagement des Etats-Unis, du Japon et de Taïwan, tandis que de nouveaux acteurs interviennent dans la recherche des ressources à l’échelle planétaire. Finalement, la France est désormais une puissance parmi d’autres dans une région lointaine qui a longtemps été négligée. Ces évolutions influent de manière positive sur les bénéfices stratégiques qu’elle tire de sa présence en Océanie, mais réduisent sa capacité à exercer son influence et à poursuivre ses objectifs. Parallèlement, elle doit faire face à des revendications d’autonomie, voire d’indépendance, des deux principales collectivités que sont la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, fondements de la légitimité de sa présence dans la région. La réponse que la France apportera à ces demandes aura une influence déterminante sur la nature de sa présence dans la région, qui est son atout stratégique majeur.