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24.11.2022

Valérie Peugeot : « Une formation pour que les professionnels du secteur public ou privé soient acteurs de la mutation numérique »

C’est un mouvement inexorable qui concerne tous les secteurs d’activités. La mutation numérique traverse aujourd’hui les entreprises comme les services publics, remettant en question leur organisation. Un défi pour les professionnels, qui doivent intégrer les enjeux numériques à leur pratique quotidienne. L’Executive Master Digital Humanities se propose de les accompagner en s’appuyant sur des pédagogies innovantes, pour qu’ils soient acteurs de cette mutation tout en développant un regard critique sur les innovations digitales. Les explications de Valérie Peugeot, directrice de la formation, commissaire à la CNIL et chercheuse en sociologie du numérique au sein d’Orange.

Pourquoi apparaît-il aujourd’hui stratégique pour de nombreux professionnels de se former aux enjeux du numérique ?

Valérie Peugeot - Que ce soit l'industrie, la santé ou l’agriculture, aucun secteur d’activité n’échappe à l’enjeu de la transformation numérique. Une transformation qui doit être pensée, préparée, organisée. Notre Executive Master Digital Humanities propose donc d’accompagner les professionnels en ce sens, afin qu’ils ne subissent pas cette mutation mais qu’ils en soient les acteurs. Nous souhaitons qu’ils puissent saisir ce que ces changements peuvent apporter à leur monde professionnel (nouvelle organisation, évolution de la relation client ou administré, travail en réseau, nouveaux services…) mais aussi anticiper les risques associés (notamment sur le plan des ressources humaines).

Tous les secteurs d’activité sont ainsi concernés par la thématique numérique. Cela implique-t-il une diversité des profils parmi les participants ?

Valérie Peugeot - C’est l’une des spécificités de l’Executive Master : des profils très hétérogènes s’y retrouvent. Certains participants viennent du secteur public, d’autres du secteur privé. Certains arrivent déjà dotés d’un bagage technique, d’autres découvrent entièrement les sujets numériques. Cette diversité s’explique bien évidemment par le fait que le numérique est un sujet totalement transverse, concernant nombre de métiers. Mais c’est aussi le signe que cette formation peut intéresser des professionnels ayant des objectifs très différents. Des participants souhaitent monter en compétence pour accompagner la transition numérique de leur organisation, d’autres désirent changer de poste et acquérir une vision stratégique. La formation peut permettre à certains d’entre eux de préparer une évolution importante : changement d’entreprise ou reconversion professionnelle. Elle peut enfin représenter une respiration dans une carrière, une aspiration à s’enrichir sur le plan professionnel mais aussi personnel.

Une diversité des profils qui peut être source d’enrichissement pour les participants…

Valérie Peugeot - Cette diversité est en effet des plus positives. Elle évite l’entre-soi et permet de découvrir d’autres univers professionnels que le sien. Cela ouvre le champ des possibles et peut donner des idées d’évolution de carrière. Les participants perçoivent que leur montée en compétence peut leur donner accès à de nombreux métiers. Au-delà, ils vont ainsi nouer des liens avec des profils très variés, ce qui ne sera que positif pour enrichir et diversifier leur réseau.

« Les sciences sociales doivent permettre aux participants de prendre de la hauteur par rapport aux innovations numériques, et aux discours qui les accompagnent. »

Valérie Peugeot

Directrice de l'Executive Master Digital Humanities

De nombreux métiers sont concernés par la transformation numérique. Pour la mener à bien, l’un des enjeux des organisations n’est-il pas aujourd’hui d’assurer la fluidité des échanges entre collaborateurs ?

Valérie Peugeot - Un directeur stratégique de la transformation numérique a en effet un rôle de chef d’orchestre. Il doit avoir la capacité de dialoguer avec tous les métiers parties prenantes de cette même transformation. Notre formation propose donc effectivement de les accompagner pour permettre ce dialogue. Les participants bénéficient par exemple d’une initiation au code pour être en capacité d’échanger avec leur service informatique et les équipes de développement. Ils sont également sensibilisés à de nombreuses autres thématiques : les enjeux de la cybersécurité afin de favoriser les relations avec le RSSI (Responsable de la sécurité des systèmes d’information), la protection des données à caractère personnel pour fluidifier les échanges avec le délégué à la protection des données (DPO), le design pour dialoguer avec les concepteurs de services, ou encore les enjeux du numérique responsable pour comprendre le positionnement du responsable RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) et l’accompagner.

Pour favoriser l’apprentissage, la formation met en avant l’usage de pédagogies innovantes…

Valérie Peugeot - Le nom de notre formation, « digital humanities » ou « humanités digitales », désigne tout à la fois un objet de connaissances, mais également un ensemble de méthodes nouvelles en sciences sociales et humaines. Ces dernières, en s’appuyant sur les données, relèvent de la « data science ». Les participants peuvent découvrir toute une palette d’outils qui viennent compléter les méthodes classiques de l’enquête, auxquelles ils sont également formé. Nous leur apprenons par exemple à construire un corpus de données du web à partir de scraping (technique d’extraction de contenus). Ce sont des méthodes qu’ils vont d’ailleurs mettre en application à l’occasion de la réalisation d’un mémoire collectif, qui est restitué sous forme d’un objet numérique en ligne, un mini site web multimédia.

Les sciences sociales structurent également le programme de l’Executive Master. Quel est leur apport ?

Valérie Peugeot - Il est fondamental. Les sciences sociales doivent permettre aux participants de prendre de la hauteur par rapport aux innovations numériques, et aux discours qui les accompagnent, des discours parfois réducteurs qui voient dans la technologie une solution à tout problème. Il s’agit ainsi de les aider à se doter d’un regard critique. Quels sont les enjeux associés à ces technologies ? Sont-elles consensuelles ou font-elles l’objet de controverses ? Quelles sont les intentions de leurs concepteurs et les visions du monde qu’ils véhiculent ? Quels sont les possibles usages de ces solutions ? Comment s’effectue la rencontre entre ces technologies et le tissu social ? Quelles conséquences peuvent-elles avoir ? Les changements sont, parfois, radicaux. Pensons par exemple à la transformation du monde du travail, ou à l’évolution des interactions humaines liées aux dispositifs de sociabilité en ligne. On accompagne donc les participants dans le décryptage de ces mutations. Ce qui doit les amener à prendre la distance nécessaire face aux innovations, et à alimenter leur réflexion par rapport à leurs propres pratiques et à ce qu’ils souhaitent mettre en place au sein de leur organisation. C’est ainsi qu’à Sciences Po Executive Education, nous proposons aux professionnels de se saisir pleinement de la mutation numérique, pour que leur organisation profite de ses atouts, tout en ayant toujours un regard critique et averti sur les technologies associées.

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