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30.04.2020

Michel Barabel : « Durant la crise, la fonction RH joue un rôle central et stratégique dans l'entreprise »

L'épidémie du Covid-19 bouleverse les organisations en profondeur et impose aux équipes RH la prise en compte de nouveaux enjeux.
Comment adapter la vie du collectif à la crise ? Quelle place donner au digital pour accompagner les nécessaires mutations de l'entreprise ?

Les explications de Michel Barabel, professeur affilié à Sciences Po Executive Education et directeur de l'Executive Mastère Spécialisé® RH.

Quels nouveaux enjeux la crise actuelle implique-t-elle pour les services RH ?

Michel Barabel - Le temps du confinement est, pour la fonction RH, l'occasion d'un retour à son rôle historique : la gestion des tâches administratives, du droit du travail, du dialogue social. Durant cette période, il convient notamment de garantir la sécurité des collaborateurs, organiser le nettoyage des locaux, négocier les accords sur le télétravail, l'activité partielle ou les congés, tout en se tenant informé des nombreux décrets publiés. La crise entraîne de multiples sollicitations sur des sujets très concrets : répondre aux demandes d'un collaborateur devant garder ses enfants, trouver des solutions pour que tous les salariés en télétravail aient un ordinateur... Beaucoup d'équipes RH font donc face à une importante surcharge de travail. Cette évolution a toutefois un pendant positif : la plupart des questions liées à la crise étant des problématiques humaines, la fonction RH a un rôle central et plus stratégique qu'auparavant au sein de l'entreprise. Elle est au cœur des nombreux enjeux du moment, a toute sa place dans les différents comités de pilotage de la crise et est particulièrement écoutée par les dirigeants.

« La fonction RH a un rôle central et plus stratégique qu'auparavant au sein de l'entreprise. Elle est au cœur des nombreux enjeux du moment, a toute sa place dans les différents comités de pilotage de la crise et est particulièrement écoutée par les dirigeants. »

Michel Barabel

Pour relever ces nombreux défis, la fonction RH a-t-elle eu davantage recours aux outils digitaux ?

Michel Barabel - La crise a en effet permis une accélération considérable de la digitalisation de la fonction RH. Les entreprises où les outils numériques étaient déjà maîtrisés ont pu profiter de leur temps d'avance. Pour d'autres organisations, la mise en œuvre aura pu être plus délicate mais, globalement, la numérisation a progressé massivement. Elle concerne tant le recours au télétravail que la dématérialisation des bulletins de salaires ou la formation à distance. Le recrutement est également concerné. Des outils digitaux jusque-là seulement utilisés par de grands groupes ou dans certains secteurs ont été largement diffusés : entretiens vidéos différés, épreuves de sélection sous forme de serious game, préintégration via des applications ou même intégration virtuelle réalisée à distance.

La place du digital au cœur des missions RH va-t-elle continuer de s'amplifier ?

Michel Barabel - Oui, ce phénomène est une tendance lourde. Mais si elle a favorisé la numérisation des process, la crise a dans le même temps montré les limites du « tout digital ». Les cadres qui ont dû télétravailler tous les jours à leur domicile témoignent à présent d'un important désir de proximité, d'une volonté de revoir leurs collègues et de faire du présentiel. Ils n'adhèrent pas à ce travail à distance permanent qui, par ailleurs, implique des pertes de productivité. C'est donc plus sûrement un modèle « blended », mariant des activités présentielles et à distance, qui devra être trouvé dans le futur. Pour ce faire, les directions des ressources humaines devront réinterroger l'ensemble des organisations du travail, des politiques et outils RH pour proposer aux collaborateurs une nouvelle expérience, mêlant le physique et le digital. Une expérience qui devra également intégrer d'autres dimensions : aspirationnelle (faire sens), intellectuelle (enrichir, apprendre) et émotionnelle (ressentir des émotions). Celles-ci ont pu faire défaut durant la phase de télétravail en confinement.

« Les directions des ressources humaines devront réinterroger l'ensemble des organisations du travail, des politiques et outils RH pour proposer aux collaborateurs une nouvelle expérience, mêlant le physique et le digital. Une expérience qui devra également intégrer d'autres dimensions : aspirationnelle (faire sens), intellectuelle (enrichir, apprendre) et émotionnelle (ressentir des émotions). »

Michel Barabel

Un déconfinement progressif devrait avoir lieu durant les prochains mois. Sera-t-il justement l'occasion de rechercher un nouvel équilibre entre présence physique et télétravail ?

Michel Barabel - Les services RH devront s'assurer lors de cette nouvelle phase que chacun a la possibilité de se réapproprier son entreprise, son environnement de travail, ses collègues. Les cadres pour lesquels le télétravail restera la règle pourraient donc avoir tout de même un temps en présentiel, un jour par semaine par exemple. Dans le même temps, les services de ressources humaines devront également faire face à une difficulté majeure : gérer des salariés ayant des conditions de travail très différentes selon leur emploi, leur secteur d'activité ou les locaux où ils se rendent habituellement. Dans l'industrie par exemple, des ouvriers iront quotidiennement à l'usine quand le télétravail sera encore massivement pratiqué par les cadres des fonctions supports. Les situations seront donc très hétérogènes. Dans cette période, l'exemplarité de la direction RH sera primordiale afin d'éviter le mécontentement des salariés ayant les contraintes les plus fortes. En ce sens, les DRH seront vraisemblablement présents dans les murs de l'entreprise. Dans cette période difficile pour les collaborateurs, ils devront avoir un discours clair, transparent et être empathiques, réellement en support des équipes. C'est à cette condition que la fonction RH conservera la place stratégique qu'elle a acquise lors de cette crise.

« Dans cette période difficile pour les collaborateurs, ils devront avoir un discours clair, transparent et être empathiques, réellement en support des équipes. »

Michel Barabel

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