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14 septembre 2026

Présidentielle 2027 : inquiétude, pessimisme et demande de changement

À sept mois de l’élection présidentielle, la troisième vague de l’Enquête électorale française (ENEF) dessine une opinion publique traversée par le pessimisme et une forte demande de changement. Si l’inquiétude domine largement les perceptions, l’intérêt pour le scrutin reste élevé et les Français se déclarent majoritairement en attente d’une rupture politique et sociale. Les intentions de vote confirment par ailleurs la position dominante de Marine Le Pen au premier tour, dans un paysage politique qui demeure fortement fragmenté.

Menée par Ipsos BVA-CESI École d’Ingénieurs pour le CEVIPOF, la Fondation Jean-Jaurès, l’Institut Montaigne et Le Monde, cette nouvelle vague de l’Enquête électorale française 2026-2027 constitue le premier point de mesure des intentions de vote depuis le début de la séquence présidentielle. 

Depuis 2015, le dispositif repose sur le suivi d’un large échantillon de plus de 10 000 Français inscrits sur les listes électorales. Ce suivi dans le temps permet d’observer les évolutions de l’opinion et, au fil des vagues, de distinguer les dynamiques de fond des mouvements plus conjoncturels.

 

Une opinion dominée par l’inquiétude et le pessimisme

Le premier enseignement de cette nouvelle vague tient au climat d’opinion particulièrement sombre qui traverse la société française.

À la question de leur état d’esprit, les Français citent d’abord l’inquiétude (59 %), devant l’incertitude (51 %), la fatigue (34 %) et la colère (30 %). Ce pessimisme se retrouve dans les anticipations concernant l’avenir du pays. 74 % des Français pensent que la situation de la France va se détériorer dans les prochains mois, contre seulement 4 % qui anticipent une amélioration.

Un intérêt marqué pour la présidentielle et une forte attente de changement

Ce climat négatif ne signifie pas pour autant un désengagement à l’égard de l’élection présidentielle. Au contraire, 75 % des Français se déclarent intéressés par la présidentielle de 2027, un niveau légèrement supérieur à celui observé à la même période avant les élections de 2017 et de 2022.

L’attente à l’égard du scrutin est également particulièrement forte. 71 % des Français souhaitent que l’élection produise un « vrai changement social et politique », tandis que 29 % privilégient avant tout un apaisement du pays.

Cette aspiration au changement est nettement plus élevée qu’à l’automne 2021 et traverse la plupart des électorats. Elle est toutefois particulièrement marquée chez les sympathisants du Rassemblement national, de Reconquête et, dans une moindre mesure, de la gauche radicale.

À sept mois du scrutin, 67 % des Français se déclarent certains d’aller voter. Ce niveau de mobilisation potentielle est supérieur à celui enregistré en octobre 2021 et comparable à celui observé en septembre 2016.

L’enquête met ainsi en évidence un paradoxe : une société inquiète et pessimiste, mais qui ne se détourne pas de l'échéance présidentielle et exprime au contraire de fortes attentes à son égard.

Transformer, mais comment ?

53 % des Français privilégient un responsable politique prêt à faire des compromis avec les autres pour parvenir à mettre en œuvre au moins une partie de ses idées, contre 47 % qui préfèrent un dirigeant restant fidèle à ses principes sans compromis.

L'opinion française ne se répartit donc pas simplement entre désir de changement et volonté de préserver l’existant. Elle combine une forte aspiration à transformer la société avec une demande de capacité à gouverner, à négocier et à produire des résultats.

Les préoccupations économiques et sociales dominent

Lorsqu’ils sont invités à hiérarchiser les principaux problèmes auxquels la France est confrontée, les Français placent en tête les questions économiques et financières (54 %) et les questions sociales (53 %).

Les enjeux environnementaux arrivent ensuite, cités par 30 % des personnes interrogées, devant les questions identitaires (29 %). Les enjeux liés à la représentation et à la décision politique, ainsi que les questions de défense, sont chacun mentionnés par 15 % des répondants.

Cette hiérarchie générale masque cependant des différences politiques importantes. Les questions sociales sont particulièrement présentes chez les sympathisants de gauche, tandis que les questions identitaires occupent une place beaucoup plus importante dans les électorats du RN et de Reconquête. À l’inverse, les enjeux économiques et financiers dominent nettement chez les proches du bloc central.

Marine Le Pen en position dominante dans un paysage fragmenté

Les premiers rapports de force électoraux confirment la position dominante de Marine Le Pen au premier tour. Dans les différents scénarios testés par l’enquête, la candidate du Rassemblement national est créditée d’au moins un tiers des intentions de vote.

Derrière elle, les rapports de force apparaissent beaucoup plus resserrés. Édouard Philippe recueille entre 14 % et 21 % selon les configurations, Jean-Luc Mélenchon entre 15,5 % et 17 %, tandis que Raphaël Glucksmann se situe entre 11,5 % et 13,5 %.

Les autres candidatures testées obtiennent des niveaux plus variables : Gabriel Attal recueille entre 6 % et 15,5 % et Bruno Retailleau entre 7 % et 10,5 %.

À ce stade, aucun autre candidat ne s’impose durablement comme le principal concurrent de Marine Le Pen dans les différents scénarios étudiés.

Des clivages sociologiques qui restent fortement structurants

Les résultats mettent également en évidence la persistance de clivages sociologiques déjà observés lors des élections de 2022 et de 2024.

Jean-Luc Mélenchon conserve une forte implantation parmi les jeunes électeurs. Dans le scénario où Raphaël Glucksmann est candidat pour le PS-PP et Édouard Philippe le seul candidat du « bloc central », il recueille 41 % des intentions de vote chez les moins de 25 ans.

À l’inverse, Marine Le Pen réalise ses meilleurs scores parmi les classes d’âge intermédiaires : elle recueille entre 38 % et 42 % chez les 35-69 ans selon les scénarios. Son implantation est particulièrement forte parmi les catégories populaires, avec 43 % chez les employés et 58 % chez les ouvriers.

Son électorat ne se limite toutefois plus à ces catégories. Les intentions de vote en sa faveur atteignent également 20 % chez les cadres, 20 % chez les moins de 25 ans et 28 % chez les 70 ans et plus, soit des niveaux significatifs dans des catégories où le vote RN était historiquement moins présent.

Édouard Philippe, pour sa part, ne parvient à arriver en tête que parmi les retraités issus des catégories moyennes et supérieures, où il atteint 26 % dans les scénarios concernés.

Ces résultats prolongent donc plusieurs tendances déjà observées lors des scrutins récents : une forte polarisation générationnelle à gauche, une implantation particulièrement solide du RN dans les catégories populaires et une progression de celui-ci dans des groupes sociaux qui lui étaient auparavant moins favorables.

Une polarisation qui ne se réduit pas aux rapports de force électoraux

L’enquête apporte enfin un éclairage sur la manière dont les Français considèrent les électorats eux-mêmes.

Les sympathisants de La France insoumise suscitent la plus forte antipathie : 62 % des Français leur attribuent une note comprise entre 0 et 3 sur une échelle de sympathie allant de 0 à 10. Les électeurs du RN recueillent une note moyenne de 4,3, avec 45 % d’antipathie et 32 % de sympathie. Pour les électorats socialiste et écologiste, les niveaux de sympathie et d’antipathie sont plus équilibrés.

La polarisation ne se limite donc pas aux choix électoraux : elle concerne aussi le regard porté sur ceux qui votent pour les autres partis.

Cette dimension éclaire également le rapport que les individus entretiennent avec leur propre camp. Parmi ceux qui se sentent proches d’un parti politique, 59 % déclarent avoir beaucoup de choses en commun avec les personnes qui le soutiennent, mais seuls 24 % disent parler de leur parti en utilisant « nous » plutôt que « ils ».

 

Les prochaines vagues de l'enquête ENEF 2026-2027 (huit entre septembre 2026  et juin 2027) permettront de suivre dans la durée les transformations de l’opinion et des rapports de force politiques jusqu’au scrutin présidentiel. 

Légende de l'image de couverture : bandeau bleu blanc rouge présidentielle (crédits : shutterstock)

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