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9 avril 2026
"L'économie politique du populisme" : entretien avec Gilles Ivaldi
Si le populisme est souvent appréhendé sous l’angle politique ou culturel, ses racines économiques sont tout aussi décisives. A l'occasion de la sortie de l'ouvrage "L'économie politique du populisme" (éditions La Découverte) co-écrit avec Alexandre Chirat et Émilie Sartre, Gilles Ivaldi, chargé de recherches CNRS au Centre de recherches politiques (CEVIPOF) de Sciences Po Paris, propose dans cet entretien une lecture renouvelée du phénomène, en mettant en lumière le rôle des mutations économiques et leurs effets sur les comportements électoraux.
Alexandre Chirat est maître de conférences en sciences économiques au Centre de recherches sur les stratégies économiques (CRESE –; UR 3190) et à l'université Marie & Louis-Pasteur de Besançon et chercheur associé à EconomiX (UMR 7235).
Émilie Sartre est professeure assistante à l'école d'économie de l'université de Nottingham et co-organisatrice du centre de recherche en économie politique NICEP.
Votre ouvrage mobilise les outils de l’économie politique pour analyser le populisme, un objet souvent étudié par la science politique. En quoi cette approche permet-elle de mieux comprendre les mécanismes d’émergence et de succès des partis populistes ?
Gilles Ivaldi : L’approche des économistes permet d’aller plus loin dans la compréhension des facteurs économiques qui nourrissent le populisme un peu partout dans le monde, qu’il s’agisse des tendances structurelles comme la mondialisation, l’automatisation ou la montée des inégalités, ou de chocs plus conjoncturels comme les grandes crises économiques et financières. Les modèles proposés par la science économique permettent en outre d’établir des liens de causalité entre ces grands facteurs et le succès des acteurs populistes à travers la planète.
Les travaux que vous synth étisez mettent en évidence le rôle central des facteurs économiques — mondialisation, inégalités, transformations du travail — dans l’essor du populisme. Quels sont les principaux résultats empiriques sur ces déterminants, et comment s’articulent-ils avec les explications socio-culturelles ?
Gilles Ivaldi : Notre ouvrage propose en effet une synthèse aussi complète que possible de ce que l’on sait de l’impact des facteurs économiques sur l’essor du populisme. On sait d’une manière générale que le populisme est lié aux transformations des sociétés post-industrielles, qu’il s’agisse de l’automatisation ou de la mondialisation, et de leurs effets sur le marché du travail. Les inquiétudes que suscitent ces grandes transformations sont au cœur du vote pour des partis populistes qui se font souvent les avocats du nationalisme économique et du protectionnisme.
Ces inquiétudes économiques interagissent par ailleurs avec les inquiétudes socio-culturelles liées aux évolutions sociétales ou au développement de sociétés multiculturelles. Les anxiétés liées à l’immigration sont au cœur du phénomène de droite populiste tel qu’on le connait en France avec le Rassemblement national, et elles s’articulent dans de nombreux cas avec les inquiétudes économiques ou le sentiment de déclassement.
Vous montrez que l’accès au pouvoir des partis populistes s’accompagne à la fois de performances économiques dégradées et d’un affaiblissement des normes démocratiques. Que nous disent ces résultats sur les transformations en cours des démocraties libérales et sur leur capacité de résilience face au populisme ?
Gilles Ivaldi : C’est effectivement une des conclusions de notre livre : les études dont nous disposons concluent que l’accès au pouvoir des partis populistes se solde, d’une manière générale, par une dégradation des performances économiques et un affaiblissement des normes de la démocratie libérale, que ce soit le rôle des contre-pouvoirs —médias, juges, parlement— ou de l’opposition. L’actualité aux États-Unis nous offre une illustration de ce double impact : la seconde présidence de Donald Trump est marquée par un recul spectaculaire de la démocratie libérale et par une dégradation économique, qu’il s’agisse de l’inflation, de l’emploi ou des taux d’intérêt.
L’approche des économistes permet d’aller plus loin dans la compréhension des facteurs économiques qui nourrissent le populisme un peu partout dans le monde, qu’il s’agisse des tendances structurelles comme la mondialisation, l’automatisation ou la montée des inégalités, ou de chocs plus conjoncturels comme les grandes crises économiques et financières. Les modèles proposés par la science économique permettent en outre d’établir des liens de causalité entre ces grands facteurs et le succès des acteurs populistes à travers la planète.
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