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Économies florissantes en contextes de violence
A propos

Alors que la stabilité, la prévisibilité et la sécurité juridique sont généralement considérées comme indispensables au développement économique, des secteurs agro-industriels, extractifs, manufacturiers et de services prospèrent néanmoins dans des contextes de violence armée, attirant chaque année des dizaines de milliards de dollars d’investissements internationaux. Du corridor pétrochimique d’Altamira au Mexique aux usines textiles et pharmaceutiques de Karachi au Pakistan, de l’extraction de matières premières essentielles à l’IA dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) aux plantations de bananes et d’huile de palme dans la région du Magdalena nord en Colombie, de nombreux secteurs moteurs du capitalisme contemporain – souvent présentés comme des fleurons de l’économie formelle – se développent dans des environnements marqués par l’expérience quotidienne de l’incertitude et la présence de groupes armés.
Ce projet dépasse deux ensembles de travaux largement séparés, d’un côté ceux sur le crime organisé et la violence, de l’autre ceux sur la croissance économique, en explorant l’articulation entre violence et relations économiques à travers l’entrelacement des secteurs légaux et illégaux. Nous proposons de situer ces secteurs au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales et de leurs réseaux locaux de sous-traitance afin d’analyser les arrangements de protection et d’intermédiation, et d’examiner comment les coûts et les profits de l’expansion économique en contexte de violence – économiques, sociaux, juridiques et environnementaux – sont distribués de manière inégale entre les différents protagonistes et les habitants de ces régions.
Les sciences sociales ont en effet largement négligé le paradoxe d’une prospérité économique coexistant avec la violence armée. Une focalisation trop étroite sur le trafic de drogue, la contrebande d’armes et de migrants, ou encore sur des minerais faciles à extraire, transporter et revendre (or, diamants, pétrole, etc.) tend à occulter le rôle essentiel que jouent les acteurs violents dans la structuration plus générale de l’économie mondiale. Lorsque les chercheurs se sont penchés de près sur les activités économiques étroitement liées à la violence, ils se sont le plus souvent concentrés sur le pillage et l’extorsion, ainsi que sur l’émergence de secteurs lucratifs autour des conflits armés – comme la fourniture de services de sécurité ou l’aide humanitaire. En revanche, la compréhension des dynamiques plus larges d’accumulation s’est principalement appuyée sur des travaux macroéconomiques et quantitatifs, en négligeant souvent l’expérience vécue de la violence dans ces contextes.
Plutôt que de classer les activités comme légales ou illégales, nous proposons d’enquêter sur leur inscription dans un contexte de violence, réalité mouvante qui affecte profondément de nombreuses sociétés depuis des décennies. Notre projet s’appuie sur un ensemble croissant de travaux, fondés sur des approches de terrain et ethnographiques, qui posent comme hypothèse centrale que les économies formelles et informelles ne peuvent être nettement séparées sur le plan conceptuel – pas plus qu’elles ne peuvent être dissociées des structures de violence qui les environnent. Au contraire, dans de nombreux contextes, qu’ils soient légaux ou illicites, les profits se caractérisent par leur émergence au sein d’un environnement façonné par des affrontements entre groupes armés et par la présence visible de l’armée.
Alors que le projet prend sa source dans une recherche menée au Mexique, il intègre également des études de cas comparatives en Afghanistan, en Syrie et au Sahel. Ancré dans une démarche ethnographique et nourri par les renouvellements récents de l’économie politique, le projet « Économies florissantes en contextes de violence » met l’accent sur la collaboration interdisciplinaire (science politique, anthropologie, histoire, économie politique). Il vise à construire un partenariat transatlantique durable consacré à l’étude des économies politiques de la violence. Au cours de sa première année (2025-2026), il réunira un groupe de travail et organisera des conférences à New York et à Paris. Par ces activités, le projet soutient des recherches comparatives fondées sur le terrain, portant sur la manière dont la violence et l’ordre économique sont co-produits dans le monde contemporain.
Responsables
- Adam Baczko (CERI-Sciences Po)
- Adèle Blazquez (CEMCA et LAP-EHESS)
- Claudio Lomnitz (Columbia University, Colegio Nacional de Mexico)
Partenaires
Financements
- CNRS Sciences humaines et sociales
- Alliance Program (Sciences Po & Columbia University)
- President’s Global Innovation Fund (Columbia University)
- The Institute for Social and Economic Research and Policy (Columbia University)
- Institute of Latin American Studies (Columbia University).
Programme
13 novembre 2025
Violence and Thriving Economies in Mexico, Columbia University
11 mai 2026
Thriving Economies amidst Armed Violence
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