L’Ethiopie : une pluralité des christianismes inscrite dans l’histoire

Auteur(s): 

Serge Dewel, docteur en histoire, chargé de cours – INALCO, Paris

Date de publication: 
Septembre 2019

Régions et villes principales d'Ethiopie

L’Ethiopie contemporaine abrite des adeptes des trois « religions du Livre » en des proportions contrastées et selon une historicité différente. Les plus nombreux d’entre eux, les chrétiens (près de 68 % de la population nationale selon le recensement d’avril 20191), ne constituent pas une famille unie et représentent plusieurs orientations dogmatiques et théologiques. Les musulmans (31 % de la population2), s’ils apparaissent moins contrastés au premier abord (sunna confrérique), sont loin d’être uniformes pour autant. Même les juifs d’Ethiopie — communément connus sous le nom péjoratif de falasha (« les exclus ») —, avant leur alya (migration en Israël) en 1984 et 1991, avaient développé une facette singulière du judaïsme qui ignorait le Talmud tout en ayant adopté le monachisme3. En effet, si l’Ethiopie compte parmi les plus anciennes chrétientés (IVe siècle) avec une Eglise autocéphale qui s’est maintenue, on recense également désormais une Eglise catholique d’Ethiopie et, surtout, une galaxie croissante d’Eglises protestantes évangéliques, pentecôtistes et néo-pentecôtistes.

Une Eglise nationale

Noyau de la culture éthiopienne, le royaume d’Aksum s’est développé en Afrique de l’Est, entre le IIe et le VIIe siècle de notre ère et son contrôle politique incluait le rivage africain méridional de la mer Rouge et le détroit du Bab el-Mandeb. Cette position stratégique conférait au royaume d’Aksum le contrôle du commerce des articles de luxe transitant entre les Indes et Rome ou Byzance, mais constituait aussi le point d’arrivée du commerce venu de l’intérieur des terres, alimenté par l’or, l’ivoire, les esclaves et l’encens. C’est au IVe siècle, à l’époque du royaume d’Aksum, que l’Ethiopie fut christianisée.

Il semble bien établi que le roi ‘Ezana d’Aksum fut le premier à se convertir officiellement (aux alentours de l’an 340) et il est à peu près certain que des colonies de marchands chrétiens, originaires du monde méditerranéen, Grecs ou Levantins, y étaient établies auparavant. La christianisation, en Ethiopie, fut d’abord curiale avant de s’étendre au peuple et à la charnière du Ve et du VIe siècle, la christianisation bénéficia d’une nouvelle impulsion, certainement en rapport avec la condamnation de la doctrine monophysite4 par le Concile de Chalcédoine en 451. Depuis l’ordination de son premier évêque par le patriarche d’Alexandrie, l’Eglise d’Ethiopie était sous la dépendance de l’Eglise copte. Quand cette dernière se détacha de Byzance pour professer le dogme monophysite, elle entraîna les chrétiens d’Ethiopie dans son sillage, dépendance ecclésiale dans laquelle l’Ethiopie se maintint jusqu’au XXe siècle.

La survie de l’Eglise nationale éthiopienne, inexorablement liée au pouvoir impérial dans lequel elle s’ancrait et qu’elle permettait de justifier, s’accompagna de confrontations majeures par lesquelles elle s’affirma. Campé sur les hautes terres d’Afrique orientale, le christianisme éthiopien entra en confrontation avec l’islam, installé dans les basses terres alentour, dès le XIVe siècle. L’antagonisme atteignit son paroxysme au XVIe siècle lors de la grande guerre de religion, connue sous le nom de djihad d’Ahmed Gragn, qui établit un rapport de forces et modus vivendi maintenus jusqu’à la fin du XXe siècle.

Une autre confrontation fut déterminante, l’Eglise catholique qui avait entrepris de convertir les chrétiens éthiopiens schismatiques. D’abord timidement présents à partir de 1542, une présence jésuite continue fut effective en Ethiopie de 1557 à 1632. Le roi des rois Susenyos se convertit au catholicisme en 1622, plongeant le pays dans la guerre civile, alimentée par l’Eglise éthiopienne. La restauration de l’Eglise éthiopienne comme seule Eglise et l’expulsion des missionnaires étrangers plongea le pays dans une période de repli régional, tout en instaurant une tradition de persécution des missionnaires.

Les missionnaires catholiques introduisirent le débat christologique en Ethiopie (la question des natures du Christ) afin de combattre le dogme monophysite auquel adhérait l’Ethiopie et qui avait été déclaré hérétique par le Concile de Chalcédoine en 451. Leur départ laissa la place à un fractionnement de l’Eglise éthiopienne entre plusieurs tendances dogmatiques qui s’affrontèrent parfois dans la violence. La question fut définitivement réglée en 1878, lors du Concile de Boru Meda et à l’issue duquel elle adopta la dénomination officielle de täwahedo, signifiant « union, unité », affirmant l’union de la nature divine et de la nature humaine en Christ par l’incarnation (monophysisme), professée par le concile de Boru Meda et en référence au rejet du concile de Chalcédoine.

L’Ethiopie eut à lutter farouchement pour maintenir son indépendance et assurer sa souveraineté territoriale, dès les dernières décennies du XIXe siècle et au début du XXe siècle5. C’est pendant les années 1920 que le prince-régent, le ras Täfäri, s’attacha à rendre l’Eglise éthiopienne indépendante de la tutelle copte qu’elle connaissait depuis sa fondation au IVe siècle. L’Eglise monophysite éthiopienne accéda à l’autocéphalie en 1959, aboutissement des efforts de Täfäri, devenu le roi des rois Haylé-Sellasé en 1930, et qui est désormais connu comme l’Ethiopian Orthodox Täwahedo Church (EOTC). La désignation täwahedo affirme le monophysisme professé par le concile de Boru Meda (1878). L’Eglise täwahedo d’Ethiopie se dit « orthodoxe », mais ne reconnaît ni la primauté du patriarche œcuménique de Constantinople ni le dogme de Chalcédoine.

Vers le pluralisme chrétien

Toutefois, au XIXe siècle, l’intérêt du Saint-Siège pour l’Ethiopie reprit, sous la houlette du pape Grégoire XVI qui fonda la Préfecture apostolique d’Abyssinie en 1838, confiée aux Pères lazaristes et aux moines capucins. Les persécutions dont ils firent l’objet s’amenuisèrent à partir du règne du roi des rois Menelik II (1889-1913) et jouirent d’une réelle protection du pouvoir à partir de 1916, sous le règne du ras Täfäri (le roi des rois Haylé-Sellasé). Néanmoins les efforts des missionnaires catholiques n’étaient couronnés que d’un mince succès. La Préfecture avait été divisée en deux Vicariats apostoliques dès 1846, l’un confié aux capucins, l’autre aux lazaristes. La mission lazariste fut amputée d’une large part de sa juridiction par la création de la Colonia Eritrea (l’Erythrée) en 1890 par l’Italie qui expulsa les missionnaires français.

Lazaristes et capucins avaient développé une approche missionnaire différente. Les lazaristes, opérant en terre chrétienne, adoptèrent la liturgie éthiopienne en langue ge‛ez6, alors que les capucins imposèrent le rite romain. Actuellement, il n’existe qu’une seule Eglise catholique d’Ethiopie (composée de l’Archéparchie d’Addis Abäba, de trois éparchies et de la Préfecture apostolique de Robe), fondée en 1961 comme Eglise métropolitaine et comptant parmi les Eglises catholiques orientales dépendant de la Congrégation des Eglises orientales. Elle intègre les deux rites, ge‛ez et latin, selon les éparchies établies sur l’origine territoriale missionnaire. Cet état des choses se traduit par des déchirements géographiques et identitaires au sein de la même Eglise7. Cette fondation d’une Eglise catholique d’Ethiopie a suivi de peu l’accès à l’autocéphalie de l’Eglise monophysite éthiopienne, en 1959.

Alors que le roi des rois Menelik II faisait cesser les pressions qui s’exerçaient sur les missionnaires catholiques à la fin du XIXe siècle, il permettait aussi aux missionnaires évangéliques de professer la bonne parole dans les régions nouvellement conquises du Sud-ouest éthiopien où les religions traditionnelles « animistes » étaient pratiquées. Ainsi, il entendait freiner l’expansion de l’islam, tout en réduisant l’influence potentielle des missionnaires catholiques. Ce faisant, il offrait cette partie du territoire à un destin singulier qui s’exprime actuellement par un attachement au mouvement charismatique éthiopien qui allait s’intensifier dans le temps. Les principales missions — Hermansburg (Allemagne), Swedish Evangelical Mission (Suède), Sudan Interior Mission (Etats-Unis)—, représentant les luthériens, les baptistes, les mennonites et les presbytériens, furent particulièrement actives dans les années 1920 et 1930. L’occupation italienne (1936-1941) sonna le glas de ces missions : accusés d’accointance avec l’ennemi, les missionnaires furent expulsés. Cependant, les paroisses établies continuèrent de fonctionner de manière autonome et commencèrent à évangéliser eux-mêmes, en fondant ainsi un mouvement évangélique national8.

L’Italie fasciste fut défaite en Afrique de l’Est dès 1941, lors de la « campagne d’Abyssinie », faisant de l’Ethiopie le premier pays libéré par les alliés. L’empereur Haylé-Sellasé reprit les commandes d’un pays quelque peu métamorphosé et dans lequel la présence étrangère croissait considérablement. L’exception religieuse, par rapport à la religion officielle täwahedo établie par la Constitution de 1931, ne pouvait plus être ignorée et fut l’objet du Décret des missions (Décret impérial n° 3 de 1944) qui tout en reconnaissant l’existence officielle des missions, leur octroyait des zones ouvertes en leur en fermant d’autres qui demeuraient exclusivement réservées à l’Eglise täwahedo d’Ethiopie. C’est en septembre 1951 que la première mission pentecôtiste, d’origine finlandaise, s’implanta en Ethiopie, ensuite rejointe par d’autres missions finlandaises et des missions pentecôtistes suédoises à partir de 1959. Le contexte favorable des années 1960 a suffisamment permis le développement de la communauté pentecôtiste éthiopienne, qui connaissait par ailleurs un revival inspiré par un pasteur kenyan, pour susciter l’hostilité de l’Eglise nationale. La répression anti-pentecôtiste culmina en 1971-19729.

L’empereur fut déposé par un comité militaire d’inspiration marxiste, le Därg, qui mena une politique religieuse pragmatique et évolutive au cours des dix-sept années de pouvoir. Les religions ne furent pas interdites, mais maintenues sous contrôle et les Eglises évangéliques ne furent pas toutes fermées ou versées dans la clandestinité).

Carte de la répartition des principales confessions (© Dewel 2019)

Figure 1. Carte de la répartition des principales confessions (© Dewel 2019)

La situation actuelle des christianismes en Ethiopie : Täwahedo et nouvelles Eglises

Le régime militaro-marxiste du Därg a été renversé en mai 1991 et la Constitution, promulguée en 1995 (article 27), institue la liberté de culte et la séparation de l’Eglise et de l’Etat (article 11). Dès lors, l’Eglise täwahedo n’est plus une Eglise nationale, mais en a conservé a minima une aura, voire des privilèges. Contrairement aux Eglises indépendantes dites « protestantes » [cf. infra] tenues de s’enregistrer comme associations, l’Eglise ex-nationale est reconnue en tant que telle. Cependant, ses « parts de marché » ont fondu au cours des trois dernières décennies, non pas au profit de l’islam, mais d’autres formes de chrétienté. La menace, représentée par les chrétiens d’autres confessions, avait toujours été combattue avec détermination, et parfois avec violence. Toutefois, dans le contexte de la nouvelle république fédérale et sans son statut passé, d’autres armes devaient être adoptées. La principale manifestation en fut le combat pour la visibilité dans le paysage urbain : enseignes géantes, liturgie diffusée par haut-parleurs, brassards noirs, etc. transformant la ville en une nef d’église à l’heure des offices.

Selon les données du dernier recensement prenant en compte l’appartenance religieuse (avril 2019) de la CSA, agence centrale de statistique d’Ethiopie10, la population éthiopienne se répartit de la manière suivante : 44 % de chrétiens täwahedo (50,6 % en 1994 et 43,5 % en 2007), 23 % de « protestants » (10 % en 1994 et 18,6 % en 2007) et 0,8 % de catholiques (0,9 % en 1994 et 0,7 % en 2007). La catégorie « protestants », traduisant ce que les Ethiopiens appellent communément « penté » (pentecôtistes), rassemble, sans distinction, toutes les confessions chrétiennes n’adhérant ni à l’Eglise täwahedo ni à l’Eglise catholique. Nous avons établi que, en dépit des apparences, cette catégorie grossière est néanmoins pertinente, du moins significative, par le dénominateur théologique et liturgique commun à ces protestants (les charismes et leur manifestation), mais aussi parce que la plupart des adhérents appartiennent à la même mouvance (sept Eglises, parmi plus de 400, comptent plus de 90 % des adeptes « protestants » et ces Eglises sont rassemblées sous la même organisation-chapeau, l’Evangelical Churches Fellowship of Ethiopia (ECFE)11.

S’il apparaît à première vue que les « protestants » connaissent une forte progression, une analyse plus détaillée — faisant se confronter les données de l’histoire, de la géographie et de la démographie — permet de très nettement relativiser cette progression. Celle-ci traduit avant tout un sentiment de sécurité assez nouveau permettant de se faire reconnaître comme « protestant » et une progression démographique plus forte dans les régions du sud-ouest de l’Ethiopie où cette confession domine [cf. figure ]. Cette région constitue aussi le principal territoire des religions traditionnelles que ses adhérents ont déserté au cours des dernières années (4,3 % en 1994, 2,6 % en 2007 et 1,4 % en 2019). Dans cette galaxie « protestante » très dynamique, largement dominée par des Eglises charismatiques d’origine traditionnelle (issues des missions luthériennes, baptistes, mennonites, presbytériennes et pentecôtistes classiques), les African Independant/Initiated/Indegenious Churches (AIC), souvent dans la mouvance du néo-pentecôtisme africain, comptent donc pour peu, du point de vue du nombre des adhérents. Il y a lieu encore de mentionner une caractéristique principale afin de bien illustrer la singularité du « pentecôtisme » éthiopien (en fait plutôt le mouvement charismatique d’Ethiopie12), c’est que le pentecôtisme est généralement un phénomène plutôt urbain, alors qu’en Ethiopie il est avant tout rural. Il faut donc considérer ce « pentecôtisme » éthiopien avec beaucoup de nuances.

Dans l’état actuel des choses, cette progression des charismatiques et leur dynamisme prosélyte n’est pas sans poser de problèmes, en particulier vis-vis des communautés musulmanes et chrétiennes täwahedo rurales, que trahissent des violences occasionnelles. L’adhésion au mouvement charismatique des deux derniers Premiers ministres du gouvernement éthiopien — Haylä-Maryam Dessalegn et Abiyy Ahmed, tous deux pentecôtistes — a certainement aidé à l’intégration sociale de leurs coreligionnaires.

Face à cet échiquier, l’Eglise catholique d’Ethiopie occupe peu de terrain, d’autant qu’elle est elle-même divisée entre les adeptes de la liturgie latine et ceux de la liturgie en ge‛ez, selon qu’ils furent affiliés à la mission capucine ou lazariste. Les Irob, peuple du Tigray vivant de part et d’autre de la frontière éthio-érythréenne se sont récemment retrouvé à la une, dans le cadre des accords de paix entre les deux pays. En février 2019, l’actuel Premier ministre a désigné le primat de l’Eglise catholique d’Ethiopie, le cardinal Berhaneyesus Demerew Souraphiel, président de la Commission nationale pour la réconciliation et la paix. Deux événements qui rendent un peu de visibilité aux environ 800 000 Ethiopiens catholiques.

Carte des densités régionales de charismatiques  

Figure 2. Carte des densités régionales de charismatiques (© Dewel 2019)

Carte de la pondération régionale des charismatiques ou la part des régions dans le mouvement charismatique général en Ethiopie

Figure 3. Carte de la pondération régionale des charismatiques ou la part des régions dans le mouvement charismatique général en Ethiopie (© Dewel 2013)

Procession de l’Eglise täwahedo à Gondär à l’occasion de la célébration de l’Epiphanie. Noter l’utilisation du drapeau national, privilège exclusif de l’Eglise täwahedo

Figure 4. Procession de l’Eglise täwahedo à Gondär à l’occasion de la célébration de l’Epiphanie. Noter l’utilisation du drapeau national, privilège exclusif de l’Eglise täwahedo (photo Dewel 2016)

Occupation de l’espace public (Nouvelles Eglises), Addis Abäba 2018 (photo Dewel)

Figure 5. Occupation de l’espace public (Nouvelles Eglises), Addis Abäba 2018 (photo Dewel) (photo Dewel)

  • 1. CSA : http://www.csa.gov.et/index.php?option=com_phocadownload&view=category&i... (accès le 01/07/2019).
  • 2. Idem.
  • 3. Le judaïsme ne connaît, en effet, ni moines ni monastères.
  • 4. Selon le dogme établi à Chalcédoine, l’Eglise universelle proclame les deux natures —humaine et divine — unies, égales et coexistant en Jésus, alors que les Eglises monophysites professent la fusion des deux natures, la divine ayant absorbé l’humaine.
  • 5. Serge Dewel, Addis Abäba (Ethiopie) 1886-1966. Construction d’une nouvelle capitale pour une ancienne nation souveraine, Paris, L’Harmattan, coll. Peiresc, 2 vols, 2018.
  • 6. La langue ge‘ez (sémitique) est l’ancienne langue d’Ethiopie, au moins depuis l’époque d’Aksum. A partir du XIIIe siècle, elle fut progressivement supplantée par une autre langue sémitique apparentée, l’amharique. Dès lors, le ge‘ez devint une langue culturelle et, surtout, la langue liturgique de l’Eglise éthiopienne
  • 7. Emmanuel Fritsch, « Une réforme liturgique de l’Eglise guèze-catholique : pour quoi faire ? », in HMC Histoire, monde & cultures religieuses, 2012, vol. 4, n° 24, p. 31-49.
  • 8. Serge Dewel, Mouvement charismatique & pentecôtisme en Ethiopie : identité & religion, Paris, L’harmattan, coll. Peiresc, 2014.
  • 9. S. Dewel. op. cit.
  • 10. http://www.csa.gov.et/ (accès le 30/06/2019).
  • 11. S. Dewel, « Mouvement charismatique et pentecôtisme en Ethiopie. Une progression fulgurante ? », in Afrique Contemporaine, 2014, n°252, p. 140.
  • 12. S. Dewel, Mouvement charismatique & pentecôtisme en Ethiopie : identité & religion, op.cit.
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