Les effets de la crise du Covid-19 sur le traitement du problème du réchauffement climatique

Auteur(s) : 
Entretien/Analyse
Date : 
13/04/2020

Le coronavirus a envahi nos écrans et les médias ne consacrent que peu d’espace et de temps aux informations qui n’ont pas de lien avec la pandémie. Rares sont les personnes qui ont eu vent du cyclone tropical de force 5, baptisé Harold, qui a touché l’île de Vanuatu le 6 avril dernier et qui a entraîné des dégâts monumentaux – à peine cinq années après que ce jeune État a souffert du passage du cyclone tropical Pam, le plus important jamais observé.   

Le changement climatique détruit plus que le Covid-19, même si ses effets sont moins visibles, moins concentrés et moins présents dans les pays industrialisés du nord qui sont, pour l’heure, les plus touchés par le coronavirus. Les conséquences du changement climatique sont en effet plus difficiles à identifier et à tracer. Des événements climatiques extrêmes comme les cyclones tropicaux Pam ou Harold ne peuvent pas être directement reliés au changement climatique ; ce dernier rend simplement ce type de tempêtes plus probables et plus intenses. Et tandis que la pandémie actuelle est – espérons-le – un événement ponctuel, le changement climatique s’inscrit dans le temps long. Vagues de chaleur, inondations et sécheresses continueront de faire de nombreuses victimes, dont des morts, durant le siècle à venir. Un rapport de l’OMS publié en 2018 estime ainsi à environ 250 000 par an (!) le nombre de morts qui seront imputables au réchauffement climatique entre 2030 et 2050. 

Ainsi, si le changement climatique et le Covid-19 diffèrent par de nombreux aspects et si les deux phénomènes n’ont par ailleurs aucun lien direct, la question des effets de l’actuelle crise sanitaire sur l’environnement se pose. D’aucuns évoquent les  « bénéfices collatéraux » de la pandémie – ou du moins de la réponse que nous y apportons. Les perturbations qu’elle entraîne sur l’économie mondiale, la baisse significative du trafic aérien et terrestre comme celle de la production industrielle a réduit à son tour et de façon significative, la pollution aérienne, comme nous le montrent clairement des images satellites. Le fort ralentissement  de l’économie, combiné à un hiver anormalement chaud en Europe (le plus chaud jamais enregistré, autre preuve du changement climatique) a fait baisser les émissions de CO2 (mais pas les concentrations de CO2 dans l’atmosphère).

La prudence reste néanmoins de mise, de nombreux spécialistes, comme le responsable Environnement des Nations unies, Inger Andersen, mettent en garde contre toute conclusion hâtive. La réduction de la pollution du fait de l’arrêt brutal de l’économie est une conséquence exceptionnelle qui disparaîtra une fois la crise terminée, lorsque les entreprises seront de nouveau en ordre de marche, lorsque les restrictions sur les voyages seront levées et lorsque l’économie se remettra à fonctionner. Tant que les modèles sous-jacents de production et de consommation restent les mêmes, nous serons incapable s’agir sur le changement climatique. Le Covid-19 ne constitue donc pas une bonne nouvelle pour le climat, au contraire la réponse apportée à cette crise sanitaire  détourne l’attention de la crise climatique et fait diminuer les ressources financières qui lui sont consacré. La pandémie retarde même la mise en œuvre d’importantes politiques climatiques ; enfin, les négociations globales onusiennes sur ce thème ont été reportées

Cette pandémie est toutefois porteuse de certaines leçons et de quelques raisons d’espérer. Tout d’abord, on découvre tout ce qu’il est possible de faire quand existe une réelle volonté politique : le nombre de mesures de grande ampleur qui peuvent être prises et les fonds qui peuvent être mobilisés en à peine quelques jours. Si même une petite portion des milliards de dollars promis pour la reprise économique était investis pour « mieux reconstruire » et pour « investir de manière plus écologique et plus durable », on pourrait se rapprocher de l’objectif fixé par les accords de la COP 21 de Paris de limiter à 1,5 degré (ou 2 maximum) la hausse des températures. Certaines des habitudes que nous avons dû prendre ces dernières semaines sont bénéfiques pour l’environnement et il serait bon qu’elles soient maintenues. Par exemple, la mise en place à grande échelle de réunions en ligne et de visioconférences devrait être l‘occasion notamment pour les universitaires de s’interroger sur la nécessité de leurs voyages professionnels (aériens), qui représentent une source importante d’émissions de carbone et qui font de plus en plus l'objet de discussions et de débats