Olivier Dabène (Dir.)

Amérique latine - L’Année politique 2020 est une publication de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (Opalc) du CERI-Sciences Po. Elle prolonge la démarche du site www.sciencespo.fr/opalc en offrant des clés de compréhension d’un continent en proie à des transformations profondes.

Christophe Jaffrelot et Nicolas Belorgey

L’inde a engagé en 2009 un programme d’identification biométrique de sa population. Il s’agissait à l’origine d’un projet né au sein des entreprises informatiques basées à Bangalore, et son principal architecte, Nandan Nilekani, était  d’ailleurs le patron d’une de ces grandes firmes. Leur dessein était d’utiliser les techniques du numérique et les données qu’elles permettent de recueillir à des fins économiques. Mais pour enregistrer l’ensemble de la population indienne, il fallait convaincre l’Etat de s’investir dans l’opération. L’argument qui emporta l’adhésion du gouvernement fut financier : ce programme, nommé Aadhaar, permettrait de distribuer les fonds d’aide aux pauvres en minimisant les pertes liées notamment à la corruption et à l’existence de doublons parmi les bénéficiaires. Or être identifié par Aadhaar est devenu peu à peu nécessaire pour réaliser de multiples opérations de la vie courante, y compris pour payer ses impôts. Saisie, la Cour suprême a tardé à se prononcer et n’a pas cherché à protéger la vie privée des personnes d’une manière convaincante. Aadhaar n’a pas non plus préservé la qualité des services rendus aux pauvres – loin de là – et son impact économique est encore à prouver, même si les opérateurs qui croient que data is the new oil se situent dans une perspective de long terme.

300 000 Français sont installés de manière permanente dans la capitale britannique. Ils ne constituent pas une communauté amalgamée, mais des groupes sociaux singularisés par des différences de capital économique et de capital culturel. L’Etat français a développé à Londres un important dispositif institutionnel destiné à répondre aux besoins de cette diaspora (services consulaires, institut culturel, établissements scolaires, aides aux entreprises). Le dispositif est complété par des structures associatives dans le domaine social. Les Français de Londres disposent également de leur représentation politique : député, conseillers consulaires, conseillers à l’Association des Français de l’étranger. Ces mandats donnent lieu à des élections et à une extraterritorialisation de la politique française. Le Brexit contraint les Français de Londres – qui ont conservé leur nationalité française – à s’interroger sur l’avenir de leur statut de résident, qu’ils doivent négocier avec l’Etat britannique, et sur les nouvelles politiques migratoires du Royaume-Uni, qui rendront l’installation à Londres plus difficile.

Etienne Smith

S’il attire souvent l’attention médiatique pour son caractère atypique, le vote des Français de l’étranger a rarement fait l’objet d’enquêtes de terrain. L’étude des dynamiques électorales dans la neuvième circonscription des Français de l’étranger (Afrique du Nord et Afrique de l’Ouest) lors des élections présidentielle et législatives de 2017 permet d’interroger les questions de « l’éligibilité » à l’étranger, des brouillages transnationaux du vote et des effets des modalités spécifiques du « faire campagne » dans des archipels électoraux caractérisés à la fois par leur fort localisme et leur insertion particulière dans des enjeux géopolitiques plus larges. Elle montre combien les sens et enjeux du vote extraterritorial sont à entrées multiples selon les acteurs impliqués (candidats, électeurs, médias locaux, autorités du pays hôte). Ce vote à l’étranger fait-il exister une communauté française à l’étranger ou révèle-t-il surtout les différenciations persistantes à l’œuvre entre communautés françaises selon l’origine, le rapport au pays « hôte » et à l’« autochtonie », le statut social et la temporalité de l’ancrage à l’étranger ?

Laurent Gayer

L’histoire du capitalisme industriel et de ses modes de domination est intimement liée à celle d’entrepreneurs de violence déployant leurs ressources coercitives au service de la discipline usinière, de l’extraction de plus-value et de la sécurisation du cycle d’accumulation. Ces rapports capital-coercition débouchent rarement sur un phénomène d’osmose et tendent à susciter de nouvelles vulnérabilités parmi les élites consommatrices de sécurité. L’économie manufacturière de Karachi constitue un terreau particulièrement fertile pour étudier cette production endogène d’insécurité par les dispositifs sécuritaires. Les relations entre le patronat industriel de Karachi et ses gardiens relèvent en effet d’une domination inquiète, dont les tentatives de renforcement ont systématiquement engendré de nouvelles incertitudes, appelant de nouveaux modes de contrôle pour garder les gardiens eux-mêmes.

Un des phénomènes les plus frappants de l’histoire récente de la Chine est la trajectoire singulière d’une génération, celle qui est née dans les grandes métropoles entre la fin des années 1940 et le milieu des années 1950. Ses membres ont subi de plein fouet, pour le meilleur et pour le pire, l’ensemble des convulsions et des ruptures qu’a connues le pays depuis 1949, et occupent aujourd’hui les positions dominantes dans la plupart des domaines de la vie sociale. Malgré son importance, l’histoire de cette génération qui a en partie construit la Chine actuelle a fait l’objet de peu de travaux. Les récits de vie de sept de ses représentants constituent une source d’information qui permet de recueillir le point de vue de ces acteurs et de comprendre comment ils élaborent aujourd’hui un discours autour de leur expérience personnelle. L’analyse de ce discours permet de cerner l’interaction des trajectoires individuelles avec les événements et les déterminations sociales.

La proximité entre affaires et politique en Inde date de l’époque coloniale, lorsque les entrepreneurs finançaient les hommes politiques qui, en échange, leur épargnaient certaines des lourdeurs de la bureaucratie. Elle est restée vivace après l’indépendance, même si le socialisme officiel de Nehru l’a soumise à quelques contraintes. La libéralisation économique des années 1990, loin d’atténuer la corruption, l’a amplifiée dès lors que de gros investisseurs, attirés par l’ouverture du marché indien, ont versé d’énormes pots-de-vin aux leaders politiques, qui sont devenus eux-mêmes des hommes d’affaires n’hésitant pas à forcer la main des banques publiques pour qu’elles prêtent à des industriels de leur entourage, tandis que des hommes d’affaires se sont fait élire au Parlement, multipliant les délits d’initiés. Le capitalisme de connivence qu’on observe à l’ère Modi – tant au niveau national que dans son Etat du Gujarat – est bien illustré par sa relation à l’étoile montante du business indien, Gautam Adani. Il a un coût financier (lié à la sous-imposition des entreprises et aux créances douteuses au bilan des banques), social (dû à la sous-rémunération du travail et à une réduction des dépenses d’éducation ou de santé faute de ressources fiscales) et environnemental (les crony capitalists s’affranchissant des normes les plus élémentaires).

Kevin Parthenay

En Amérique latine comme dans le reste du monde, les organisations régionales et sous-régionales se sont récemment multipliées. Les chercheurs s’intéressent principalement à la variété des régionalismes ou à leur nature changeante (post-libérale, post-hégémonique...). Pour aller au-delà de ces questionnements, il faut travailler sur les régions latino-américaines et leurs acteurs à la lumière d’une approche de sociologie politique du régionalisme. L’observation des secrétaires généraux régionaux du sous-continent est précieuse si l’on veut comprendre l’émergence de pouvoirs régionaux. Cette réflexion, qui s’intéresse particulièrement ici à l’Union des nations sud-américaines (Unasur), à la Communauté andine des nations (CAN), au Marché commun du Sud (Mercosur) et au Système d’intégration centraméricaine (Sica) permet d’apporter une réponse plus précise à la question de la configuration du pouvoir dans les régionalismes latino-américains.

Charlotte Thomas

La mort de Burhan Wani, combattant armé leader des Hizbul Mujahideen, a initié en juillet 2016 une nouvelle phase insurrectionnelle au Cachemire, où la population se mobilise contre l’Etat indien en réclamant l’azadi, la liberté. Le détour par New Delhi permet d’étudier le sentiment national des Cachemiris en s’intéressant aux frontières du groupe et aux dynamiques de différenciation par rapport aux Indiens. Le nationalisme cachemiri se définit davantage dans sa dimension négative (ce qu’il n’est pas) que positive (ce qu’il est). Le glissement progressif du contenu des prétentions à l’azadi est également l’un des enjeux du nationalisme cachemiri. D’abord demande de respect de l’autonomie politique du Jammu-et-Cachemire au sein de la République indienne, l’azadi signifie désormais l’indépendance du territoire cachemiri. Les revendications des Cachemiris traduisent de surcroît un fort rejet de l’affiliation nationale et citoyenne indienne, nourri par la négation de la dimension nationaliste de la lutte des Cachemiris opposée par New Delhi. L’insurrection en cours semble avoir encore accéléré ce processus, d’autant qu’aucune solution politique impliquant l’ensemble des parties prenantes au conflit n’est envisagée. Au-delà de la question du Cachemire, c’est le fonctionnement de la démocratie et de la nation indiennes qu’éclaire l’étude du nationalisme cachemiri.

En Iran, le fait électoral s’est banalisé. Il permet l’expression de la diversité, notamment ethnique et confessionnelle, des terroirs historiques dans les provinces, et témoigne de la professionnalisation croissante de la vie politique. Paradoxalement, cette professionnalisation replie la république sur l’ordre de la famille, de la parenté, de l’autochtonie, voire du quartier ou de la sociabilité dévotionnelle – autant d’instances instillant un sentiment de proximité, de solidarité, de communion qui renvoie à la fameuse notion d’asabiyat. Selon une expression courante, la République islamique est devenue une « parentocratie » (tâyefehsâlâri). Le développement industriel du pays ne contredit pas cette pesanteur, dans la mesure où il repose sur un tissu de très petites entreprises familiales. L’analyse des élections législatives de 2016 dans quatre circonscriptions révèle l’importance dans la vie politique locale de la question foncière, indissociable de ces différentes consciences particularistes. Des lignes de continuité notabiliaire avec l’ancien régime se dévoilent, ainsi que de vieux conflits agraires que n’a pas effacés la césure révolutionnaire et qu’entretiennent ou ravivent les scrutins contemporains.

Leila Seurat

Aux marges de la vaste littérature consacrée à la police dans les démocraties occidentales, les pays arabes font figures de parent pauvre de la sociologie policière. L’étude ethnographique du commissariat de Ras Beirut, premier poste au Liban réformé conformément au modèle du community policing, permet de commencer à combler cette lacune. Les travaux qui portent sur l’importation de ce modèle dans les pays en développement soulignent le plus souvent les difficultés de mise en œuvre ainsi que les effets pervers qui en découlent, liés aux spécificités locales de chaque pays. Caractérisé par son confessionnalisme politique, le Liban constitue un champ d’exploration privilégié pour questionner ces hypothèses. Si la fragmentation de l’Etat libanais fragilise les interactions entre force publique et forces privées, l’échec de l’expérience de Ras Beirut s’explique davantage par un faisceau de facteurs, à la fois externes et internes, qui obéissent à des logiques indépendantes des clivages politiques et confessionnels : ce sont bien le fonctionnement interne du commissariat et le poids des réseaux de clientèles qui ont considérablement réduit ses chances de réussite.

avec la collaboration de Madhi Mehraeen et Ibrahim Tavalla

La guerre depuis 1979 et la reconstruction de l’Etat sous la tutelle occidentale depuis 2001 ont conduit à une simplification identitaire de la société afghane, sous la double forme d’une invention de l’ethnicité et de la tradition – un processus dont l’enjeu véritable est le contrôle ou l’appropriation des ressources politiques et économiques du pays. Le Hazarajat est un remarquable site d’observation de cette évolution. Son histoire a été marquée par son intégration coercitive, à la fin du xixe siècle, à l’Etat afghan en formation. Sa population, de confession chiite, s’est vue reléguée à une condition de subalternité dont elle n’est progressivement sortie qu’à la faveur du djihad contre l’occupation soviétique, dans les années 1980, et de l’intervention américaine en 2001, au prix de l’ethnicisation de sa conscience sociale et politique. Mais l’ethnicité repose sur une économie morale et politique moins communautaire qu’inégalitaire. Succédant à la guerre, l’aide à la reconstruction de l’Etat tend à polariser les rapports sociaux, tout en renforçant leur ethnicisation : les bailleurs de fonds et les ONG demeurent prisonniers d’une approche culturaliste, sinon orientaliste, du pays, qu’ils contribuent de la sorte à « traditionaliser », tandis que l’aide au développement déstabilise la société « traditionnelle » en accélérant sa monétarisation et sa marchandisation.

Dilek Yankaya

La Foire internationale du Müsiad organisée en 2014 à Istanbul a suscité un grand intérêt politique, dû à la forte présence d’élites dirigeantes ainsi qu’à la mobilisation d’un vaste réseau d’institutions, d’entreprises et de médias partenaires. Les expositions industrielles sont des terrains privilégiés pour explorer les modalités de construction des circuits marchands et interroger les enjeux politiques et internationaux agissant sur ceux-ci. Cette manifestation apparaît comme la représentation, dans un espace-temps compressé, de l’Etat turc tel qu’il se forme sous le pouvoir de l’AKP. Elle traduit un double mouvement, de reconfiguration et d’internationalisation des processus constitutifs de cet Etat à travers des phénomènes d’interaction entre l’entreprise privée et l’action publique, et de rétrécissement des réseaux de patronage. La participation ou non à cet événement devient dès lors un jeu de légitimation ou de délégitimation par rapport à ces réseaux de pouvoir dont la production s’appuie sur l’exposition des matérialités économiques et industrielles et s’accompagne de la création d’imaginaires. L’étude ethnographique de cet événement met en lumière comment, à travers des représentations industrielles, culturelles, symboliques, cette foire soutient deux types d’imaginaires : celui de la réinvention de l’oumma à travers les liens économiques, celui de la suprématie de la Turquie comme porteur de ce projet.

L’AKP, Parti de la Justice et du Développement, s’est maintenu au pouvoir en Turquie depuis 2002. Loin d’une usure du pouvoir, il a consolidé le soutien électoral de couches sociales diversifiées, réunissant une large partie des milieux populaires et de la classe moyenne en pleine expansion, mais aussi des milieux d’affaires. L’implantation de l’AKP tient à la manière dont ce parti s’est inséré au coeur de nombreux secteurs économiques et sociaux : bien qu’acquis aux principes de diminution de la sphère publique et de la délégation au privé, l’AKP n’a pas restreint le périmètre d’intervention de l’État. Au contraire, il est intervenu de manière accrue dans certains secteurs (politique sociale, logement). Il l’a fait de manière indirecte, en prenant appui sur des intermédiaires et alliés privés (entreprises, associations) qu’il a favorisés. Ainsi, l’AKP a mis en place et systématisé des modes de redistribution faisant intervenir des hommes d’affaires conservateurs bénéficiant de proximités avec les décideurs, milieu associatif charitable et couches sociales défavorisées. Ces politiques publiques ont reconfiguré différents secteurs sociaux dans un sens favorable à l’emprise du parti.

La question du traitement des mineurs délinquants enflamme la société russe depuis de nombreuses années. Plusieurs associations, ONG et organisations internationales ont alerté l’opinion publique sur la situation de l’enfance dans le pays et incité l’Etat à inscrire la réforme de la justice des mineurs à son calendrier politique. Mais les débats autour de sa mise en place, de ses différents modèles possibles et des formes à donner aux relations entre institutions sociales et judiciaires sont restés limités. Ils ont été dépassés par d’autres enjeux plus larges, tels la priorité qu’il faudrait ou non accorder aux enfants par rapport à leur famille, la place des valeurs dites « traditionnelles » par rapport aux valeurs libérales, et le degré d’intrusion possible de l’Etat dans la vie privée des citoyens russes. La discussion sur la situation réelle des enfants à risque et les problèmes concrets posés par la réforme a été remplacée par une rumeur, nourrie par un discours de crainte dans une société de plus en plus violente, qui déforme les problèmes véritables. L’implémentation des normes internationales et la mise en place d’une réforme de la justice des mineurs semblent en outre largement entravées par l’agenda patriotique de l’Etat.

Françoise Daucé

Depuis le début des années 2000, de nombreux journaux d’information en ligne ont vu le jour en Russie, laissant espérer un développement du pluralisme politique. Dans l’ordinaire du travail journalistique, leur fonctionnement diffère peu de celui de leurs homologues occidentaux. Ils bénéficient des mêmes libertés et sont soumis aux mêmes contraintes financières. En Russie cependant, dans un contexte de renforcement de l’autoritarisme, ces contraintes ordinaires peuvent se transformer en contraintes politiques. Les pressions économiques sur les rédactions, l’assèchement de leurs ressources publicitaires, l’invocation de diverses règles administratives, la surveillance des fournisseurs d’accès… sont autant d’outils de contrôle politique. A partir de l’exemple des sites lenta.ru et gazeta.ru, qui dominent le secteur de l’information en ligne, et des sites snob.ru et grani.ru, qui s’adressent à des publics plus spécifiques, cet article montre comment ce contrôle s’articule diversement aux contraintes ordinaires, selon des procédures et des justifications aléatoires et au gré de configurations conjoncturelles qui le rendent à la fois omniprésent et insaisissable, en recomposition permanente.

Avec une population dépassant les 20 millions d’habitants et une croissance démographique se maintenant à un niveau spectaculaire, Karachi pourrait devenir la première agglomération urbaine du monde d’ici 2030. C’est aussi la plus violente de ces grandes métropoles. Depuis les années 1980, Karachi est confrontée à des rivalités partisanes et à des violences criminelles endémiques portant sur le contrôle de la ville et de ses ressources. Ces luttes se sont progressivement ethnicisées, si bien que ce « Pakistan en miniature » apparaît de plus en plus fragmenté, aussi bien socialement que spatialement. Mais, malgré ses désordres, Karachi demeure la pierre angulaire de l’économie pakistanaise. Et, contrairement aux lectures journalistiques de ces désordres en termes de « chaos » ou d’« anarchie », une forme d’ordre y régule les interactions politiques, les relations sociales et les pratiques d’accumulation économique. Loin d’être entropique, cette configuration violente se reproduit à travers des formes de domination, des rituels d’interaction et des mécanismes d’arbitrage qui rendent cette violence « gérable » au quotidien – sans évacuer pour autant le sentiment d’insécurité résultant de ses transformations continues. Si la viabilité de ce « désordre ordonné », à moyen terme, n’est pas assurée, pour l’heure, Karachi continue de fonctionner en dépit – et parfois en vertu – de ses violences.

Dans la Libye post-Kadhafi, les autorités libyennes sont à la recherche d’un nouvel art de gouverner. Très faibles en dépit de la légitimité que leur confère le suffrage électoral, ne disposant d’aucun moyen de coercition, elles doivent négocier en permanence leur survie, menacées par ceux qui n’ont pas été choisis par les électeurs mais par la force de leur engagement dans la révolution, les milices. Le défi qui se pose au nouveau pouvoir est de parvenir à domestiquer les milices révolutionnaires, non de les combattre. La Libye ne s’est pas « dékadhafisée ». Or, pour les milices, en particulier islamistes, le maintien des anciens responsables et dirigeants dans l’appareil d’Etat est insupportable. Aussi, le 5 mai 2013, elles ont obligé le Parlement a voté la loi sur l’exclusion de la vie politique de toute personne ayant occupé des postes à responsabilité sous l’ancien régime. Si les milices révolutionnaires continuent à imposer leur loi au gouvernement, la chute du régime de Kadhafi n’aura pas constitué une rupture dans la trajectoire des pratiques politiques en Libye, mais davantage leur continuité sous d’autres habits.

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