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21 janvier 2026
Oser la vérité, protéger les siennes
Pourquoi certaines prises de parole pourtant largement documentées déclenchent-elles des réactions d’une extrême violence ? À partir de figures emblématiques de femmes et de jeunes filles ayant osé dire le vrai face aux pouvoirs en place, Béatrice Châteauvert-Gagnon interroge les logiques de protection en sécurité internationale et les formes de résistance qu’elles suscitent. Ce retour sur son intervention au Faculty Seminar (FacSem) de l’École de la recherche de Sciences Po explore la parrêsia comme pratique politique située, attentive aux rapports de genre, de pouvoir et de vulnérabilité qui structurent la distribution de la parole, et de l’écoute, à l’échelle internationale.
Malalai Joya, Chelsea Manning, Greta Thunberg, le Gulabi Gang, Idle No More : qu’ont ces figures en commun ? De prime abord, peu de choses. Et pourtant, il s’agit toutes de figures de femmes/filles qui ont osé énoncer des vérités dérangeantes pour les pouvoirs en place en lien avec des enjeux de (in)sécurité, de violence et de protection, dans le but de protéger leurs communautés.
En effet, elles ont toutes critiqué les exclusions, hypocrisies, violences, échecs et/ou injustices sous-tendant les gestes et discours de différentes autorités prétendant agir au nom de notre sécurité et de notre protection. Ce faisant, elles sont devenues des figures connues internationalement et se sont exposées à de graves conséquences, des menaces de mort aux tentatives d’assassinat, en passant par des peines d’emprisonnement. Pourtant, aucune de ces figures n’a révélé de vérités inédites ou particulièrement choquantes : on peut lire la majeure partie du contenu des discours de Greta Thunberg dans un rapport du GIEC ou de ceux de Malalai Joya dans un rapport de Human Rights Watch, par exemple.
Pourquoi, alors, de telles réactions pour avoir énoncé des secrets de Polichinelle ?
Ce projet de recherche tente de répondre à cette question en mobilisant deux cadres théoriques et méthodologiques. D’abord, en partant des travaux féministes en études de sécurité sur la logique de protection masculiniste, il élargit et pluralise cette littérature afin de comprendre les logiques de protection multiples, consubstantielles et parfois contradictoires dans lesquelles ces figures sont situées (de genre, de race, de classe/caste, de sexualité, de capacités, de colonialité, etc.), mais aussi afin de fournir des outils permettant de penser la résistance à de telles logiques.
Ensuite, ce projet explore et étend les travaux foucaldiens sur la praxis de la parrêsia afin d’offrir une perspective féministe attentive à la distribution de la parole (et de l’écoute) selon les positionnalités sociales.
Retrouvez l’interview en anglais de Béatrice, réalisée lors de son arrivée au CERI.
Découvrez-en plus sur ses recherches via ses publications récentes :
- Châteauvert-Gagnon, B. (Summer 2024) “Speaking Risky Truth to Power in a Digital Age: #Metoo as Parrhesia,” Signs: Journal of Women in Culture and Society, Volume 49, no 4.
- Châteauvert-Gagnon, B. (2023) “Chelsea Manning, National Security, and the Cishetero/homonormative Logics of Protection,” Review of International Studies, Volume 1, no. 18.
- Châteauvert-Gagnon, B. (2022) “How Dare She?!”: Parrhesiastic Resistance and the Logics of Protection of/in International Security”, Security Dialogue, Volume 53, no 4.
- D’Aoust, A.-M. and B. Châteauvert-Gagnon (2022) “Feminist Perspectives on Foreign Policy,” Oxford Research Encyclopedia of International Studies.
(crédits : Alexis Lecomte / Sciences Po)
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