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29 janvier 2026

La reconnaissance du Somaliland par Israël comme indicateur d'une dynamique géopolitique entre la Corne de l'Afrique et le Golfe

Par Roland Marchal

Résumé

Le débat international suscité par la reconnaissance du Somaliland par Israël est paradoxal à plusieurs égards. Le Somaliland est la troisième entité dans la Corne de l’Afrique à revendiquer un statut d’État après l’Érythrée et le Sud-Soudan. Si les performances internes et régionales de ces jeunes États prêtent à réflexion, personne ne s’interroge sur les raisons d’une telle singularité de cette région du continent. De trop rares experts s’intéressent aux dynamiques politiques internes, et ne se contentent pas des images de carte postale dessinées par les nationalistes somalilandais et leurs sympathisants étrangers, comme si le fait d’avoir revendiqué cette reconnaissance depuis 35 ans légitimait légalement et politiquement le fait d’y accéder enfin.

Pourtant, si le Somaliland se présente comme un havre de paix, la réalité est surtout discordante. Il y a loin entre l’état d’esprit des populations en 1991 lorsque le Somaliland annonce sa séparation du reste de la Somalie, et les clivages multiples qui émergent dans les années 2000 – des tensions et des divisions qui tiennent à de multiples facteurs, internes et régionaux. Si la construction de la paix a relativement bien réussi, celle d’un État fonctionnel fondé sur les représentations claniques l’a été nettement moins dès lors qu’on quitte la capitale, Hargeysa. Deux raisons interrogent particulièrement : d’abord, le fait que le nationalisme somalilandais a peu à peu exclu les groupes minoritaires qui cherchent ailleurs, notamment à Mogadiscio, la possibilité de s’organiser et de s’administrer ; ensuite le fait d’avoir construit ce récit nationaliste sur une vision étriquée des rapports du Somaliland avec le reste de la Somalie depuis les années 1960 et pendant la guerre civile.

Le fait que ce soit Israël qui reconnaisse le Somaliland et que les Émirats Arabes Unis y aient beaucoup contribué explique pour une grande part les clivages régionaux qui sont immédiatement intervenus. Bien plus que l’adéquation du récit nationaliste somalilandais avec la réalité, ce sont les politiques de sécurité ou les ambitions de Tel-Aviv et d’Abou Dhabi qui justifient cette décision et structurent ainsi les oppositions régionales. Ces contradictions sont fortes car elles recoupent des positionnements sur d’autres conflits, au Soudan, au Yémen, en Libye, et d’une façon plus générale sur le devenir de la Péninsule arabique, alors que l’Iran est durablement affaibli.

Une fois de plus, les États occidentaux se taisent pour ne pas se fâcher avec les deux grandes puissances du Golfe et Israël, malgré un rappel très formel du droit international. Sans initiative forte de leur part, il est difficile d’augurer autre chose que l’intensification de conflits dans la Grande Corne de l’Afrique, dans lesquels les protagonistes armés ne seront pas toujours de simples proxies.

L'article complet en anglais est téléchargeable ici 

Légende de l'image de couverture : Port of Berbera, Somaliland (crédits : Abdulkadir Hirabe for Shutterstock)

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