Les batailles du dimanche

J-Y Boulin et Laurent Lesnard
PUF - Le Lien social
  • Photo Shlmown, Inside the marché provençal (CC BY-SA 2.0)Photo Shlmown, Inside the marché provençal (CC BY-SA 2.0)

Couverture - Les batailles du dimanche (PUF)Les batailles du dimanche :
L'extension du travail dominical et ses conséquences sociales
Jean-Yves Boulin (Irisso) et Laurent Lesnard (OSC)

PUF, collection Le Lien social, septembre 2017
267 p., ISBN 978-2-13-065179-6

L'ouvrage retrace l'histoire d'un jour de congé "pas comme les autres" qui rythme depuis la haute Antiquité égyptienne le calendrier. En 321 l'empereur Constantin consacre un jour de fête pour vénérer le soleil dans la semaine astrologique de 7 jours fraichement adoptée. Dès la fin du IVème siècle mais surtout vers l'an 800, la religion chrétienne impose le dimanche comme un jour de repos dédié au Seigneur alors que 175 jours par an sont consacrés à des fêtes païennes. Dès-lors et jusqu'à nos jours, les autorités, répondent à des pressions politiques, religieuses ou portées par des groupements ouvriers, associatifs et patronaux. Elles ne cessent d'édicter des règlements, parfois contradictoires ou innaplicables pour tenter de réguler les activités dominicales. Une préoccupation morale servira longtemps de fil conducteur : comment éloigner et contrôler les masses paysannes ou ouvrières qui risqueraient de sombrer dans l'alcool et les plaisirs ?

Les auteurs posent à travers le travail dominical une question "sociologique" qui fait encore aujourd'hui débat : on y distingue des différences notables entre les pays, les religions, les périodes historiques, les classes sociales et les activités (ouvrières, commerçantes)... avec des impacts directs sur la sociabilité ou la représentation du travail. Les activités dominicales sont porteuses de symboles (religiosité, légitimité du loisir, statut de la consommation, épanouissement familial). Le débat public s'en trouve très fourni, avec un vaste champ argumentatif, certains tenants d'une interdiction de travailler pouvant très bien changer de camp quelques années plus tard.

Les réglementations ont évolué sans cesse, en phase avec les changements économiques (révolution indutrielle, numérique), les luttes sociales (loi de 1906 et suiv.) ou de nouvelles aspirations, oscillant entre liberté individuelle et contrainte sociale. Nombreux ont été les exemptions et aménagements qu'il a fallu consentir.

Les auteurs utilisent les données de plusieurs enquêtes de l'INSEE sur le travail et les emplois du temps. Ils ont également mené un travail de terrain dans une ville moyenne. 

Ils insistent sur la dimension sociale de ce jour particulier car partagé, permettant de se "resynchroniser" avec les autres. Une sociabilité qui changerait de nature si les rencontres ne pouvaient plus se faire sur un jour commun.

Les auteurs ne manquent pas de souligner qu'à ce jour, les conséquences réelles d'un dimanche travaillé ne sont pas connues ni modélisées, au délà d'opinions par ailleurs très partagées sur le sujet. Toutefois, des données longitudinales disponibles aux USA et aux Pays-Bas montrent des risques de conflits familiaux plus importants avec des horaires de travail atypiques. Le travail du dimanche, capteur de temps libre pour le transformer en temps productif, est aussi porteur d'inégalités : entre ceux qui sont obligés de gagner leur vie par ce biais et ceux qui peuvent gérer leur emploi du temps...