Les tupamaros en Uruguay (1965-2010). De la guérilla à la politique légitime

Résumé : En Novembre 2009, le peuple uruguayen a élu comme Président le leader iconoclaste José Mujica, ex-guérillero du Mouvement de Libération Nationale-Tupamaros et otage du régime militaire pendant plus de dix ans (1973-1984). La victoire de celui qui est longtemps resté un électron libre du Front Ample (FA) est le fruit d'un long processus de rénovation programmatique et idéologique entrepris au lendemain de la dictature. Mouvement de guérilla urbain particulièrement actif dans les années 70, le MLN-Tupamaros a réussi sa mue politique sans pour autant perdre les principes de justice et de transformation sociale qui ont animé sa fondation. Le triomphe électoral d'un ex-mouvement guérillero demeure une consécration politique rare en Amérique Latine.

 

INTRODUCTION

 

 

 

A l'instar du Fond Sandiniste de Libération National au Nicaragua ou du Front Farabundo Marti de Libération Nationale au Salvador, le Mouvement de Libération Nationale-Tupamaros (MLN-T) en Uruguay est l'une des rares guérillas latino-américaines qui soit parvenue à conquérir le pouvoir de manière démocratique. En Argentine, les Montoneros ont fait l'objet d'une répression dès le retour de Perón au pouvoir en 1974. Au Chili, le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire a annoncé sa dissolution dès la fin des années 80. En Bolivie, l'Armée de Libération Nationale a été décapitée à la mort de son leader charismatique, Ernesto Che Guevara, en octobre 1967 ; tandis qu'ailleurs dans les Andes, d'autres mouvements insurrectionnels, comme le Sentier Lumineux du Pérou ou les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, se sont depuis longtemps dévoyés dans le trafic de drogue,  perdant toute crédibilité politique.

Fondé en février 1966, Le MLN-Tupamaros est contemporain de ces différents mouvements guérilleros. Comme eux, il a entrepris des actions violentes, tempérées néanmoins par la ruse et des stratégies de commandos soigneusement planifiées. Se refusant à faire couler le sang des populations civiles, le MLN-Tupamaros a surtout mené des actions de harcèlement des autorités qui visaient, entre autres, à dénoncer les scandales de corruption financière dans un pays qui a longtemps été considéré comme « la Suisse de l'Amérique du Sud ». Or, parce qu'ils ont entretenu, au tournant des années 60/70, un climat social conflictuel, d'aucuns ont accusé le MLN-Tupamaros d'avoir été le responsable du coup d'Etat militaire de juin 1973. Encore aujourd'hui, les leaders historiques de l'organisation toujours vivants -que l'on appelle affectueusement « les vieux »- se partagent entre culpabilité assumée ou rejetée. Toujours est-il qu'après plus de dix années d'une féroce répression (1973-1984), la résurrection de ce Mouvement de Libération Nationale a longtemps été incertaine -à bien des égards difficile- mais néanmoins féconde... Après s'être rallié au Front Ample en 1989, le MLN-Tupamaros a su s'imposer comme une force partisane prépondérante à gauche, et à même fini par gagner le cœur de la majorité de la population qui a élu, en novembre 2009, l'ex-Tupamaros débonnaire, José Mujica, à la tête du pays.

Comment une guérilla urbaine s'est-elle transformée en une force partisane légitime ? Par quels profonds travaux de refonte idéologique et programmatique, ce mouvement de rébellion armée a-t-il réussi à conquérir sa place sur l'échiquier politique uruguayen ? En d'autres termes, comment le MLN-Tupamaros est-il parvenu à forger sa respectabilité politique?

Des grandes marches des travailleurs de la canne à sucre du Nord du pays (les cañeros) aux petites marches du palais présidentiel de Montevideo, retraçons le long parcours du Mouvement de Libération National-Tupamaros, de sa genèse (1962) à la conquête du pouvoir (2010). Les années 60 et 70 correspondent respectivement à l'adolescence et à la jeunesse du mouvement. Durant toute cette période, que cela soit par l'action armée ou à travers la répression militaire, l'apprentissage de la politique pour le MLN-Tupamaros s'est fait dans et par la violence (I). En 1984, le retour à la démocratie ouvre une nouvelle période dans l'histoire uruguayenne. Après une régénération complexe, le MLN-Tupamaros s'est assagi. Suite à l'expérience traumatisante de la détention, certains « vieux » ont pris conscience qu'un pays ne pouvait se conquérir par les armes mais par les urnes. Sans que soit renié pour autant le passé révolutionnaire,  le recours à la force a été condamné et la violence  refoulée. En dépit des divisons internes que ce nouvel axe programmatique a générées, le MLN-Tupamaros a choisi d'assumer des positions plus pragmatiques. L'heure est à la maturité politique (II).

 

 

 

 

I) De la lutte armée à la répression sanglante (1962-1984): deux décennies d'apprentissage de la politique par la violence

 

Inspiré du nom du leader andin, Tupac Amaru -qui avait mené bataille contre les colons espagnols à la fin du XVIIIe siècle, le Mouvement de libération Tupamaros a d'abord exercé une guerre d'usure relativement pacifique et populaire (A), avant de basculer dans une étape plus violente et de perdre le soutien de la majorité de la population uruguayenne (B). Ce climat d'instabilité politique et sociale a été propice à la révolte des militaires qui renversent le pouvoir en juin 1973. La répression particulièrement brutale qui suit le coup d'Etat a eu raison du mouvement de guérilla. Le MLN-Tupamaros est démantelé et ses leaders contraints à l'exil ou emprisonné (C).

 

A) La jeunesse du mouvement ou l'étape « Robin Wood » (1962-1969)

 

Baptisé par un groupuscule d'étudiants de gauche, à partir de 1962, TNT pour « les Tupamaros Ne Transigent pas » , le Mouvement de Libération Nationale-Tupamaros est officiellement créé en 1966. La figure majeure du mouvement guérillero à l'époque est Raúl Sendic. Alors âgé de trente cinq ans, cet étudiant en fin de carrière juridique renonce à devenir avocat juste avant d'en obtenir le diplôme, pour se lancer dans le militantisme syndical. Pétri de théories « anarcho-marxistes » et moulu dans l'anti-impérialisme primaire, Raúl Sendic entend propager les idéaux révolutionnaires en  Uruguay en commençant par politiser et organiser la résistance des ouvriers agricoles du nord du pays, les fameux cañeros qui travaillent dans la production sucrière.

L'attention portée à la situation précaire de ces quelques centaines d'ouvriers agricoles sur les dizaines de milliers que comptent le pays pourrait paraître saugrenue. Elle n'en est rien si on la regarde sous un angle aussi bien idéologique que stratégique.  L'objectif affiché de Raúl Sendic et des premiers partisans du mouvement est d'établir autour des « ilots de prolétariat rural » un certain nombre de filiations, de ressemblances, de similitudes avec les conditions qui ont permis le succès de la révolution cubaine à la fin de l'année 1958, et au demeurant d'obtenir le soutien du jeune régime castriste. L'image des cañeros sert ainsi l'imagerie révolutionnaire de la future guérilla qui cherche, à travers eux, à apparenter l'Uruguay -cette « Suisse des Amériques » qui s'est toujours distinguée pour ses réformes sociales précoces et son imposante classe moyenne- à un pays tercermundista. Revendiquant les 40 heures par semaine et la mise en place d'une réforme agraire, les cañeros appuyés par Sendic et ses acolytes organisent, entre 1962 et 1971, 5 grandes marches de 600 km chacune entre Artigas à l'extrême Nord du pays jusqu'à la capitale Montevideo.

Cette mobilisation de campesinos pobres suscite l'admiration et la politisation des étudiants de la capitale. Désabusés par la pratique politique conventionnelle et tout particulièrement, par le verrouillage électoral des deux partis traditionnels qui se partagent le pouvoir depuis plus d'un siècle, certains d'entre eux  rejoignent le mouvement. Au milieu des années 60, le MLN-T compte moins d'une centaine d'activistes.

Dès sa genèse, il s'agit déjà d'une organisation hétéroclite qui se caractérise en effet par la diversité politique de ses militants. On retrouve ainsi, au sein de ce mouvement composite, des socialistes, des communistes, des anarchistes, des prêtres influencés par la théorie de la libération, et même des membres progressistes du parti conservateur (partido blanco) dont la figure la plus emblématique est José Mujica, l'actuel Président du pays. Etant incapables de se forger une cohésion idéologique, les Tupamaros choisissent de se retrouver sous la bannière romantique de l'engagement armé. Comme le veulent les mots d'ordre de l'époque : « les paroles divisent mais l'action unit ».

Une relecture contemporaine des « vieux » à l'égard de leur engagement de jeunesse justifie les actes du passé, en privilégiant la thèse de l'autodéfense plutôt que la promotion par les armes d'un projet révolutionnaire. S'inscrivant dans leur assimilation « légaliste » actuelle, cette vision qui prétend que le MLN Tupamaros est née pour protéger le pays de la montée de l'autoritarisme d'extrême droite est manifestement fausse ou du moins exagérée. Le MLN-T a toujours arboré la lutte des classes comme le moteur de l'histoire, et la révolution comme l'étape nécessaire vers l'instauration d'une société idéale. Dans la clandestinité, l'organisation dispensait à ses membres des enseignements sur le maniement des armes, les techniques de plasticage et de fabrication d'explosifs -bien qu'ils ne furent que rarement utilisés-, les règles élémentaires de discrétion et d'espionnage, mais aussi des cours beaucoup plus théoriques d'histoire et d'économie imprégnés de marxisme.

Foncièrement raisonnée, réfléchie, planifiée, la lutte armée des Tupamaros s'apparente surtout à du harcèlement à l'égard des autorités politiques et des élites économiques. Le MLN-T réalise un certain nombre de coups d'éclats en s'attaquant aux banques, aux casinos, aux casernes de police, ou encore aux supermarchés. Dans ce dernier cas, le rapin est redistribué aux populations défavorisées des quartiers périphériques de Montevideo. Evitant la moindre effusion de sang, les actions des Tupamaros sont relativement bien perçues dans l'opinion qui se refuse, dans sa très grande majorité, à considérer ce mouvement révolutionnaire comme une « organisation terroriste ». Bien au contraire ; dans un contexte politique vicié par les mesures ultraconservatrices et autoritaires du gouvernent de Pacheco Areco (1967-1972), la mobilisation du MLN-T jouit même, sur la scène internationale, d'une visibilité et d'une image très positive -comme en témoigne une couverture du Times magazine de mai 1969 qui apparente les Tupamaros à des « Robin des bois » des temps modernes.

Néanmoins, avec le durcissement de la répression au tournant des années 60/70, le MLN-T bascule dans la violence et perd l'adhésion populaire qu'il avait su cultiver.

 

 

 

B) La radicalisation militariste (1970-1973)


 

De visite en Uruguay en août 1961, le célèbre ministre cubain de l'industrie, le commandant Che Guevara déclarait dans un discours prononcé à l'université de Montevideo : « l'emploi de la force est l'ultime recours des peuples ». Ainsi, la paix et l'harmonie sociales qui régnaient alors en Uruguay ne justifiaient pas, à ses yeux, d'expériences révolutionnaires radicales. C'est pourtant bien ce qui va s'organiser une dizaine d'années plus tard.

A la différence d'autres guérillas latino-américaines, le terrain d'actions du  MLN-T est essentiellement urbain. Conscients que le pays ne dispose pas de montagnes ou d'épaisses forêts à partir desquelles mener une activité guerrillera efficace ; les rebelles uruguayens acceptent l'idée qu'ils devront livrer un combat urbain, et en ce sens, faire preuve d'innovation en matière de lutte révolutionnaire. La campagne ne sera qu'un terrain auxiliaire d'appui, de planification et d'éventuel repli stratégique à une guérilla nécessairement citadine.

Le premier grand fiasco de l'organisation révolutionnaire a pourtant lieu dans une ville rurale. En hommage au second anniversaire de la mort de Che Guevara, le 8 octobre 1969, les Tupamaros s'emparent de Pando, une ville de quinze mille habitants proche de Montevideo. L'objectif est de vider les coffres-forts de ses banques. Cette action de siège (d'envergure) tourne à la bérézina : lors de la retraite une vingtaine de Tupamaros sont faits prisonniers -dont l'un des principaux leaders, Eleutorio Fernández Huidobro- et trois sont tués par la police. Dans un pays pacifique, cette attaque et ses répercussions font l'effet d'une commotion collective. Le soutien au mouvement ne faiblit pas pour autant.

C'est durant l'été 1970, à la suite de l'enlèvement et de l'assassinat de Dan Mitrione,  un espion nord-américain, que l'opinion publique uruguayenne change de point de vue à l'égard du MNL-Tupamaros. L'accroissement des enlèvements à l'encontre de personnels diplomatiques ou de chefs d'entreprise tend  finalement à desservir le MLN-T, que d'aucuns accusent d'alimenter une trop grande conflictivité sociale.

Face aux pressions nord-américaines consécutives à l'assassinat de leur agent, le gouvernement de Pacheco Areco renforce l'autoritarisme du régime : au musellement de la presse, à l'interdiction des partis de gauche, s'ajoutent la restriction des droits de circulation, le renforcement des effectifs militaire et l'organisation à grande échelle de la chasse aux Tupamaros.  L'escalade de la violence joue en défaveur des guérilleros qui ont perdu l'appui tacite de la population. Par peur d'éventuelles représailles, beaucoup dévoilent aux autorités des lieux de caches, donnent des noms, révèlent des plans ; bref, trahissent... Or, sous les coups de boutoir des forces armées - suite à l'évasion spectaculaire d'une centaine de prisonniers politiques de la prison de Punta Carretas, le 6 septembre 1971, l'usage de la torture se généralise à partir de 1972- et compte tenu de la méfiance grandissante de la population, l'organisation tupamara se fragilise, se fissure, se démantèle partiellement.

Toutefois,  les activistes qui sont alors environ 2000 ont bien fait preuve de « légalisme » en créant la colonne 70 et surtout le Mouvement des indépendants du 26 Mars (1971). Ces deux mouvements constituent les branches politiques du MLN-T. Incarnant la vision des leaders les plus modérés que sont Sendic, Huidobro, et Mujica,  le Mouvement du 26 Mars rassemble beaucoup d'étudiants, de professeurs et d'autres secteur de la classe moyenne, mais très peu d'ouvriers qui restent affiliés pour la plupart au Parti Communiste. Il ne s'agit en rien donc d'un mouvement de masse, mais plutôt d'un parti d'avant-garde que les militaires accusent d'être l'antichambre politique de la guérilla armée. C'est-à-dire, un moyen légal de recrutements et une réserve logistique du MLN-T. Cette confusion entre option politique et projet révolutionnaire précipite le déclin du MLN-T manifésté par la capture de son leader historique Raúl Sendic, le 1er septembre 1972.

Face au redoublement de la répression qui suit le vote au Congrès des lois d'exception en avril 1972, s'ouvrent des tentatives de coopération avec quelques gradés progressistes. Néanmoins, s'opposant à toute « tupamarisation » de l'armée, la hiérarchie militaire fait capoter ces négociations. Le pouvoir continue de réclamer la réédition sans condition des Tupamaros en liberté. Bien avant le coup d'Etat militaire de juin 1973, le MLN-T est déjà une guérilla moribonde : 1300 camarades ont été faits prisonniers et une quarantaine sont morts sous la torture. Beaucoup ont fui le pays...

 

 

 

C) Les années de plomb : la torture ou l'exil (1973-1984)

 

Une grande polémique continue d'opposer historiens, journalistes et « vieux » leaders du MLN-T : quelle est la responsabilité de la rébellion tupamara dans la justification du coup d'Etat piloté par l'armée, le 27 juin 1973 ?

Il est évident que dans un pays où la forte tradition démocratique n'avait été interrompue au XXe siècle qu'une seule fois -lors de la confiscation du pouvoir par le général Gabriel Terra en mars 1933-, l'insurrection armée des Tupamaros a pu être perçue comme relativement illégitime, tout particulièrement après sa radicalisation militariste. D'aucuns prétendent qu'à la différence d'autres pays latino-américains plus inégalitaires,  l'Uruguay ne présentait pas les conditions qui justifiaient le recours aux armes plutôt qu'à celui des urnes.. Néanmoins, rétorqueront les autres, il semble utile de replacer la rébellion tupamara dans le contexte politique et social mouvementé des années 60/70.

Sur le plan international, toutes les conditions sont réunies pour favoriser l'ébullition révolutionnaire. Le succès du soulèvement des barbudos de Cuba suscite l'admiration de la jeunesse uruguayenne. La crise des missiles qui s'en suit a fait peser sur le monde la terreur d'une apocalypse nucléaire et nourrit un sentiment anti-impérialiste primaire, ainsi qu'une certaine aversion pour le régime totalitaire soviétique. La France, modèle de civilisation et patrie des Lumières, s'est dévoyée dans deux guerres antilibérales en Indochine d'abord mais aussi et surtout en Algérie ensuite. Le discrédit profond dont elle est l'objet sera néanmoins balayé devant la révolte estudiantine de mai 68 qui se répercute aussi en terres uruguayennes.  En Amérique Latine, les pays voisins sont sous la coupe des militaires ; le Paraguay d'abord, mais surtout le Brésil depuis 1963, et l'Argentine de manière intermittente, ce qui ne contribue en rien à la stabilité politique du pays. Ailleurs dans les Andes, le commandant Che Guevara organise la révolte des paysans de Bolivie et appelle à l'engagement romantique sacrificiel. Le Chili d'Allende expérimente en outre une nouvelle voie vers le socialisme qui en fascine plus d'un.

Sur le plan interne aussi, les conditions furent propices à l'émergence d'un mouvement de contestation armée. En dépit d'une structure sociale plus égalitaire que dans le reste de l'Amérique Latine, existe en Uruguay un contingent important de prolétariat urbain et surtout rural (incarné par les cañeros). Or, selon les théories marxistes en vogue à l'époque, seule la lutte des classes peut appeler à transformer cette situation. Par ailleurs, la politique antisociale de Pacheco Areco, ainsi que le monopole politique des deux partis traditionnels (contesté à partir de février 1971) a résisté aux élections de 1972. Le Front Ample a obtenu 300 000 voix, soit 18 % des suffrages. C'est-à-dire insuffisamment pour prendre le pouvoir par la voie démocratique, mais toutefois assez pour fissurer le bipartisme officiel et constituer une troisième force partisane en puissance. La généralisation de la torture à partir de 1972 génère une escalade de violence et une radicalisation dans les deux camps, tempérée par les tentatives de conciliation de la fin de l'année 1972.

S'il est vrai que la mobilisation des Tupamaros a suscité un climat de grandes tensions sociales, il ne peut leur être imputé la totalité de la responsabilité de la sortie des militaires de leurs casernes. En effet, alors que la guérilla était mourante au premier semestre de 1973, ces derniers ont continué à exercé leur zèle sadique sur les syndicalistes, les socialistes, et autres communistes non-impliqués dans les opérations de soulèvement armé. Avec pas moins de 20 000 prisonniers politiques pour une population d'environ 3 millions d'habitants, l'Uruguay  de la dictature enregistre un triste record mondial. En outre, avec leurs acolytes chiliens, argentins et paraguayens, les militaires uruguayens s'associent au Plan Condor et participent activement à l'extra-territorialisation de la torture.

9 des dirigeants historiques du MLN-T, dont Mujica, Huidobro et Sendic, seront maintenus en « otage » jusqu'à la fin de la dictature. Leurs conditions de détentions sont inhumaines et humiliantes. Ils vivent reclus dans des culs de basses fosses et torturés pendant 13 ans. Leur santé physique et psychologique se dégrade lentement. L'un d'entre eux, Henry Engler, spécialiste aujourd'hui reconnu de la maladie d'Alzheimer installé en Suède, sombre même dans la folie, prétendant être l'incarnation du nouveau Messie.  La plupart des activistes de base prennent le chemin de l'exil. Ce chemin croisent celui des chiliens traqués par la dictature de Pinochet. Un millier d'entre eux transitent par Cuba, avant de rejoindre l'Europe et la Russie, via l'Algérie, la Tchécoslovaquie, et parfois même, à la suite d'un détour par l'Angola, alors en guerre de libération contre les forces militaires portugaises. La plupart des exilés de la dictature uruguayenne finissent par s'installer en France, au Pays-Bas, en Belgique et en Suède, où ils vont nouer des contacts avec les partis sociaux démocrates.

Après 13 années au pouvoir, les militaires décident de rentrer sagement dans les casernes -en ayant pris le soin toutefois de piloter la transition en douceur vers la démocratie. Suite à  l'effort de réorganisation semi-clandestin déployé par les femmes du MLN-T, le retour d'exil des militants, et plus encore,  la libération des « vieux » en mars 1985 ouvrent de nouvelles perspectives démocratiques pour l'ancien mouvement guérillero.

 

II) De la reconstruction à la conquête du pouvoir (1984-2010) : les années de maturité politique

 

Dans un contexte de retour à la vie démocratique marqué par le virage néolibéral de la décennie 80/90 et les désillusions postcommunistes liées à la chute du mur de Berlin, le travail de reconstruction et de régénération va être longtemps miné par des divisions internes (A). A force de persuasion, il finira néanmoins par être admis que la conquête du pouvoir passe par le respect des règles du jeu démocratique, la refonte programmatique et l'adhésion à la coalition de gauche, le Frente Amplio (B). Incarné par l'un de ces vieux leaders, José Mujica, le MLN-Tupamaros regagne le cœur des uruguayens qui élisent, en novembre 2009, ce « pépé » iconoclaste et facétieux à la tête de la République Orientale d'Uruguay (C).

 

A) Les divisions idéologiques post-dictatoriales (1984-1994)


 

Pendant une dizaine d'années, la reconstruction du MLN-T est incertaine car tiraillée de l'intérieur par deux tendances farouchement opposées : l'une réclame le rejet de la violence et l'adhésion aux valeurs démocratiques ; l'autre reste échaudée par les discours marxistes et continue de croire en la lutte des classes comme moteur de l'histoire.  Une troisième voie tente de concilier ces deux positions extrêmes, en se montrant à la fois pragmatique, sans pour autant renier totalement le passé révolutionnaire. C'est cette troisième position qui finira par s'imposer au milieu des années 90.

Raúl Sendic incarne la branche légaliste. Il a été, à bien des égards, le leader le plus politique et aussi le plus fervent partisan de la légalité républicaine de tout le MLN-T. Bien que le programme qu'il a soutenu est relativement radical -il réclame avec ferveur la réforme agraire, le non-paiement de la dette extérieure, la nationalisation des banques et  entend faire la demande aux pays développés d'offrir leurs excédents agricoles aux pays en développement-, il s'inscrit dans une optique de consécration politique tout à fait légitime. Outre l'abandon du recours aux armes, il est de ceux qui s'opposent même à la résurrection du MLN-T. En tant que mouvement de guérilla, ce dernier aurait trop trempé dans un passé violent qu'il convient aujourd'hui de refouler, pour entrer pleinement dans cette nouvelle étape de l'histoire uruguayenne inaugurée par le renouveau démocratique. Pour Sendic, il faut créer un « Grand Front » qui sache rassembler plus largement encore que le Front Ample. Dans son idéal, le « Grand Front » serait une coalition de partis, de groupuscules, voire d'individualités mus par un esprit de réformes et de progrès. Il entend ainsi construire une alliance durable avec les ailes progressistes des partis traditionnels qui ont toujours eu une position mouvante, instable, circonstancielle à l'égard du Front Ample, tout en se faisant l'allié des associations de petits et de moyens producteurs à l'intérieur du pays. Sendic reproche en effet au Front Ample (FA) d'être trop ancré à Montevideo et de ne pas avoir assez suscité l'adhésion de la population de l'intérieur qui, par tradition, porte ses voies aux candidats du parti blanco. Pour Sendic, il y a dans le monde rural uruguayen un vivier électoral insoupçonné à exploiter. Il s'agit désormais d'égayer la confiance de cette population, souvent précaire, qui n'attend qu'à être nourrie d'espoir et portée par les projets de réformes socio-économiques profonds.

A l'opposé de cette position grandfrontiste, se situe celle des prolétariens, partisans de la violence. Incarnée par Jorge Zabalza, cette tendance refuse de refouler le passé révolutionnaire et continue de croire que la démocratie est un paravent du capitalisme et des élites économiques. Sclérosé par un siècle et demi de concentration bipartisane, la démocratie s'est avérée incapable de défendre les intérêts impérieux des classes dominées qui avaient pourtant jeté leur dévolu dans la représentation électorale. En outre, cette seconde démocratie est perçue comme la fille malade de la dictature des militaires. A tout moment, les prolétariens craignent que les pères amnistiés reprennent le pouvoir, et que le peuple soit incapable d'y opposer de résistance. Selon eux, il faut donc reprendre les armes, et renouer avec la lutte des classes. Influencés par des théories sorties d'un pot pourri idéologique où se recoupent des doctrines anarchistes, nationalistes, tercermundistes et marxistes-léninistes, les partisans de Zabalza ne défendent pas de programme en particulier. Il s'agit avant tout d'abattre un système démocratique garni de contradictions. Il faut faire ainsi table rase du passé et bâtir ensuite une véritable société égalitaire, sans Dieu ni Maître -ce qui implique aussi qu'elle soit inféodée à un système soviétique que la Perestroïka de Gorbatchev a plongé dans la déliquescence.

A mi chemin entre les positions modérées des premiers et celles radicales des seconds, Fernández Huidobro et José Mujica s'emploient à forger une troisième voie marquée par la création du  Mouvement  de Participation Populaire (MPP), en décembre 1987. Cette organisation fédère des groupes d'extrême-gauche et entend, à la manière de l'ancien Mouvement du 26 Mars, intégrer le Front Large. Selon Mujica, le MPP a pour fin d'unifier des partis qui portent des projets politiques et sociaux très ambitieux sans pour autant perdre de vue « le chemin vers un socialisme national, multipartite,  démocratique et participatif ».

A la fin des années 80, il existe donc 3 mouvements issus de l'ancienne guérilla tupamara : une tendance progressiste, incarnée en la personne de Sendic, qui revendique la création d'un « Grand Front » -projet auquel se sont ralliés notamment les étudiants du Front de la Jeunesse ; une tendance révolutionnaire portée par Zabalza à travers la revitalisation  du MLN-T ; et enfin, une tendance conciliante revendiquée par Huidobro et Mujica autour du Mouvement de Participation Populaire. Or, au cours de la première moitié des années 90, une conjonction de facteurs va faire que c'est cette troisième voie qui va finir par s'imposer.

Tout d'abord, en avril 1989, la mort de Raúl Sendic marque un vide de pouvoir au sein de l'ancien mouvement guérillero et une cruelle absence de leadership au sein de la tendance grandfrontiste. Rapidement, celle-ci perd le soutien du Front de la jeunesse et périclite. Au grand désespoir de Sendic, le « Grand Front » n'aura jamais réussi à rassembler l'ensemble de la gauche uruguayenne. Liber Seregni, le leader du Front Ample, s'est toujours montré réticent à ce projet qu'il voyait comme une tentative politicienne concurrente plutôt que comme une véritable position fédératrice « ultra-englobante ».

Par ailleurs, les mesures néolibérales promues par le gouvernement  de Luis Alberto Lacalle (1990-1995) sont perçues, dans le camp de la gauche, comme une rupture du pacte social et un matraquage à bâtons rompus de l'Etat Providence bâti au début du XX° siècle par Batlle y Ordóñez. Cette situation politique est propice au discours insurrectionnel des partisans de Zabalza qui gagnent en popularité à l'époque. Appuyé militairement par la Lybie de Kadhafi et financé par des groupes terroristes tels que l'Euskadi Ta Akatusana (ETA) du Pays Basque ou encore le Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) péruvien, le MLN-T est en train de reprendre un virage militariste qui nuit grandement à son image, mais que nombre de leaders modérés ne parviennent pas à enrailler.

C'est en fait un événement tragique intervenu en août 1994 qui va changer la donne, et à la suite duquel, l'ancienne guérilla, décrédibilisée, va tâcher de recouvrer une respectabilité politique. Conscients que les valeurs de la société ont changé et que le recours à la violence n'est plus politiquement justifiable, Fernandez Huidobro et  José Mujica reprennent les rênes de l'organisation. Ils se positionnent désormais en faveur de la lutte démocratique et rompent définitivement avec leurs anciens alliés radicaux. Les partisans de Zabalza sont contraints de s'aligner sur la nouvelle ligne politique ou  évincés du mouvement, à l'image de leur leader qui quitte le MLN-T en 1995.

Après dix années d'une difficile reconstruction fragilisée par de profondes rivalités internes, le MLN-Tupamaros / MPP a réussi à reconquérir, sous la houlette des « vieux » modérés,  son intégrité politique et sociale. Dès lors, l'adhésion officielle au front de gauche dirigé par Tabaré Vázquez est une première étape vers l'accession au pouvoir.

 

B) La marche vers le pouvoir (1994-2009)


 

La chute du Mur de Berlin a eu raison des vieilles illusions communistes. Le mouvement social uruguayen sort laminé d'une dizaine d'années de néo-libéralisme. Dans ce contexte, le programme du FA a été revu à la baisse, et se veut plus « réaliste ». Le MLN-T suit ces évolutions. Il s'arrime au wagon progressiste impulsé par la gauche modérée qu'incarne un obscur militant, médecin de formation. En effet, désavoué par le parti socialiste après son soutien à la réforme constitutionnelle de 1996, Liber Seregni démissionne de la présidence du FA. Tabaré Vázquez lui succède. C'est le début de ce que nombre d'observateurs appellent : le vázquisme.

C'est aussi l'époque où se construit la  popularité d'un des « vieux » de la guérilla, un certain José Mujica, dit « Pepe ». L'homme parcourt le pays pour faire valoir le nouveau programme du MLN-T/MPP. Sa bonhomie naturelle, ses airs goguenards, son parler gaucho (associé à sa profession de maraîcher) font de lui un personnage antisystème, profondément populaire. Jouissant d'une médiatisation croissante, « Pepe » et ses acolytes décident de former, en septembre 1997, un nouveau courant à la gauche de la gauche, el « corriente de izquierda ». Cette nouvelle tendance est relativement bien implantée dans les campagnes à la différence du PS. Le leader socialiste répond à ce qu'il considère comme un affront des radicaux en démissionnant de la présidence du FA. La manœuvre de Tabaré Vázquez est mûrement réfléchie : elle vise à faire taire les divergences internes, en mettant sous pression les partis d'extrême gauche et en leur faisant admettre la nécessite d'un programme commun fédérateur et modéré. Convaincu qu'il s'agit là d'une condition sine qua none de la victoire électorale de la gauche, le MLN-T rompt en novembre 1998, avec le Corriente de izquierda qu'il a contribué à créer, à peine un an auparavant. Symboliquement, cette rupture est très forte. Elle implique la fin des velléités révolutionnaires du MLN et son adhésion au vázquisme. Cette union entre le MLN/MPP et le PS uruguayen est définitivement scellée lorsque Mujica et Huidobro acceptent d'être les conseillés de Tabaré Vázquez lors de la campagne présidentielle de 1999.

Le programme social porté au sein du FA par le MLN/MPP est  ambitieux : les « vieux » entendent notamment lutter contre la pauvreté par une augmentation de 30 % des salaires les plus bas qui sera financée  par l'impôt sur le revenu. Cette décision suscite l'opposition farouche des partis traditionnels qui y voient une mesure populiste, ainsi que celle du FMI qui ne manque pas d'avertir d'une fuite prévisible des capitaux, préjudiciable pour le pays.  Arrivée en tête au premier tour, la gauche perd au second. Néanmoins, sa victoire historique à Montevideo, fief traditionnel du parti colorado, au tout début des années 90, lui a déjà donné une première occasion de se confronter véritablement à la gestion politique. Durant son mandat de maire, Tabaré Vázquez a été amené à conduire une politique sociale certes, mais réaliste avant tout. Pour les élections présidentielles à venir, le programme du FA glissera de l'idéalisme au pragmatisme.

La crise économique qui frappe l'Uruguay en juillet 2002 vient renforcer la côte électorale du  FA. Outre la faillite en chaine des banques et la dévaluation du peso de l'ordre de 30 %, ce qui affecte le plus la population c'est l'augmentation brutale du chômage qui atteint alors 20 % et qui s'accompagne d'un appauvrissement généralisé.

Dans ce contexte économique et social difficile, les leaders du MLN-T se mobilisent. José Mujica appuie les agriculteurs touchés de plein fouet par la crise, en créant des « tables rondes de coordination » ; tandis que son collègue d'infortune sous la dictature, Fernandez Huidobro, prend en charge une tâche plus délicate encore : la collaboration avec les forces armées. Contestant la remise en cause de la ley de caducidad, Fernandez Huidobro soutient ses propres tortionnaires et se met à dos l'ensemble de la classe politique. Néanmoins, il obtient en contrepartie, de la hiérarchie militaire, ce qu'il voulait : la garantie de non-intervention dans le cas d'une victoire de plus en plus probable de la gauche aux Présidentielles d'octobre 2004.

Effectivement, avec 52 % des suffrages dès le premier tour, la victoire du FA est sans appel.  Favorable à l'embellie économique, l'augmentation continue des cours internationaux des matières premières agricoles entre 2005 et 2008 a permis le financement de programmes sociaux ambitieux. Ainsi, le plan national de réponses à l'urgence sociale (PANES) entend lutter contre la pauvreté et le travail informel par une fixation du salaire minimum à 200 dollars par mois contre 70 auparavant. De son côté le plan Ceibal a pour fin d'offrir un accès universel et gratuit aux nouvelles technologies de l'information et de la communication.

Fort de sa popularité dans les campagnes, Mujica est nommé ministre de l'agriculture et de la Pêche. L'ancien Tupamaros, ex-otage de la dictature, prend son mandat particulièrement à cœur et commence par s'attaquer à la concentration foncière. Critiquant notamment le phénomène grandissant d' « extranjerización de la tierra » , il fait interdire la possibilité aux sociétés anonymes d'être propriétaires de terres. Bien qu'elle soit peu efficace pour enrayer l'accaparation des terres par quelques gros producteurs au détriment des ouvriers agricoles (les fameux « peones »),  cette loi a permis néanmoins de lutter contre le blanchiment de l'argent sale colombien. Par ailleurs, à travers le Fonds Raul Sendic financé grâce aux dons des anciens Tupamaros investis en politique, Mujica a créé un système de microcrédit solidaire, facilitant l'achat de tracteurs collectifs et la mise en commun des moyens de production. En revanche, compte tenu de la propre opposition des ouvriers agricoles, il n'a pas réussi à faire adopter la loi limitant à 8 heures le temps de travail dans les campagnes.

Après avoir renoncé à la lutte révolutionnaire, avoir intégré le jeu partisan au sein du Front Ample et s'être, par la même, rapproché des arcanes du pouvoir, les militants du MLN-MPP aspirent désormais à voir leurs leaders briguer la Présidence de la République Orientale d'Uruguay. Fort de sa popularité, Pepe Mujica devient presque naturellement le candidat officiel du MLN-MPP aux Présidentielles d'octobre 2009.

 

C) Pepe Presidente !


 

En février 2008, suite à un remaniement ministériel, José Mujica laisse son poste de ministre de l'Agriculture et de la Pêche, qu'il a occupé pendant quatre ans, à un « vieux » Tupamaros. L'ancien député et sénateur est désormais politiquement libre. Entre la préparation des sillons et le ramassage des légumes de son exploitation maraîchère, il parcourt le pays pour expliquer et valoriser le programme du Front Ample. Beaucoup aimeraient alors le voir se porter candidat à l'élection présidentielle.

Toutefois, comme à son habitude, José Mujica cultive l'incertitude en menant une campagne négative et en laisse librement gloser ses adversaires sur son manque de charisme présidentiel. Comme il le déclare lui-même, avec beaucoup d'autodérision et une certaine ironie mordante: « j'ai un aspect minable, j'ai l'air d'un marchand des quatre saisons, je suis vieux et fatigué, et je n'ai même pas de formation universitaire. » Son franc parlé et la grande cohérence entre son mode de vie et le discours qu'il porte à l'égard des plus déshérités font pourtant de lui un homme politique antisystème très populaire. A gauche, ces rivaux craignent d'ailleurs que, sous ses airs de petit vieux malicieux, ne se cache en fait les traits d'un caudillo populiste comme l'Histoire uruguayenne et latino-américaine en a enfanté de nombreux. En outre, beaucoup continuent de regretter son dédain affiché pour les mondanités. On lui reproche ainsi énormément de ne pas avoir l'attitude,  ni la prestance d'un candidat présidentiel « présentable », notamment sur la scène internationale.

Or, indifférent à ces critiques,  José Mujica continue de courir le pays et entreprend même, à partir de juillet 2008 une tournée régionale où il rencontre plusieurs Présidents latino-américains dont le couple Kircher, Lula, Lugo ou encore Chavez. En réalité, insidieusement, sans se porter jamais officiellement candidat, Mujica bâtit son image de présidentiable.  Selon le politiste uruguayen, Adolfo Garcé, cette stratégie de campagne négative, à travers laquelle l'ex-Tupamaro laisse peser le doute et pleuvoir les critiques sur sa candidature, tout en construisant son réseau d'influence dans le pays, s'inscrit dans la longue tradition du MLN-T. Cette dernière consiste à ne donner que peu d'importance aux paroles, pour privilégier plutôt la portée symbolique des actes.

En l'occurrence, à la suite de la fondation de l'Espace 609, mouvement de rassemblement pluriel d'inspiration « grandfrontiste » chère à   Raúl Sendic, Pepe Mujica pose, en mai 2009, sa démission symbolique du MPP. Il s'agit désormais de montrer qu'il n'est pas le candidat de l'aile radicale du Front Ample, mais au contraire un des candidats de rassemblement de la gauche uruguayenne. Un mois plus tard, le 29 juin 2009, avec 52 % des voix contre 40 % pour son rival direct, l'ancien ministre de l'économie de Tabaré Vázquez, Danilo Astori, il remporte haut la main les primaires du Front Ample. Il est dès lors officiellement le candidat d'une gauche unie, démocratique et pluraliste, en lice pour les Présidentielles d'octobre.

Son programme entend poursuivre la politique sociale menée jusqu'alors en  accordant plus de fonds encore au secteur éducatif. Il réclame notamment « l'université pour tous » et entend bâtir, par ailleurs, une société doté d'une puissante classe moyenne sur le modèle de la Suède, de la Finlande ou encore de la Nouvelle Zélande qu'il admire. Cette volonté de recouvrer la tradition uruguayenne d'Etat Providence mis à mal dans les années 90 doit passer nécessairement par une réforme profonde de l'Etat, et notamment par un allégement de la bureaucratie.  Attaqué par la droite sur la question de l'insécurité et de la mauvaise gestion carcérale du gouvernent Vázquez, Mujica a promis, s'il était élu, de remédier à ces problèmes en recherchant l'appui de toutes les forces partisanes du pays.

Grâce à son passé révolutionnaire, son charisme paradoxal, sa simplicité naturelle, sa capacité de rassemblement et son programme modéré, l'ex-otage de la dictature, paysan de profession et homme politique par conviction, s'est construit une popularité sans égale. Avec 52,4 % des suffrages au second tour, José Mujica dit « Pepe » a remporté les élections présidentielles de novembre 2009 face au candidat du Parti National, l'ancien Président Luis Alberto Lacalle (1990-1995).

 

CONCLUSION


De la lutte armée à l'affrontement électoral, des geôles de la dictature aux cabinets des ministères, des grandes marches des cañeros, aux petits marches du palais présidentiel, la conquête du pouvoir par les Tupamaros est une histoire dans l'Histoire, un conte poignant fait de douleurs et de joies, fait de déchirures et de passions tumultueuses. Comme l'écrit Alain Labrousse à la fin de son ouvrage, « Le Tupamarisme est bien autre chose qu'un phénomène politique, mais une épopée humaine et culturelle ».

En conclusion, il apparaît intéressant de faire remarquer que la trajectoire alambiquée du MLN-T a finalement peu ou prou suivi les mutations idéologiques, programmatiques, et stratégiques de la gauche uruguayenne. Les politistes Adolfo Garcé et Jaime Yaffé distinguent ainsi trois étapes clefs dans ce processus de transformations.

La première période court de 1971, date de création du Front Ample jusqu' à la fin de la dictature, en 1984. Elle correspond à l'étape dite du « Frentismo ». A partir d'une coalition de partis ou de micro-formations de gauche,  l'objectif du Front Ample est de constituer  une troisième force partisane capable de disputer aux deux partis traditionnels, le Parti National et le Parti Colorado, le monopole de la vie politique uruguayenne. Bien que la fondation de cette grande coalition réponde à un rejet de l'utilisation de la violence promue par le MLN -et se veut en ce sens légaliste-, l'idéologie cultivée n'en reste pas moins anti-impérialiste, anti-oligarchique et révolutionnaire. Face aux apories du marché et à la déliquescence d'une démocratie considérée comme « bourgeoise », les Frenteamplistas militent pour la mise en place d'un socialisme réel et national ; c'est-à-dire, bâti loin du giron cubain ou soviétique. La montée de l'autoritarisme tendra néanmoins à radicaliser ces positions et rendra plus acceptable le recours à la dissidence violente face au terrorisme d'Etat.

La seconde période qui s'ouvre avec le retour à la démocratie et s'achève avec la fondation de l'Encuentro Progressista, en 1994, correspond à une étape de transition vers la  modération idéologique et programmatique. La crise manifeste de l'Etat Providence, l'effondrement du modèle communiste et le triomphe des idées libérales génèrent d'intenses débats au sein de la gauche, voire même des scissions (comme en témoigne la création de l'éphémère Nouvel Espace en 1989) ou des ralliements insoupçonnés (à l'instar de celui du MLN-Tupamaros au tournant des années 90). Marquée par la conquête de la mairie de Montevideo, première victoire électorale d'envergure du Front Ample, cette période inaugure la confrontation avec le pouvoir et sa difficile gestion. Pour la gauche, il ne s'agit plus dès lors simplement de critiquer, sinon avant tout de proposer et d'agir. Bientôt le pragmatisme et le réalisme politique l'emporte sur les utopies socialistes. Ce bagage intellectuel, cet héritage culturel et affectif que personne ne voudrait pour autant renier, est aujourd'hui moins valorisé que la maturité politique. Désormais, avant l'idéalisme, prévaut le « progresismo ».

Cette dernière étape correspond à la conquête et à l'expérience du pouvoir. A l'image de José Mujica ou de Fernandez Huidobro pour le MLN-T, Tabaré Vázquez travaille à consolider l'unité du Front Ample tout en nouant des alliances avec les ailes progressistes des partis traditionnels. Ces efforts visant aux renforcements et à l'extension de la plateforme électorale de la « grande coalition » s'accompagne d'une rénovation profonde de son programme. Cette « actualisation idéologique » tend à glisser vers le centre. Capitalisant sur les mécontentements populaires liés aux dérégulations et aux réformes structurelles des années 90, la nouvelle gauche uruguayenne promet de lutter contre les affres du néolibéralisme et de replacer l'Etat dans une position de régulateur. C'est ainsi sur un modèle de social-démocratie européenne que Tabaré Vázquez est élu à la tête du pays, en Octobre 2004. Son slogan de campagne résume à lui seul le processus de modération politique entamé par la gauche uruguayenne au sortir de la dictature: « Un gouvernement de changement : une transition responsable ».

En dépit de tensions politiques liées notamment au refus de valider la loi sanctionnant la dépénalisation de l'avortement (décembre 2008), la popularité du Président Vázquez dépassait, à la fin de son mandat, les 80 %. C'est-à-dire, un chiffre bien supérieur au pourcentage de la population qui se réclame de la gauche traditionnelle. Cette capacité de rassemblement au delà des clivages partisans est une preuve supplémentaire du succès de la rénovation idéologique de la gauche uruguayenne.

 

BIBLIOGRAPHIE


 

Ouvrages et articles sur le système partisan uruguayen :

- Collectif, Encrucijada 2009 : Gobiernos, actores y políticas en el Uruguay 2007-2008, Editorial Fin de Siglo, Montevideo, 2008.

- ALCANTARA SAEZ  Manuel et FREIDENBERG Flavia (sous la direction de), Partidos Políticos de América Latina: Cono Sur, Ediciones Universidad de Salamanca, Salamanca, 2001.

-  BARREIRO Julio, El sistema de partidos políticos en Uruguay, Institut de Ciènces Polítiques i Socials, Barcelona, 1993.

 

Ouvrages sur les mutations de la gauche uruguayenne :

-  Collectif : L'Uruguay gouverné à gauche, Problèmes d'Amérique Latine n° 74, Automne 2009.

-  MOREIRA Constanza, Final del Juego: del bipartidismo al triunfo de la izquierda en Uruguay, Ediciones Trilce, Montevideo, 2004.

-  MOREIRA Constanza, Entre la protesta y el compromiso: la izquierda en el gobierno, Ediciones Trilce, Montevideo, 2009.

- GARCE Adolfo & YAFFE Jaime, La izquierda Uruguaya (1971-2004): ideología, estrategia y programa, in America Latina Hoy n°44, Ediciones Universidad de Salamanca, Salamanca, 2006.

-  YAFFE Jaime, Al centro y a dentro: la renovación de la izquierda y el triunfo del Frente Amplio en Uruguay, Linadri y Riso, Montevideo 2005.


Ouvrages sur les transformations du mouvement tupamaro :

- GARCE Adolfo, Donde hubo fuego: el proceso de adaptación del MNL-Tupamaros a la legalidad y a la competencia electoral (1985-2004), Editorial Fin De Siglo, Montevideo, 2006.

-  LABROUSSE Alain, Les Tupamaros : des armes aux urnes, Editions du Rocher, Monaco, 2009.

 

 

Ouvrage sur le système électoral et constitutionnel uruguayen :

-  PISANI Carlos, Sistema político-electoral del Uruguay -siglo XXI-, Arca, Montevideo, 2004.

 

 

Ouvrage de réflexion générale sur la gestion politique en Uruguay :

-  BAYCE Rafael, 5 tareas de Hercules: Para gobernar en el siglo XXI, Uruguay como ejemplo, Ediciones Trilce, Montevideo, 2005.

-  CAETANO Gerardo (sous la direction de), 20 años de democracia, Uruguay 1985-2005: Miradas múltiples, Ediciones Santillana, Montevideo,2005.

-  RICO Alvaro, Como nos domina la clase gobernante: Orden político y obediencia social en la democracia posdictadura, Uruguay 1985-2005, Ediciones Trilce, Montevideo, 2005.

 

 


« Los Tupamaros no transan ».

Fondés  en 1836, le parti libéral ou « colorado » et le parti conservateur ou « blanco » ont monopolisé la vie politique uruguayenne jusqu'à la fondation du Front Ample en 1971, et plus exactement jusqu'à l'ascension au pouvoir de ce dernier en 2004. Le parti « colorado » défend les intérêts de la bourgeoisie marchande de la capitale, tandis que le parti « blanco » défend ceux des grands propriétaires terriens de l'intérieur du pays.  Au même titre que les partis démocrates et républicains nord-américains, ils seraient les plus vieux partis politiques du monde.

Il est vrai qu'à l'intérieur du pays, des groupuscules étudiants d'inspiration fasciste sèment la terreur dans la capitale, en s'attaquant aux syndicalistes, aux juifs et aux étudiants communistes. Che Guevara lui-même est victime d'un attentat manqué lors d'une visite à Montevideo en 1961. En outre, sur le plan régional, les coups d'Etat militaires perpétrés par la junte au Brésil (1963) et par le général Barrientos en Bolivie ajoutent au climat de tensions et à la grande conflictivité sociale.

Il ne s'agit pas des premiers révolutionnaires tombés pour la cause. Le baptême du feu se fait en réalité le 22 décembre 1966 avec l'assassinat de l'étudiant Carlos Flores.  C'est à cette occasion d'ailleurs que le MNL-Tupamaros sort de l'ombre et se fait connaître de l'opinion publique.

Agent du FBI, Dan Mitrione a été accusé de coordonner la répression des Tupamaros et d'avoir encouragé la police uruguayenne à violer les « règles d'honneur de la guerre » par le recours à la torture des prisonniers. De fait, il n'était pas un simple espion mais un formateur militaire, expert dans le maniement des « techniques antisubversives ».

Entre 1970 et 1973, une quinzaine d'enlèvement sont organisés par le MNL-Tupamaros. En échange de la libération des otages, les guérilleros réclament celle de la centaine de prisonniers politiques enfermés à Punta Carretas, ainsi que leur amnistie, ou du moins la suspension des brutalités à leur encontre.

Proches des arcanes du pouvoir, des milices paramilitaires, les escadrons de la mort, agissent en sous main pour mener des actions de répression à l'encontre de la population.

Un plan d'envergure, appelé plan Tatou, a été  défait par les militaires à la suite d'une dénonciation. Il s'agissait de construire des dizaines de kilomètres des galeries dans les départements ruraux, afin de reproduire, devant l'insuccès manifeste de la guérilla urbaine, les conditions favorables à la mise en application des théories insurrectionnelles foquistes (vantées par Che Guevara et Regis Debray), et par là même, s'inscrire dans une symbolique révolutionnaire 'très latino-américaine'.

Le Mouvement du 26 Mars s'est rapidement rallié au Front Ample, créé en février 1971, par l'ancien général progressiste, Liber Seregni.

Beaucoup de militaires se montraient très critiques à l'égard des malversations financières qui éclaboussaient le pouvoir politique et l'élite économique. D'un certain côté, ils rejoignaient la combat des Tupamaros sur le terrain de la dénonciation de la corruption.

Entre février et mars 1967, le MNL-Tupamaros reçoit des cubains la proposition de se joindre à la rébellion guevariste. Raul Sendic laisse à chacun le libre choix de son engagement. Un seul Tupamaros partira se battre aux côtés du Che. Il en est fait mention dans le film de Ricardo Dindo intitulé : Ernesto Che Guevara, le journal de Bolivie, Arte Video, 92 minutes, 1994.

Lors de ses élections particulièrement contestées est élu le candidat colorado, Juan María Bordaberry, proche des militaires, alors que le candidat progressiste du Parti blanco, Wilson Ferreira Aldunate a obtenu plus de voix que lui, mais à l'intérieur d'un parti globalement minoritaire. En effet, jusqu'à la refonte constitutionnelle de 1997, prévalait en Uruguay la fameuse « Ley des Lemas » qui rendait possible la multiplication des candidatures par parti. En l'absence d'un second tour, le candidat ayant obtenu le maximum de voix dans le parti globalement majoritaire était élu Président de la République.

Le propre Leader du FA, Liber Seregni, est fait prisonnier et torturé pendant une dizaine d'année.

Un documentaire sortie en salle en Uruguay en novembre 2008 et réalisé par Adlo Garay et Jose Pedro Charlo,  lui a été consacré. Il s'intitule : El círculo. ( http://www.elpais.com.uy/08/09/20/pespec_370856.asp)

Le Pacte du Club Naval signé en août 1984 avec les leaders des partis politiques prévoit l'organisation des élections générales d'octobre,  sous un certain nombre de conditions. La candidature du leader progressiste Wilson Ferreira Aldunate est notamment proscrite, tandis que sont discutées les lois d'amnistie pour les militaires autant que pour les anciens Tupamaros.

Enfermées à la prison de Punta de Rieles, les activistes féminines du mouvement sont libérées progressivement à partir de 1982.

Comme les surnomme Alain Labrousse, dans Les Tupamaros : des armes aux urnes, Editions du Rocher, Monaco, 2009, chapitre V, p 246.

En décembre 1986 est votée au Congrès, au non de la réconciliation nationale,  la loi de Caducité qui offre l'amnistie à tous les militaires impliqués dans des exactions commises durant la dictature. Grand combat de toute la gauche uruguayenne, la loi est soumise à un référendum populaire en avril 1989, qui vient conforter l'attitude anti-punitive du Parlement. En octobre 2009, le jour des élections présidentielles,  un nouveau référendum est organisé pour réclamer la fin des amnisties. Là encore, la gauche essuie un échec. Le peuple uruguayen n'est (semble-t-il), pas encore prêt à rouvrir, par des procès qui s'annoncent longs et éprouvants,  les cicatrices du passé.

Propos rapportés par Alain Labrousse, dans Les Tupamaros : des armes aux urnes, Editions du Rocher, Monaco, 2009, chapitre V, p 256.

Ainsi, le 10 août 1994 une grève de la faim est organisée par une poignée d'activistes de l'ETA installés depuis quelques années en Uruguay et dont l'Espagne réclame l'extradition immédiate. Au bout d'une dizaine de jours, les 9 acolytes sont hospitalisés à l'Hôpital du Filte. Haranguée par la branche radicale du MLN-Tuparmaros, une foule de plusieurs milliers de personnes battent le pavé pour que l'Etat Uruguayen leur reconnaisse l'asile politique. Les échauffourées qui éclatent avec la police font deux morts du côté des manifestants et des dizaines de blessés de part et d'autre. Le bilan politique est très lourd. Le MLN et la gauche en général sont accusés d'extrémisme tandis que le gouvernement de Lacalle est critiqué pour sa féroce répression. En octobre 1994, le Parti Blanco ainsi que le Frente Amplio perdent les élections. Le Parti Colorado mené par Julio María Sanguinetti l'emporte avec 32,3 % des suffrages.

Selon  les cadres de l'organisation, les assauts de banques perpétrés dans les années 90 n'auraient été organisés que  par d'anciens Tupamaros ayant versé dans le banditisme.

Bien qu'elle rognait sur les prérogatives électorales favorables aux partis traditionnels (par la suppression  notamment  de  la Ley de Lemas ou la possibilité de présenter plusieurs candidats pour un même parti, et par l'introduction d'un second tour aux élections), la gauche était majoritairement opposée à cette refonte constitutionnelle qui fut approuvée, de justesse, par référendum populaire en 1995. Ces détracteurs critiquaient le renforcement du présidentialisme et l'éventualité pour les partis Blanco et Colorado, de s'allier au second tour, enfin d'empêcher le FA d'accéder au pouvoir. En l'occurrence, c'est exactement ce qui se passa lors des élections de 1999.

Le FA obtient  38,2 % des voix au premier tour, et 40 % des sièges au Congrès. Le nouveau président élu, Jorge Batlle (Parti colorado), est contraint d'établir un gouvernement de coalition.

Entre 1999 et 2003, la  population uruguayenne vivant sous le seuil de pauvreté a doublé. Elle représentait 15 % en 1999 et 30 % en 2003.

Pour briser les inégalités socioéconomiques, le gouvernement socialiste a généralisé l'accès internet à toutes les écoles du pays et a offert à chacun des 300 000 jeunes élèves du pays,  un ordinateur portable d'une durée de vie de trois ans et d'une valeur de 100 dollars pièce. Cf : http://www.ceibal.edu.uy

Selon le mensuel, Mundo rural urugayo (n°1), Colonia de Sacramento, Novembre 2008, « 35 % des terres cultivées en Uruguay sont aux mains d'agriculteurs argentins ».

Sans qu'il soit facile d'en mesurer la portée, on sait que les narcotrafiquants colombiens avaient coutume de réinvestir l'argent de la drogue dans des activités agricoles en Uruguay.

Certains ex-Tupamaros continuent, aujourd'hui encore, de critiquer l'ouverture conciliatrice des réformateurs, et regrettent que le MLN-Tupamaros ait définitivement perdu, à leurs yeux, son identité historique en ayant rejeté définitivement l'horizon insurrectionnel. En fait, bien qu'atrophié, le courant des « prolétariens » existe toujours au sein du MLN-T.

Propos rapportés par Alain Labrousse, dans Les Tupamaros : des armes aux urnes, Editions du Rocher, Monaco, 2009, chapitre VII, p 398.

Il ne porte jamais de costume. Et, l'essentiel du temps, il se déplace à bicyclette ou à mobylette, comme beaucoup de travailleur pauvres.

Avec 8500 prisonniers pour à peine plus de 6000 places, l'Uruguay est confronté à un problème de surpopulation carcérale particulièrement préoccupant. L'ONU a d'ailleurs condamné, dans un rapport récent (rapport Manfred Nowak sur la torture dans le monde) les traitements inhumains infligés aux détenus dans les prisons uruguayennes.

Alain Labrousse, Les Tupamaros : des armes aux urnes, Editions du Rocher, Monaco, 2009, Conclusion, p.418

Cf Article de la República intitulé: " Tabaré Vázquez cierra su mandato con récord histórico de apoyo popular: 80 %" ( http://www.larepublica.com.uy/politica/394063-tabare-vazquez-cierra-su-mandato-con-record-historico-de-apoyo-popular-80.)