Le capital logement contribue-t-il aux inégalités?

Working paper n°25
  • DRDR

Le capital logement contribue-t-il aux inégalités ? Retour sur Le capital au XXIe siècle de Thomas Piketty

Par Odran Bonnet, Pierre-Henri Bono, Guillaume Chapelle et Étienne Wasmer, Département d’économie de Sciences Po et LIEPP

Lire le texte intégral et la version anglaise ici.

Ce texte a été cité dans la presse à plusieurs reprises, notamment sur le site du New York Timesdu journal Les Echos, et sur le site du journal La Tribune

 

Résumé—Dans son ouvrage, Le capital au XXIe siècle, Thomas Piketty souligne les risques d’une explosion des inégalités de patrimoine, car le capital augmenterait plus vite que le revenu dans plusieurs pays, dont la France. Nous reviendrions ainsi au niveau des inégalités du début du XXe siècle. Dans cette note, nous montrons que cette conclusion n’est pas plausible. D’abord, elle repose sur la hausse d’une seule des composantes du capital : le capital logement. Le capital dit "productif", hors immobilier, n’a que légèrement augmenté dans les dernières décennies, et sur le long terme, n’est pas en hausse tendancielle. Ensuite, si la valeur du capital immobilier mesurée dans les comptabilités nationales a augmenté sur cette période, c’est en raison de la hausse des prix de l’immobilier, qui ont crû beaucoup plus vite que les loyers et que les revenus depuis 2000. Or, les prix de l’immobilier ne sont pas nécessaire- ment corrélés aux revenus du capital logement. Ce sont au contraire les loyers qui le sont, et donc qui importent pour la dynamique des inégalités : ils représentent à la fois les revenus du capital des propriétaires-bailleurs et les dépenses économisées des propriétaires-occupants. Pour qualifier la hausse des inégalités de patrimoine, il faut donc mesurer le capital immobilier à partir des loyers - la valeur d’un logement est une somme de ses loyers actualisés - et non à partir des prix d’acquisition et de cession des biens immobiliers. Notre conclusion est alors que sur les dernières décennies, le ratio capital sur revenu, correctement évalué, est resté stable en France, en Grande- Bretagne, aux États-Unis et au Canada, ce qui contredit donc assez nettement la thèse de l’auteur. Cela ne signifie pas que les prix de l’immobilier n’ont aucun impact sur les inégalités : la valeur des logements ayant augmenté, les propriétaires détiennent une réserve de valeur plus im- portante, mobilisable en cas de perte majeure de revenus ; il est par ailleurs devenu plus difficile pour une personne sans capital de départ d’accéder à la propriété. Cependant, les revenus immobiliers des propriétaires ne se sont pas accrus pour autant, et il est donc difficile de maintenir la thèse d’une dynamique divergente d’accumulation du capital à partir de ces tendances.