Violences en France : un problème de santé publique ?

Évaluation à quinze ans des mesures quantitatives et de la mesure politique donnée à la question des violences interpersonnelles

Projet lauréat du concours libre du LIEPP pour 2014. Travaux en cours.

Equipe de recherche: Catherine Cavalin (Centre d'études européenes, équipe ERC SILICOSIS)

Depuis une quinzaine d’années, la France s’est engagée, en même temps que de nombreux autres pays européens, dans la définition et la mesure quantitative des violences interpersonnelles « en population générale », et en particulier dans la mesure statistique des relations entre ces violences et l’état de santé des personnes qui en sont victimes. Parallèlement, des décisions de politique publique sont aussi affichées comme se saisissant des violences comme d’un problème de santé publique. Comme une évidence indiscutée, les violences seraient-elles donc devenues du ressort de la santé publique ? Seraient-elles sorties du domaine traditionnel de la sécurité garantie par les pouvoirs publics ? Au même moment, la vivacité du débat sur les questions sécuritaires et le développement considérable d’instruments statistiques mesurant la « victimation » (au sens étroit des « enquêtes de victimation ») semble indiquer le contraire. En outre, cette sanitarisation d’une politique sociale qui nourrit encore davantage une immixtion (généralisée ?) de la santé dans les politiques publiques conduit à se questionner sur ce que par « santé » il faut entendre et sur les conséquences d’une telle universalisation et dilution de la problématique sanitaire dans les politiques publiques.

Le travail proposé tâchera de répondre à la question de savoir si les violences peuvent aujourd’hui être considérées en France comme un problème de santé publique en empruntant deux voies :

  • d’une part, celle d’une synthèse critique fondée sur la construction même des outils de mesure quantitatifs du phénomène et sur la comparaison (délicate du point de vue méthodologique) de leurs résultats ;
  • d’autre part, la conduite et l’analyse d’une quinzaine d’entretiens auprès de responsables politiques, administratifs et scientifiques ayant participé de manière décisive à la construction du « problème ‘violences’ » ces quinze dernières années.

Dans les deux cas, il s’agit de dresser un bilan de l’action publique : dans le domaine des études et de la recherche comme dans celui de la conduite des politiques publiques, dans quelle mesure le contenu « sanitaire » des violences est-il effectif, avec quelles conséquences, quelles ambiguïtés et quelles insuffisances ? Comment, au-delà, interpréter sa signification anthropologique, en rapport avec une confusion croissante entre protection sociale et prise en charge de la « vulnérabilité » des populations ?

 

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