Hommage à Michel Crozier

Le CSO vient de perdre son fondateur
  • Michel CrozierMichel Crozier

Paris, le 25 Mai 2013, Christine Musselin

Au-delà de la profonde tristesse que nous ressentons tous, nous lui sommes tout d’abord reconnaissants du formidable héritage qu’il nous laisse et que nous nous efforçons chaque jour d’enrichir et de développer au CSO.

Sa contribution intellectuelle à la compréhension de la société française à partir des années 1960 est considérable mais elle est aussi d’une redoutable actualité. Les analyses qu’il a développées dans La société bloquée ou dans On ne change pas la société par décret sont toujours aussi éclairantes pour décrypter la période actuelle.

Mais surtout, les avancées méthodologiques et conceptuelles qu’il a proposées dans Le phénomène bureaucratique et dans L’acteur et le système (avec Erhard Friedberg) placent Michel Crozier parmi les rares sociologues qui ont ouvert de nouvelles voies, qui ont su sortir des sentiers battus et s’extraire de la pensée dominante pour offrir des perspectives innovantes.

Tous ceux qui ont eu la chance d’être formés à la sociologie par lui, et ils sont très nombreux, en France et à l’étranger, éprouvent de ce fait un sentiment de très grande perte. Nous nous souvenons tous de l’extraordinaire expérience que nous avons vécue et qui a, pour nombre d’entre nous, changé notre vie et, pour tous, a radicalement modifié notre façon de regarder et d’interpréter le monde qui nous entoure. 

 

L’histoire d’un fondateur


Fils d’entrepreneur et élève d’HEC, Michel Crozier ne « découvre pas la sociologie comme une discipline intellectuelle abstraite » mais « l’expérimente comme une façon de vivre, de raisonner, de se relier à autrui ». C’est aux États-Unis qu'il entame sa conversion sociologique en « allant voir les syndicalistes » auxquels il consacre une thèse de droit (Usines et syndicats d’Amérique, 1949).

Sa pratique sociologique ne vient donc pas de « la fréquentation des universitaires américains » mais bien plutôt du « terrain », « des gens qui parlaient et qu’il fallait comprendre ».

Les « tournants majeurs » s’opèrent à son retour en France. Chercheur au CNRS en 1952, Michel Crozier débute sa première enquête au Centre des chèques postaux de Paris en intellectuel marxiste (pourquoi les employés de bureau n’ont pas de conscience de classe ?) et la termine en sociologue des organisations (pourquoi les gens arrivent à travailler ensemble ?).

Son second terrain (la SEITA) lui offre l’occasion d’élaborer une « enquête modèle » par sa méthodologie (choix et comparabilité des terrains, technique de l’entretien).

De ces deux recherches fondatrices, sortiront une thèse et une œuvre-manifeste au retentissement national et international, Le phénomène bureaucratique (1964).

Les années 1960 seront celles de la « création collective » et de la constitution d’une équipe, appelée à devenir une école, rassemblée en 1964 autour du Centre de Sociologie des organisations (CSO) et du DEA de sociologie de Sciences Po (1972-1975).

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