CEP- EurAsie - Croissance, emploi, précarité: une étude comparative eurasiatique

Le projet

La recherche en sciences sociales dans le domaine du travail et de l’emploi s’est beaucoup attachée, depuis deux décennies, à analyser les profondes mutations connues par les marchés du travail. Avec l’affaiblissement du modèle de croissance fordiste et keynésien et la globalisation, les économies les plus avancées auraient en effet connu un recul des formes de salariat les plus stables, qui formaient le cœur du compromis social de ces sociétés, et d’une citoyenneté sociale parvenue à son apogée. Il ressort ainsi, de nombreuses études, l’idée d’une destabilisation d’un modèle de bien-être social qui a mis des décennies à parvenir à maturation et est aujourd’hui mis en cause.

Cette vision unilatérale d’une montée de l’insécurité a pu être portée par des sociologues aussi éminents qu’Ulrich Beck, qui identifie un phénomène de « destandardisation du travail » accentuant les risques, ou que Robert Castel qui perçoit dans la menace pesant sur le statut salarial, et dans son individualisation, une montée de l’insécurité sociale. L’idée du présent projet est d’interroger la lecture d’un déclin univoque, qui ferait des Trente Glorieuses une acmé de la croissance occidentale. A cet effet il entend comparer la position et les évolutions sociales et économiques qui étaient celles des salariés de deux pays économiquement dominants au XXe siècle, la France et le Japon durant les décennies d’après-guerre ; et celles que connaissent de nos jours leurs homologues en Chine.

La démarche consiste à développer une comparaison en quelque sorte inversée par rapport à une approche plus classique, qui analyserait l’évolution du capitalisme chinois et de son marche du travail au regard de l’étalon que constitueraient les sociétés industrielles « classiques ». Notre propos n’est pas nous interroger sur une éventuelle convergence du modèle chinois avec celui qui a caractérisé l’expansion des « Trente Glorieuses », mais de partir de la singularité du cas chinois pour proposer une relecture des processus de standardisation des formes d’emploi en contexte de haute croissance qu’ont connus la France et le Japon. À la lumière du cas chinois, nous montrerons que le processus de construction de la société salariale durant les Trente Glorieuses ne se réduisit pas de manière univoque à une standardisation et à une sécurisation quasi-généralisée du statut salarial, mais qu’elle était fondée sur d’autres modes de gestion et de répartition de l’incertitude économique, lesquels engendraient une autre forme de segmentation et de hiérarchisation de la main d’œuvre.

L'équipe