Les transformations du capitalisme

Le capitalisme mondial est entré dans une nouvelle phase : tertiarisation et internationalisation des économies, atténuation du rôle régulateur de l’Etat,  déréglementations et privatisations, rôle accru des acteurs financiers, concentration des entreprises, intensification de la concurrence, développement des progrès techniques, importance croissante de l’information et de la connaissance comme facteurs de production, bouleversements liés au développement de l’économie digitale, séparation accrue entre travail et propriété du capital, entre travail d'exécution et de conception.

En affinité avec les approches macroscopiques initiées par Marx, Weber, Polanyi et Rokkan, le CEE a décidé de développer les travaux d’économie politique. Ces derniers rejettent la partition de l’économie et du politique en deux objets d’étude distincts, soulignent leur interdépendance et la difficulté croissante qu’il y a à distinguer des acteurs politiques et économiques dont les intérêts, les conflits et relations de domination sous-tendent les économies politiques contemporaines. Cette approche se caractérise également par l’attention portée au rôle des acteurs et intérêts (la question du agency), ainsi qu’aux conflits et relations de domination qui sous-tendent nos économies politiques contemporaines et les transformations du capitalisme. Cet axe s’appuie sur les deux programmes transversaux de Sciences Po, le MaxPo et le LIEPP, avec lesquels il entretient des collaborations étroites, le premier étant co-dirigé par Jenny Andersson, le second par Bruno Palier.

Dans les cinq prochaines années, cet axe s’investira principalement autour de trois grandes thématiques :

1) Les transformations du capitalisme, de la gouvernance et des régulations dans un contexte d’interdépendance économique et politique global et européen.

Il s’agira de s’interroger sur l’évolution des formes de gouvernance du capitalisme moderne. Une attention particulière sera portée à l’analyse des processus de changement dans le temps, au rôle de la crise comme élément de disruption des équilibres et au rôle des idées économiques dans la formation des trajectoires politiques. Cette approche vise ainsi à analyser les transformations du capitalisme moderne principalement en Europe mais également dans un contexte comparatif plus large, en s’interrogeant tant sur les modalités de ces transformations que sur leurs effets économiques, sociaux et politiques, de façon historiquement située. Colin Hay qui s’est engagé dans la structuration du domaine de l’économie politique en France (codirection avec Andy Smith du groupe Spéco - Science politique de l’économie - au sein de l’AFSP) a ainsi mis en place un partenariat entre Sciences Po et Princeton University (European Union Program, Sophie Meunier) intitulé EUROGLOB afin de développer un agenda de recherche sur les interactions entre globalisation et européanisation dans le contexte post-crise. Les recherches sur l’économie politique des grandes villes mondiales, mais aussi les stratégies des grandes firmes d'infrastructures (cf. axe Les villes, frontières et (im)mobilités)) alimenteront également la réflexion de cet axe. Enfin, l’arrivée récente de Matthias Thiemann dont les travaux portent sur la régulation du secteur bancaire et les transformations des marchés financiers vient renforcer cette dynamique. Par ailleurs, ces réflexions pourront s’adosser sur un ensemble de thèses en cours et sur la participation du CEE au programme de formation innovante de doctorant.e.s coordonnée par l’Université d’Oslo PLATO « The Post-crisis Legitimacy of the European Union European Training Network" (Horizon 2020 Marie Skłodowska-Curie Innovative Training Networks).

2) Les transformations du capitalisme et du marché du travail.

Si l’économie digitale représente de nouvelles opportunités en matière d’emploi, on assiste toutefois à l’émergence d’une classe créative, vivant au cœur des centres urbains globaux d’une part, et d’une classe de personnes travaillant par le biais de plateformes de services, au service des premiers, d’autre part. S’intéresser aux effets de cette nouvelle économie conduit à s’interroger d’abord sur le rôle des politiques publiques dans les différents pays européens (régulation et la structuration du marché du travail mais aussi des systèmes de protection sociale). Elle soulève aussi des questions centrales sur la transformation des groupes sociaux et la création de nouveaux clivages (gagnant.e.s et perdant.e.s de la digitalisation), sur les reconfigurations de la social-démocratie et sur la constitution de réservoir potentiel d’électeur.trices pour les partis d’extrême droite (cf. axe Mise sous tension de la démocratie représentative).

3) Les interactions entre les variétés de capitalisme et les systèmes de protection sociale.

Les transformations du marché du travail font aussi émerger de nouveaux risques sociaux mal couverts par les systèmes de protection sociale existant dont les bases fiscales sont érodées par l'évidement de la classe moyenne. Il s’agit donc de s’interroger sur la capacité et les modalités d’adaptation des différents systèmes de protection sociale en Europe et sur les liens entre modèles de croissance et régime de protection sociale. Plusieurs thèses ont déjà été soutenues s’inscrivant dans le courant de la Political Economy (Lisa Kastner (Maxpo) et Tom Chevalier) alors que d’autres sont en cours (Tiago Moreira sur la crise des Etats- Providence de l’Europe du Sud, Andreas Eisl sur les politiques de contraintes budgétaires dans la zone euro).