Les transformations du capitalisme

Economie politique et transformations du capitalisme

 Le capitalisme est entré dans une nouvelle phase : tertiarisation et internationalisation des économies, recomposition du rôle de l’État, déréglementations et privatisations, présence accrue des acteurs financiers, concentration des entreprises, intensification de la concurrence, développement des progrès techniques, importance croissante de l’information et de la connaissance comme facteurs de production, bouleversements liés au développement de l’économie digitale, séparation accrue entre travail et propriété du capital, entre travail d'exécution et de conception.

 Depuis plusieurs années, les membres du CEE s’impliquent fortement dans l’étude de ces transformations, partant du postulat général qu’elles sont porteuses de lourds enjeux politiques. Tout en défendant une vision pluraliste de l’économie politique, leurs approches reposent sur un certain nombre de principes recteurs, tels que le rejet d’une partition excessive de « l’économique » et du « politique » et la nécessité de croiser différents apports disciplinaires pour déterminer les évolutions de cette interdépendance. Dans ce contexte, les recherches développées au CEE sur ces questions se caractérisent par un recours quasi-systématique à la méthode comparative, attentive aux interactions entre les différentes échelles de transformation du capitalisme contemporain – qu’elles soient locales, nationales ou internationales.

 Ces différents travaux sont développés en lien étroit avec deux programmes transversaux, avec lesquels les membres de l’axe entretiennent des relations étroites : le MaxPo (codirigé par Cornelia Woll) et le LIEPP (dirigé par Bruno Palier). Trois grandes thématiques sont plus particulièrement investies :

 1)     Transformations du capitalisme, gouvernance et régulations

 Plusieurs membres de l’axe poursuivent des recherches sur l’évolution des modes de gouvernance du capitalisme contemporain. La focale est notamment placée sur le rôle des crises comme vecteurs de disruption des équilibres et sur le rôle des idées économiques dans la formation des trajectoires des systèmes politiques. Si l’Europe est le terrain de prédilection de la plupart de ces recherches, il s’agit bien de les situer dans un contexte comparatif plus large. Ce volet de l’axe s’appuie notamment sur les travaux de Colin Hay, qui s’est fortement engagé dans la structuration de l’économie politique en France via la codirection d’un groupe de recherche de l’AFSP et la publication, avec Andy Smith, du Dictionnaire d’économie politique (2018, Presses de Sciences Po) dans lequel de nombreux membres de l’axe ont contribué. Un partenariat a également été mis en place entre Sciences Po et Princeton University (European Union Program, Sophie Meunier). Intitulé EUROGLOB, il vise à développer un agenda de recherche sur les interactions entre globalisation et européanisation dans le contexte post-crise. Les recherches sur l’économie politique des grandes villes mondiales, mais aussi les stratégies des grandes firmes d'infrastructures (cf. axe Les villes, frontières et (im)mobilités) alimentent également la réflexion de cet axe. Il en va également des travaux deCornelia Woll et de Matthias Thiemann sur la régulation du secteur bancaire et des marchés financiers, et ceux de Cyril Benoît sur les industries de l’assurance et de la santé. Par ailleurs, ces réflexions sont prolongées par un ensemble de thèses en cours (comme celle de Weiting Chao sur le marché du carbone ou d’Elena Escalante Block sur la Commission européenne face aux aides d’États) ; ainsi que sur la participation du CEE au programme de formation innovante de doctorantes et doctorants coordonnée par l’Université d’Oslo PLATO, pour « The Post-crisis Legitimacy of the European Union European Training Network » (Horizon 2020 Marie Skłodowska-Curie Innovative Training Networks).

 2)    Transformations du capitalisme, marché du travail et changement politique

 L’économie digitale est créatrice de nouvelles opportunités en matière d’emploi – mais elle s’accompagne également d’une polarisation croissante du marché du travail, entre émergence d’une classe créative vivant au cœur des centres urbains globaux et formation d’une classe de travailleurs de plateformes, souvent au service des premiers. Cette nouvelle structuration du marché du travail fragilise les solidarités institutionnalisées sous le capitalisme industriel. Transformant les groupes sociaux et la représentation qu’ils ont de leur place dans la société, ces évolutions sont porteuses de nouveaux clivages, notamment entre gagnants et perdants de la digitalisation. Elles bouleversent l’équilibre des forces politiques, les idéologies sur lesquelles elles reposent et favorisent l’essor des partis de droite radicale populiste (cf. axe Mise sous tension de la démocratie représentative). Dans ce contexte, plusieurs membres de l’axe s’impliquent dans l’étude des recompositions du marché du travail, sans omettre les enjeux politiques et de politiques publiques dont ils sont porteurs. C’est notamment le cas de Nathalie Morel, qui, avec Clément Carbonnier, a co-édité l’ouvrage The Political Economy of Household Services in Europe (2015, Palgrave) et a publié Le retour des domestiques (2018, Presses de Sciences Po). Bruno Palier, en collaboration avec Jan Rovny et Nonna Mayer, s’est également intéressé au comportement politique des perdants de la digitalisation.

3)    Transformations du capitalisme, politique économique et protection sociale

Les transformations du marché du travail font aussi émerger de nouveaux risques sociaux mal couverts par les systèmes de protection sociale existant dont les bases fiscales sont érodées par l'évidement de la classe moyenne. Il s’agit donc de s’interroger sur la capacité et les modalités d’adaptation des différents systèmes de protection sociale en Europe et sur les liens entre modèles de croissance et régime de protection sociale. L’ouvrage collectif The Age of Dualization: The Changing Face of Inequality in Deindustrializing Societies (2012, Oxford University Press) coédité par Bruno Palier s’inscrit dans ce volet de l’axe. Plusieurs thèses du CEE, soutenues ou en cours, explorent ces différentes dimensions – notamment celle de Tom Chevalier sur l’Etat-providence et les jeunes, celle de Tiago Moreira sur la crise des Etats-Providence de l’Europe du Sud, ou celle d’Andreas Eisl sur les politiques de contraintes budgétaires dans la zone euro).