Paris dans la littérature

Paris dans la littérature

Interview avec les professeurs
  • Des bouquinistes au bord de la Seine (photo: Sergii Rudiuk)Des bouquinistes au bord de la Seine (photo: Sergii Rudiuk)

Le cours Paris dans la littérature fait partie du corpus de cours électifs proposés durant la session de juillet du programme universitaire. Ouvert aux étudiants des deux parcours (langue française et sciences sociales) et intégralement dispensé en français, cet enseignement est une occasion unique de découvrir la richesse de Paris sous un autre jour. À partir de l’étude approfondie des sources littéraires, les étudiants seront initiés aux éléments historiques, culturels et sociaux qui ont construit la ville et contribuent à son rayonnement de par le monde.

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Le cours est enseigné par deux professeurs, Christophe Reffait et Matthieu Vernet, qui enseignent également dans le parcours de langue française de la Summer School.

Christophe Reffait enseigne le niveau B2 du parcours de langue française pendant la session de juillet de la Summer School. Ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud  en  Lettres  et  diplômé  de  l’École  Supérieure  des  Sciences  Économiques  et Commerciales  (ESSEC), il enseigne  la  littérature  française  à l’université d’Amiens et il vient de soutenir une habilitation à diriger des recherches sur la représentation des lois de l’économie dans le roman du XIXe siècle. Il donne sur  ce  sujet  un  cours-séminaire  en  2e année  du  collège  universitaire  de  Sciences Po.

Matthieu Vernet enseigne le niveau C2 du parcours de langue française pendant la session de juillet de la Summer School. Ancien pensionnaire de la Fondation Thiers, il est chercheur associé à la Chaire de littérature française moderne et contemporaine du Collège de France. Il a soutenu une thèse portant sur la «Mémoire et l’oubli de Baudelaire dans l’œuvre de Proust »à l’Université Paris-Sorbonne. Spécialiste de la littérature française des XIXe et XXe siècles, Matthieu Vernet est directeur de la publication d’Acta fabula. Il a enseigné la littérature française à l’université de Paris-Sorbonne. Il donne un cours à Sciences Po sur les notions de mémoire et d’oubli dans la société occidentale contemporaine.


Vous enseignez tous les deux à la Summer School depuis plusieurs années.  Quel élément de votre été à la Summer School attendez-vous avec le plus d’impatience ?

MV : Le premier jour et la rencontre des étudiants. C'est, depuis le début de cette expérience, toujours un moment plaisant et excitant. Les élèves arrivent des quatre coins du monde, sont enthousiastes et heureux de passer une partie de l'été à Paris. C'est un moment d'échange essentiel où chacun se dit : ce mois va être excitant.

CR : J’apprécie le moment où, quelques jours après le début de la session, s’installe l’habitude de déjeuner en groupe dans le jardin, ou bien au bord de la Seine.

Quelle est la chose la plus importante que les étudiants de votre cours Paris dans la littérature vont apprendre ?

CR : J’espère que nous allons pouvoir toucher du doigt le fait qu’en-deçà du Paris de cartes postales, il existe des facteurs culturels, politiques, économiques ou sociaux qui contribuent à expliquer la forme même de la ville. Il faudrait que les étudiants ressortent de ce cours en ayant acquis une familiarité avec Paris qui leur donne le sentiment de l’épaisseur historique de la ville. Qu’ils sachent par exemple comment ont évolué les limites de Paris et comment elles ont été décrites par les romanciers du XIXe siècle, qu’ils sachent quand certaines avenues ont été percées ou comment s’explique l’homogénéité de l’architecture parisienne, etc.

MV : Il s'agira de voir que Paris, comme la littérature, sont des objets épais, complexes qui se construisent avec et dans le temps. Cette dimension mémorielle et temporelle me semble être l'élément le plus riche et le plus important dans la littérature. En outre, Paris offre un point d'observation remarquable car la ville, à la manière de Rome, garde la trace de plusieurs vies et ne se dévoile que lorsque les couches du temps ont été progressivement mises au jour.

Quels conseils donneriez-vous à un(e) étudiant(e) qui vient à Paris le temps d'un été pour faire progresser son français ?  Et pour découvrir la ville ?

MV : Contrairement à l'image que l'on se fait du Parisien, celui-ci est beaucoup plus bavard et curieux qu'il n'y paraît. Je conseille à nos étudiants de partir à la découverte des quartiers de Paris, de "flâner" comme l'ont fait Baudelaire, Hemingway ou Walter Benjamin en sortant des sentiers battus et touristiques, d'explorer la ville de l'intérieur en ouvrant des portes, posant des questions ou s'asseoir sur un banc.

CR : Je crois que les deux vont de pair : développer son français et découvrir la ville, c’est se fixer des objectifs très prosaïques et très précis. Par exemple déjeuner debout à un comptoir de café avec une télévision et écouter les conversations des clients sur l’actualité, aller faire ses courses chez le boulanger, le boucher ou le poissonnier plutôt qu’en supermarché, demander à un libraire de vous conseiller un roman contemporain, demander à un antiquaire du quartier de Sciences Po des explications sur un objet que vous trouveriez insolite, se faire couper du tissu à la Halle Saint-Pierre pour en rapporter à un parent, prendre une place de théâtre, etc. De semblables situations demandent des compétences linguistiques considérables. Elles impliquent peut-être aussi qu’on se ménage quelques moments de solitude dans la ville, sans les amis de la Summer School, pour être plus vigilant et être contraint de parler le français.

Quel est votre livre préféré qui se passe à Paris ?

MV: À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. C'est un livre difficile et long mais c'est aussi l'un des livres les plus importants de la littérature mondiale. Ce n'est pas un livre sur Paris mais il se passe à Paris, à la Belle Époque, en un moment de grands changements, avant et après la Grande Guerre. Proust y décrit les changements de ce qui est alors la grande capitale mondiale ; ceux-ci se voient dans les rues, dans les pratiques sociales, dans le progrès technique mais aussi dans un rapport différent à l'homme et à ce qu'il est. C'est un livre qui change une vie.

CR : Je ne sais pas si j’ai un livre « parisien » préféré. L’Éducation sentimentale (1869) de Flaubert, peut-être. Ce qui m’intéresse plutôt, ce sont tous les aperçus de Paris que nous trouvons dans la littérature depuis, disons, le Roman bourgeois de Furetière en 1666 jusqu’aux romans de Modiano ou Echenoz aujourd’hui. N’importe quel vieux roman policier comme ceux d’Émile Gaboriau au XIXe siècle sont des mines de renseignements sur le quotidien parisien, sans pour autant contenir des descriptions en règle comme les romans de Zola. En fait, il me semble qu’il faudrait inverser la question : Paris est constitué de livres préférés. Tel croquis des toits parisiens par Verlaine, telle promenade des personnages de Flaubert ou de Zola, telle filature de femme par André Breton construisent Paris.

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