"Gender, Societies and Economics"

"Gender, Societies and Economics"

Interview avec Hélène Périvier

Hélène Périvier est chercheuse en économie à l'OFCE à Sciences Po. Elle dirige actuellement le programme académique et de recherche sur le genre "PRESAGE" à Sciences Po. Ses sujets de recherche concernent les politiques sociales et familiales et les inégalités liées au genre. Elle travaille également sur les processus de discrimination et sur l'évaluation des politiques publiques. A la Sciences Po Summer School, elle enseigne le cours optionnel "Gender, Societies and Economics" lors de la session de juillet.

Que cherchez-vous à transmettre dans votre cours "Gender, Societies and Economics" ?

J’essaie de montrer aux étudiants, par le biais de la question du genre, ce que sont les sciences sociales et ce qu’elles apportent aux études du genre. L’objectif de ce cours n’est pas féministe ou idéologique. Bien sûr, je suis féministe, mais je ne suis pas là pour parler de mon opinion : je tiens vraiment à montrer les controverses qui existent ; il n’y a pas une théorie du genre unique, mais des débats, des arguments et des chercheurs qui s’opposent.

Je donne à mes étudiants différents travaux réalisés en sciences sociales pour éclairer les relations femme-homme : nous mettons en confrontation des études de sociologie, de psycho-sociologie ou encore d’économie. Dans tous les cas, je mets un point d’honneur à ce qu’il y ait beaucoup de discussion dans ce cours. Cela permet de tuer les lieux communs. 

Quels types de questions abordez-vous avec vos étudiants ?

Nous étudions toutes sortes de cas, y compris d’actualité. Cela peut être Apple et Facebook, qui ont décidé d’inclure dans la couverture médicale de leurs employées la congélation des ovocytes. Cet exemple est très intéressant et pose la question du rapport aux politiques de reproduction, du contrôle des femmes sur leur corps et de ce qui permet, ou non, leur émancipation. 

Nous parlons aussi de sujets comme la mixité à l’école : des travaux en sciences sociales ont montré que les écoles mixtes conduisent parfois à un renforcement des normes de genre. Dans certaines zones défavorisées, les garçons vont ainsi laisser tomber l’école et construire leur masculinité autour de l’échec scolaire. Dans les études supérieures, on s’est également aperçu que les Women’s College, qui sont très prestigieux aux Etats-Unis, mènent davantage d’étudiantes vers des carrières scientifiques. Il ne s’agit pas pour autant de dire qu’il faut revenir sur la mixité, la ségrégation n’est pas forcément la solution !

On peut encore réfléchir à partir de films : la série Game of Thrones, qui donne à voir le viol et la prostitution, est-elle sexiste ou féministe ? Pour argumenter sa position, les étudiants font appel à différents travaux sur la représentation du féminin et masculin, la question de la sexualité, ou encore de l’unicité des personnages féminins – l’idée qu’il n’y aurait qu’un type de « femme idéale ».

Vous enseignez ce cours depuis plusieurs années à la Summer School. A la fin de la session, que vous disent en général vos étudiants de ce qu’ils ont acquis ? 

La première partie du cours porte sur les controverses, autour de la question « Qu’est-ce que le genre ? » Pour ceux qui n’ont pas de connaissances approfondies de ces sujets, c’est la découverte d’un champ dont ils n’imaginaient pas toute la richesse ! Quant aux étudiants qui ont déjà étudié la question, c’est la coloration socio-économique du cours qui complète leur formation et leur réflexion : cette dimension leur amène l’argument du chiffre, de la mesure. Ils y gagnent des outils concrets pour appréhender différemment la participation des femmes au marché du travail, les inégalités de salaires, l’exploitation économique. Ce sont des thèmes qui les challengent. 

Car les études de genre, ce n’est pas uniquement l’étude de la féminité et de la masculinité. Ce sont aussi les questions d’organisation sociétale, de division du travail, de hiérarchie et d’efficacité des politiques publiques. 

Quelle est votre analyse de la tendance actuelle, en termes de droits des femmes ?

Nous n’avons toujours pas résolu la question de la division sexuée du travail. Dans les pays développés, il y a eu un grand mouvement d’émancipation dans les années 1970-1980. Mais aujourd’hui, on est dans un contexte moins porteur : nous avons atteint une forme de stagnation, de statu quo en termes d’inégalités des salaires et de progression dans les postes hiérarchiques. En Europe, on patine sur une organisation qu’on peine à modifier : la France, par exemple, n’est pas en capacité de revoir l’intégralité de sa politique familiale et de son droit de la famille. 

Dans certains pays, on observe même une régression en termes de droits fondamentaux des femmes, dans laquelle la remontée des religions a son rôle explicatif. La Pologne fait partie des pays qui reviennent sur ces droits, et l’incapacité de l’Europe à faire de ces sujets-là une exigence est inquiétante. C’est la question de l’universalité : l’Europe ne devrait-elle pas pouvoir porter des valeurs universelles, dont celle-ci, et faire plier les Etats-membres qui pensent que leurs valeurs locales prévalent ?

Mais il faut tout de même être optimiste : dans un pays comme l’Espagne, les femmes sont descendues dans les rues et ont eu raison du gouvernement, qui voulait revenir sur le droit à l’avortement. Cela montre que, dans de nombreux pays, les institutions et les contre-pouvoirs fonctionnent et que ces acquis sont bien ancrés dans les mentalités.

Pour en savoir plus sur le cours optionnel enseigné par Hélène Périvier à la Summer School, téléchargez le descriptif du cours "Gender, Societies and Economics" (PDF, EN, 457 Kb).

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