{"id":2642,"date":"2017-02-26T12:53:46","date_gmt":"2017-02-26T10:53:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/?p=2642"},"modified":"2019-07-07T15:24:04","modified_gmt":"2019-07-07T13:24:04","slug":"internet-et-les-reseaux-sociaux-dans-la-campagne-presidentielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/internet-et-les-reseaux-sociaux-dans-la-campagne-presidentielle\/","title":{"rendered":"Internet et les r\u00e9seaux sociaux dans la campagne pr\u00e9sidentielle"},"content":{"rendered":"<pre>Thierry Vedel, chercheur CNRS au CEVIPOF, s'int\u00e9resse aux rapports entre politique et m\u00e9dias, anciens ou nouveaux, et en particulier aux transformations de la communication politique dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes. Il revient ici sur les rapports qu\u2019entretiennent le web et la politique.<\/pre>\n<p><strong>Internet a-t-il bouscul\u00e9 les r\u00e8gles du jeu d\u00e9mocratique ? A-t-il contribu\u00e9 \u00e0 court-circuiter les sch\u00e9mas traditionnels de la politique ?<\/strong><br \/>\nDepuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, l\u2019internet a substantiellement modifi\u00e9 le fonctionnement des syst\u00e8mes politiques : il a consid\u00e9rablement accru et diversifi\u00e9 les sources d\u2019information des citoyens, il offre des espaces in\u00e9dits (forums, blogs, r\u00e9seaux sociaux) pour l\u2019\u00e9change des opinions individuelles et, dans certains cas, il a facilit\u00e9 des mouvements sociaux (notamment en r\u00e9duisant les co\u00fbts de mobilisation). L\u2019internet offre de nouveaux outils pour la d\u00e9mocratie, mais reste \u00e0 savoir si ces outils sont bien utilis\u00e9s ou suffisants. Par ailleurs, la d\u00e9mocratie ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la discussion, mais implique aussi des choix. Or, si l\u2019internet est un fabuleux instrument d\u2019expression, on voit moins bien comment il peut contribuer \u00e0 la construction de choix collectifs et au renouvellement des proc\u00e9dures de d\u00e9cision politique.<\/p>\n<p><strong>Internet pourrait-il \u00eatre un rem\u00e8de \u00e0 l\u2019abstention \u00e9lectorale et au vote <\/strong><strong>contestataire ?<\/strong><br \/>\nL\u2019une des questions les plus d\u00e9battues entre chercheurs est de savoir si l\u2019internet a \u00e9largi l\u2019espace public en int\u00e9ressant de nouveaux publics (et tout particuli\u00e8rement les jeunes). Les travaux sur le sujet ne sont pas univoques mais tendent de plus en plus \u00e0 sugg\u00e9rer que ce sont les citoyens les plus politis\u00e9s qui sont les plus actifs en ligne : l\u2019internet renforcerait les capacit\u00e9s d\u2019action de ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 d\u00fb pouvoir, et servirait surtout \u00e0 \u00ab pr\u00eacher les convaincus \u00bb, pour reprendre la formule de la politologue am\u00e9ricaine Pippa Norris. Une autre question est celle de la signification de l\u2019engagement en ligne, qui n\u2019a pas forc\u00e9ment le m\u00eame degr\u00e9 d\u2019implication que la participation politique traditionnelle.<\/p>\n<p><strong>Pourtant, la fa\u00e7on de faire de la politique a chang\u00e9 ?<\/strong><br \/>\nLa communication politique s\u2019est adapt\u00e9e aux nouveaux outils num\u00e9riques. Lors d\u2019une campagne \u00e9lectorale, les candidats sont pr\u00e9sents sur tous les r\u00e9seaux sociaux. Le militant d\u00e9vou\u00e9 qui colle des affiches appartient au pass\u00e9. Aujourd\u2019hui est apparu un nouvel activisme en ligne. Mais de quel engagement s\u2019agit-il ? Certains, comme le chercheur Evgeny Morozov, critiquent ce \u00ab clicktivism \u00bb, la pratique qui consiste \u00e0 signer des p\u00e9titions en ligne ou \u00e0 rejoindre des groupes Facebook sans r\u00e9ellement s&rsquo;impliquer. Enfin, le vote \u00e9lectronique, per\u00e7u comme un symbole de la nouveaut\u00e9 li\u00e9 aux nouvelles technologies, me para\u00eet difficilement envisageable pour les grandes \u00e9lections aux enjeux importants.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;internet n\u2019est-il pas un lieu de d\u00e9bats et de discussions ?<\/strong><br \/>\nJamais dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 il n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi facile de diffuser ses opinions. Le probl\u00e8me aujourd\u2019hui n\u2019est pas de s\u2019exprimer mais d\u2019\u00eatre entendu. Les r\u00e9seaux sociaux servent de supports \u00e0 des conversations politiques qui ont toujours exist\u00e9, mais qui autrefois n\u2019\u00e9taient pas visibles. Toutefois, les r\u00e9seaux sociaux ne sont pas forc\u00e9ment repr\u00e9sentatifs de ce que pense l\u2019ensemble de la population. Sur 85 % d\u2019utilisateurs r\u00e9guliers d\u2019internet, deux tiers utilisent Facebook et 15 % sont sur Twitter. Parmi ceux-ci, 35 % seulement suivent les d\u00e9bats politiques. Les r\u00e9seaux sociaux constituent certainement une nouvelle ar\u00e8ne politique, mais qui n\u2019est pas un reflet de la soci\u00e9t\u00e9 et qui draine \u00e9galement des id\u00e9es racistes ou liberticides.<\/p>\n<p><strong>Peut-on consid\u00e9rer l\u2019internet comme un nouvel espace public ?<\/strong><br \/>\nL\u2019espace num\u00e9rique est devenu une ar\u00e8ne suppl\u00e9mentaire de la comp\u00e9tition \u00e9lectorale. Et \u00e0 ce titre, il fait l\u2019objet de strat\u00e9gies visant \u00e0 occuper l\u2019espace num\u00e9rique pour maximiser la visibilit\u00e9 de candidats, contr\u00f4ler l\u2019agenda des discussions ou mettre en cause des adversaires. Si une part des commentaires, des likes, des posts qu\u2019on trouve sur les r\u00e9seaux sociaux \u00e9mane bien de simples citoyens, d\u2019autres sont produits par les \u00e9quipes de campagne ou des militants, voire des robots. En politique, il est sain de faire jouer son esprit critique, mais c\u2019est encore plus n\u00e9cessaire lorsqu\u2019on est sur l\u2019internet.<\/p>\n<p><strong>Est-il utile pour les candidats d\u2019avoir une cha\u00eene sur YouTube ? D\u00e9placer le d\u00e9bat sur YouTube, est-ce une bonne strat\u00e9gie ?<\/strong><br \/>\nYouTube pr\u00e9sente plusieurs avantages : c\u2019est un moyen de communication quasi gratuit, et en tout cas bien plus \u00e9conomique que d\u2019autres supports tels que les affiches ou les tracts. Il permet de d\u00e9livrer un message politique en toute libert\u00e9, en s\u2019affranchissant des formats impos\u00e9s par les m\u00e9dias, ou des contraintes r\u00e9glementaires qui s\u2019imposent \u00e0 ceux-ci (r\u00e8gles de pluralisme politique qui obligent les m\u00e9dias audiovisuels \u00e0 respecter un \u00e9quilibre dans les temps d\u2019antenne consacr\u00e9s aux diff\u00e9rents candidats). Enfin, \u00eatre pr\u00e9sent sur YouTube permet d\u2019attirer l\u2019attention des m\u00e9dias, qui s\u2019int\u00e9ressent beaucoup aux strat\u00e9gies de campagne et de communication : ce sujet repr\u00e9sente jusqu\u2019\u00e0 40 % de la couverture m\u00e9diatique d\u2019une campagne.<\/p>\n<p><strong>YouTube, et plus g\u00e9n\u00e9ralement les r\u00e9seaux sociaux, permettent-ils de mieux atteindre les jeunes \u00e9lecteurs ?<\/strong><br \/>\nTraditionnellement, les jeunes citoyens s\u2019int\u00e9ressent moins \u00e0 la politique et participent moins aux \u00e9lections que leurs a\u00een\u00e9s. On pourrait penser que l\u2019internet permet de mieux entrer en contact avec eux. Les enqu\u00eates du CEVIPOF montrent que seuls 12 % d\u2019entre eux utilisent les r\u00e9seaux \u00e0 des fins politiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Thierry Vedel, chercheur CNRS au CEVIPOF, s&rsquo;int\u00e9resse aux rapports entre politique et m\u00e9dias, anciens ou nouveaux, et en particulier aux transformations de la communication politique<span class=\"excerpt-hellip\"> [\u2026]<\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":6299,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[319,188,44,130],"tags":[191,87,68],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2642"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2642"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2642\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6198,"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2642\/revisions\/6198"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6299"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2642"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2642"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sciencespo.fr\/research\/cogito\/home\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2642"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}