"Je ressentais le besoin de m'engager pour une cause qui me tenait à cœur"

"Je ressentais le besoin de m'engager pour une cause qui me tenait à cœur"

Alice Voirand raconte son engagement pour la santé des femmes
  • Alice Voirand ©AVAlice Voirand ©AV

Nouvellement diplômée du Master Politiques publiques de l’École d’affaires publiques, Alice Voirand vient d’obtenir la Certification avancée en études de genre qui valide son parcours de formation pluridisciplinaire en études de genre. Elle nous raconte son engagement universitaire, professionnel et associatif pour la santé des femmes.

COMMENT EST NÉ VOTRE INTÉRÊT POUR LES ÉTUDES DE GENRE ?

J’ai grandi dans un environnement plutôt masculin, avec deux frères aînés que je prenais pour modèles. J’ai passé mon enfance à vouloir m’affirmer et prendre ma place auprès d’eux, j’étais guidée par des figures de femmes fortes, notamment le personnage d’Hermione Granger dans Harry Potter. En arrivant au lycée, j’ai découvert la sociologie : j’ai compris que les garçons et les filles étaient socialisés différemment, que l’image de la femme reflétée par la société n’était pas la même que celle de l’homme, j’ai compris que dans la société actuelle nous n’avions pas les mêmes opportunités. J’ai donc voulu m’élever contre cela et les biais que j’ai pu intérioriser, qui me poussent encore aujourd’hui à toujours vouloir prouver ma valeur.

POUVEZ-VOUS NOUS RETRACER VOTRE PARCOURS À SCIENCES PO ?

J’ai suivi plusieurs cours en études de genre à Sciences Po, enseignés notamment par Camille Froidevaux-Metterie, Réjane Sénac et Marta Domínguez Folgueras. Ces cours m’ont permis de clarifier mon projet professionnel : c’est au travers de ces enseignements et d’engagements personnels que j’ai compris l’importance du combat pour l’égalité femmes-hommes et la nécessité de défendre ces valeurs dans mon travail.
Pendant mon année de césure, j’ai suivi la Préparation Militaire Supérieure État-Major de la Marine nationale dont je suis diplômée deuxième de promotion, sur 120 : il était important pour moi de m’affirmer et de dépasser mes limites dans un environnement très masculin. Étant désormais officier, j’ai pour projet de trouver un contrat de réserve en lien avec les questions de genre, l’égalité femmes-hommes et la lutte contre les discriminations au sein des armées.

Aujourd’hui, je nourris mon intérêt pour les études de genre à travers la lecture d’ouvrages féministes et l’écoute de podcasts : cela me permet d’apprendre toujours plus, de mûrir et construire mon discours pour être capable de défendre les droits des femmes sans m’autocensurer.

VOUS AVEZ EFFECTUÉ VOTRE STAGE DE FIN D’ÉTUDES DANS UNE ENTREPRISE DE CULOTTES MENSTRUELLES FRANÇAISE. QUELLES ÉTAIENT VOS MISSIONS ?

FEMPO est la première marque française de culottes menstruelles. J’ai découvert l’entreprise début 2019 et ai eu un énorme coup de cœur ! D’abord pour les culottes, qui ont révolutionné mes règles en me permettant de vivre cette période de manière beaucoup plus confortable tout en protégeant ma santé et la planète, mais aussi pour le projet global — aider les femmes à se réapproprier leur corps —  et pour le site web, qui donne envie de dépasser ses limites, de s’affirmer. C’était pendant mon année de césure, et je remettais beaucoup en question mon orientation : je ressentais de plus en plus le besoin de m’engager pour une cause qui me tienne vraiment à cœur, d’avoir un impact. Et rien n’est plus important pour moi que d’améliorer la condition des femmes dans leur vie, au travail. Je me suis donc immédiatement tournée vers FEMPO pour mon stage de fin d’études !

De janvier à juin 2020, j’ai été stagiaire marketing et responsable des partenariats dans le domaine de la santé et de l’éducation : j’organisais des événements visant à faire connaître la marque, rendre visibles les règles, sensibiliser à la santé féminine, je gérais également les partenariats avec des associations humanitaires, à travers des dons mensuels de culottes. J’ai aussi créé des offres destinées aux professionnels de santé, leur proposant de tester les culottes et d’y sensibiliser leur patientes. Enfin, j’ai co-créé et animé le podcast FEMPO, qui vise à informer et sensibiliser les femmes pour qu’elles comprennent mieux leur corps tout en brisant le tabou des règles.

POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS ?

Avant de créer la culotte menstruelle FEMPO, Claudette et Fanny, les créatrices de la marque, ont fait un sondage auprès de 3000 femmes et se sont rendu compte qu’il y avait une profonde incompréhension sur les règles et la santé féminine, et surtout un énorme désir de connaissance : les femmes connaissent mal les menstruations et obtiennent parfois des informations fausses, qui peuvent être préjudiciables pour leur santé. Il est donc essentiel de parler librement de ce sujet et d’informer les femmes sans tabou ! Elles ont donc décidé de créer un lieu d’échange et d’information en ligne pour aider les femmes à mieux comprendre leur corps. Cela a commencé avec le blog FEMPO : nous recevons énormément de questions sur des sujets liés à la santé féminine, auxquelles nous répondons en rédigeant des articles.

En complément du blog, nous avons décidé de créer pendant le confinement le podcast FEMPO, avec ma collègue Nina. Le podcast est dédié à la santé féminine, avec des épisodes courts informatifs et des épisodes longs d’interviews de professionnels de santé ou d’associations. Nina et moi sommes toutes les deux passionnées par la santé féminine et voulons faire tout notre possible pour aider les femmes à se réapproprier leur corps et leur biologie. Nous avons réalisé une quinzaine d’épisodes, dont huit avec des professionnels de santé et nous bénéficions d’environ 2 000 écoutes par épisode. C’était une expérience réellement passionnante !

VOUS AVEZ CHOISI D’ABORDER LE TABOU DES MENSTRUATIONS ET DE LA PRÉCARITÉ MENSTRUELLE LORS DE VOTRE GRAND ÉCRIT. POURQUOI CE SUJET ?

Dans les croyances populaires et les mythes, les menstruations ont souvent été associées à l’impureté et prétendues nocives. Cela a donné naissance à un tabou profond qui isole les femmes et les exclut de certaines activités économiques et sociales. Aujourd’hui encore, les règles sont souvent associées au dégoût, à la honte ; elles peuvent constituer une étape difficile dans le développement des jeunes filles. Plusieurs problématiques liées aux menstruations ont fait surface récemment dans le débat public, mais le sujet n’a jamais été abordé dans sa globalité. Pourtant, les menstruations renferment des problématiques variées et doivent être abordées de manière globale. Pour mon Grand Écrit, j’ai donc analysé dans quelle mesure l’éducation et la sensibilisation à la santé féminine permettent de briser le tabou des règles tout en luttant contre la précarité menstruelle. J’ai abordé le tabou des menstruations, ses conséquences et les mesures d’information et de suivi sanitaire qui pourraient être mises en place pour y remédier.

Et je me suis aussi penchée sur la précarité menstruelle, problème de santé publique considérable, qui découle en partie du tabou des menstruations : c’est la difficulté ou le manque d’accès à des protections hygiéniques, par pauvreté, manque d’information, ou rareté. Selon l’association Règles élémentaires, 1,7 million de femmes seraient concernées en France, avec trois principales catégories de victimes : les femmes en situation d’extrême précarité, les femmes dans les lieux de privation de liberté, et les étudiantes pauvres. Cette problématique doit être traitée à l’échelle nationale : les politiques commencent à s’emparer du sujet, avec plusieurs rapports parlementaires, et des expérimentations vont être mises en place, avec notamment la gratuité des protections dans certains lieux clés — prisons, établissements scolaires, foyers… —, mais aussi des distributeurs permettant aux femmes d’acquérir des protections à travers une carte bancaire ou une carte prépayée, et le soutien des associations d’aide aux femmes précaires et sans domicile.

QUELS SONT VOS PROJETS POUR LA SUITE ?

J’enchaîne mon stage de fin d’études avec un CDD d’un an chez FEMPO ! Je suis chargée de mission marketing et partenariats. Je reste dans la même équipe, sur les mêmes missions que pendant mon stage. Et je m’occupe désormais de la rubrique éditoriale de FEMPO : j’optimise le blog et je rédige de nouveaux articles, pour informer au mieux sur la santé féminine. Le but est de permettre aux femmes de renouer un lien plus positif avec leur corps, leur biologie, leur cycle, pour les aider à s’affirmer ! Je vais aussi pouvoir participer de nouveau à des congrès de professionnels de santé, et des festivals organisés par des associations, pour présenter FEMPO et les bienfaits des culottes menstruelles.

À la rentrée, je vais aussi devenir bénévole pour Règles élémentaires, la première association française de lutte contre la précarité menstruelle. Je veux m’engager personnellement pour aider les femmes qui n’en ont pas les moyens à se procurer suffisamment de protections hygiéniques pour vivre décemment leur période de règles. Le droit à la santé menstruelle est un droit humain qui devrait être garanti pour toutes ! Alors j’ai l’intention de donner de mon temps et de mon énergie, en dehors de FEMPO, pour améliorer la situation.

Quant à la suite, je souhaite continuer à m’engager pour les droits des femmes et l’égalité femmes-hommes tout au long de ma carrière ! On verra où ce chemin me mènera, mais j’ai compris que c’était le meilleur moyen pour moi d’avoir un impact et d’être pleinement épanouie dans ma vie professionnelle.

Article initialement publié sur le site du Programme de Recherche et d'Enseignement des Savoirs sur le Genre (Presage)

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