Existe-t-il un management (au) féminin ?

Existe-t-il un management (au) féminin ?

Retour sur l’évènement du 14 février 2018
  • © Paul Rentler / Sciences Po© Paul Rentler / Sciences Po

Mercredi 14 février 2018, l'École d’Affaires Publiques (EAP) organisait une table-ronde sur le thème du “management au féminin », avec un focus particulier sur le secteur public et les entreprises associées.

L’événement s’est ouvert par la projection du film “Numéro Une”, en présence de la réalisatrice Tonie Marshall, qui a ensuite ouvert un échange avec la salle. La discussion s’est poursuivie par une table ronde composée d’Hélène Périvier, économiste à l’OFCE, Sciences Po, où elle coordonne le projet européen EGERA (Effective Gender Equality in Research and the Academia), de Julien Rencki, Directeur général du fond de garantie des assurances obligatoires de dommages, Laurent Turpault et Elsa Chantereau de la direction des affaires publiques de Coca-Cola. L’après-midi s’est conclue sur une discussion entre l’ancienne Ministre Anne-Marie Idrac et le doyen de l’Ecole d’Affaires publiques, Yann Algan.

À la fin de cet événement riche en enseignements, Charlotte, Madjda et Renaud ont accepté de nous livrer leurs impressions et réflexions sur ce que représente pour eux le management au féminin.

Une fiction aux  enjeux réels

Selon Charlotte, qui travaille à la Banque de France, la projection du film “était une bonne introduction au sujet et a permis d’ouvrir le débat” et “la possibilité d’avoir le regard de la réalisatrice à la fin était très intéressant.” Malgré la dureté de certains passages, Tonie Marshall a plusieurs fois insisté sur l’atténuation de la réalité du sexisme à l’écran. En ce sens, Renaud, administrateur territorial, déplore qu’il n’existe pas “de réseaux de femmes aussi influents que dans le film”. 

Des interventions riches et diversifiées mais un public encore très féminin

J’ai été heureuse de voir que des hommes aient aussi été invités!”, s’exclame Madjda en Master à Sciences Po. Si la diversité des intervenants était notable ce n’était pas le cas de l’auditoire, composé presque exclusivement de femmes. Renaud souligne que l’absence des hommes dans le débat est “étonnant voire préoccupant”. Sans la participation active des hommes, l’égalité entre les genres “avancera forcément moins vite, elle ne doit pas avancer uniquement dans les textes”.

Les notions d’égalité et mixité au coeur des échanges

Les mesures transitoire de parité ont été abordées par Julien Rencki ancien Secrétaire général et Directeur des Ressources Humaines de la DG Trésor, qui a été précurseur dans la mise en place de quotas au sein de l’administration. Au cours des échanges, notamment avec les représentants de Coca-Cola, le terme de “mixité au travail” a souvent été ajouté à celui d’égalité. Selon Charlotte, le terme “mixité” est plus intéressant que celui de “parité” puisqu’il suggère une autonomie des femmes et une prise d'indépendance dans leur  accès à la représentation.

La notion de féminisme mise en question

La sociologue Hélène Périvier a de son côté mis en lumière la diversité des mouvements féministes et des revendications. Au final, le mot “féminisme” a très peu été utilisé au cours des échanges et parfois critiqué. “Je défends la cause des femmes mais ne me reconnais pas dans le débat féministe que je trouve souvent trop vindicatif” déclare Madjda. Si Renaud n’est pas aussi critique sur le terme de “féminisme”, il estime que l’association dans l’imaginaire collectif des féministes et d’une pensée anti-hommes rend l’utilisation de ce mot encore sensible en France.

Le management au féminin existe-t-il vraiment?

Comme l’ancienne Présidente de la RATP et SNCF Anne-Marie Idrac, Renaud doute qu’un management au féminin existe réellement: “tout au plus les femmes ont-elles peut être un management plus « adapté » aux contraintes de la vie familiale puisqu’elles en assument toujours une part importante”. Le management au féminin ne serait dans ce cas qu’une contingence sociale niant toute altérité du dirigeant ou de la dirigeante. Ce n’est pas la position de la réalisatrice Tonie Marshall qui insiste sur la particularité du style de management des femmes.

Une réflexion inspirante sur la place des femmes dans le monde du travail en 2018

Malgré certaines divergences d’appréciation de la question de l'intégration des femmes aux postes de management, chacun s’accorde pour féliciter les prises d’initiatives en la matière. L’étudiante Madjda s’enthousiasme: “Ce serait super si d’autres écoles pouvaient également s’engager dans ce sens!”. Renaud retient l’invitation de Tonie Marshall en faveur des jeunes femmes à «oser», à «se montrer ». Pour lui, il faut que ce message soit diffusé “à l’ensemble des femmes dans tous les territoires et tous les milieux sociaux.” Enfin, Charlotte a été “très inspirée” par les différentes interventions qui ont remis en perspective sa vision du “bien-être au travail” dépassant la seule problématique d’accès des femmes aux postes de prise de décision.

Propos recueillis par Pauline Lego et Sandrine Elmi Hersi, étudiantes à l’Ecole d’Affaires publiques

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