ENA : les conseils de nos étudiants admis au concours externe

ENA : les conseils de nos étudiants admis au concours externe

  • © Manuel Braun / Sciences Po© Manuel Braun / Sciences Po

En 2017, 73% des admis au concours externe de l’ENA étaient diplômés de Sciences Po. Ils forment ainsi la majorité des admis comme aux 13 autres concours administratifs français auxquels prépare l’École d’Affaires publiques.

Suzanne Feydy et Jérémy Mast, anciens étudiants de l’École et admis à l’ENA en décembre 2017 reviennent sur leur parcours singulier et partagent avec nous leurs conseils pour réussir le concours !

Vous avez été tous les deux admis à l’ENA en décembre dernier. Félicitations ! Pour commencer, parlez-nous de votre parcours universitaire.

Suzanne Feydy : J’ai d’abord suivi un cursus trilingue sur le campus européen franco-allemand de Sciences Po à Nancy pendant 2 ans, avant de passer ma 3e année à l’étranger à Vienne, où j’ai surtout fait du droit européen et international, et un peu de sciences politiques.

Je suis entrée en 2015 en Master Politiques publiques à Paris, spécialité administration publique. J’ai ensuite choisi d’intégrer le parcours apprentissage du master et j’ai donc réalisé mon M2 en alternance en tant que chargée de mission en relations institutionnelles aux Restaurants du Cœur.

Jérémy Mast : Mon parcours universitaire est assez simple : je suis entré à Sciences Po après mon bac et j’en suis sorti 6 ans plus tard. Après deux ans passés sur le Campus de Paris, je suis parti 1 an en échange à l’Université de Science et de Technologie de Hong Kong. J’y ai notamment pris des cours de mandarin, d’histoire de la Chine et de management.

Au retour de cette année merveilleuse, j’ai suivi le Master Politiques publiques dans sa filière énergie afin d’avoir une bonne connaissance d’une thématique spécifique, au carrefour de problématiques politiques et technologiques. Au terme de la première année de master, j’ai pris une année de césure pour acquérir de l’expérience : j’ai d’abord réalisé un stage de 5 mois à Pékin, au sein du service économique régional de l’Ambassade de France en Chine, puis un stage de 6 mois auprès du directeur général adjoint d’Enedis (ex-ERDF), en charge du numérique, de l’Europe et de l’International. Ces deux stages m’ont permis de clarifier mon projet professionnel : travailler au sein de l’administration sur des problématiques écologiques ou numériques. J’ai donc décidé de suivre des cours de la filière numérique du nouveau Master Politiques publiques, tout en préparant les concours administratifs au sein de la Prépa Concours de Sciences Po.

Suzanne, en quoi votre expérience en alternance a été un atout pour votre préparation et votre admission à l’ENA ?

Suzanne Feydy : Je pense que mon alternance m’a été utile pour la préparation de l’ENA principalement à trois égards :

Tout d’abord, sur la question du contenu : mon poste a été un vrai complément concret de ma formation en master et plus précisément pour les matières que je devais préparer pour l’ENA, je pense notamment aux questions sociales mais aussi aux finances publiques ou aux questions européennes.

Deux exemples plus précis : travailler sur les enjeux du prélèvement à la source pour le secteur associatif m’a permis de comprendre en détail cette réforme de l’impôt sur le revenu, ce qui m’a aidée pour la préparation de l’épreuve de finances publiques ; j’ai aussi eu à travailler sur un fonds de l’UE, le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD), ce qui m’a été très utile en QE pour comprendre la gestion des fonds européens par les États membres, le calendrier de la procédure budgétaire européenne, le rôle de la société civile dans l’UE, etc.

Ensuite, sur la méthode : grâce à l’alternance, j’ai appris à répondre à de véritables commandes et à quitter le statut d’élève qui fait des dissertations. C’est extrêmement utile pour la rédaction de copies pour le concours de l’ENA, dont on attend qu’elles soient les plus opérationnelles possibles. J’ai appris à trier les informations, à savoir ce qui était pertinent pour le destinataire de la note, à m’adapter à mon interlocuteur.

Enfin, l’alternance donne une certaine confiance en soi, car on prend conscience de sa capacité à interagir dans le monde professionnel. C’est pour ça que je conseille l’alternance à tout le monde, quel que soit son projet professionnel à la sortie de Sciences Po. On est vraiment considéré comme un salarié à part entière dans l’entreprise et non comme un stagiaire ; c’est extraordinairement formateur, et ça aide à mieux se connaître pour les expériences suivantes, concours administratifs ou autres !

Jérémy, en quoi votre expérience au sein du Policy Lab vous a été bénéfique ? 

Jérémy Mast : Cette expérience du Policy Lab m’a été bénéfique sur trois points. D’un point de vue personnel, le projet #Inventons 2017 a nourri mes réflexions sur l’action publique, ses moyens mais surtout ses limites face aux attentes renouvelées de la société française. D’un point de vue professionnel, la conception d’une politique publique de bout en bout, depuis les premiers travaux de recherche à l’élaboration d’éléments de communication, représentait un sacré défi pour mes compétences d’étudiant de Sciences Po calibrées pour des fiches techniques et des exposés. Ce projet m’a toutefois été le plus bénéfique au quotidien en m’autorisant à sortir du rythme intense de la préparation des concours : j’ai pu travailler sur un sujet qui me tenait à cœur - l’obsolescence programmée – et prendre de la distance par rapport à l’impératif de réussite aux concours.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Suzanne Feydy : La formation à l’ENA commence par une année de stages. Je suis actuellement en stage international au Ministère des Affaires étrangères allemand (Auswärtiges Amt). J’aurai ensuite 5 mois de stage en préfecture et un dernier stage en entreprise. Enfin, un an de scolarité à Strasbourg.

Jérémy Mast : La scolarité à l’ENA s’étale sur deux ans. Après un mois passé à Strasbourg pour découvrir mes camarades de promotion et suivre plusieurs sessions de formation thématique, nous sommes tous partis en stage International. Je suis actuellement en stage au sein de l’Ambassade de France en Turquie, où je travaille sur plusieurs sujets de politique extérieure (la crise syrienne, les relations entre la Turquie et la Chine) et intérieure (le statut des minorités religieuses, la situation des réfugiés syriens…). Je partirai ensuite en stage en préfecture pendant 6 mois, avant de réaliser un dernier stage de 2 mois et demi en entreprise. Je retrouverai ensuite mes camarades à Strasbourg pour 8 mois de cours. La scolarité se terminera enfin par les épreuves de sortie, le classement et la prise de poste.

Quels conseils et recommandations donneriez-vous aux futurs candidats au concours externe de l'ENA ?

Suzanne Feydy : Avant tout, ne pas trop se disperser, savoir hiérarchiser. Cela vaut pour la rédaction des copies (savoir hiérarchiser les informations à intégrer dans sa note) mais aussi et surtout pour les révisions. C’est inutile d’avoir des fiches sur 3 manuels différents, 6 ou 7 sources d’infos sur chaque chapitre… Il faut se fixer des priorités dans son apprentissage pour pouvoir ensuite mobiliser ses connaissances.

Ensuite je dirais qu’il faut « bien s’entourer ». Cela ne veut pas forcément dire travailler en groupe, mais il faut savoir ne pas s’isoler et aller chercher de l’aide où elle se trouve quand on a besoin. C’est important pour améliorer la qualité de son travail, se préparer plus efficacement, et aussi tout simplement tenir le coup mentalement. J’ai eu la chance d’avoir des professeurs disponibles, qui m’ont conseillée quand je le leur demandais, par exemple en m’expliquant plus en détail leurs corrections pour que je puisse m’améliorer. Je recommande aussi les systèmes de coaching par des anciens élèves de l’ENA, dont je n’ai malheureusement pas pu bénéficier puisqu’ils n’étaient pas encore accessibles aux non diplômés ; ce qui est désormais le cas.

Enfin je crois qu’il faut garder un état d’esprit le plus positif possible dans la préparation, et pour ça, il ne faut pas se tuer à la tâche. Garder une vie sociale, un rythme de vie correct. Je pense aussi qu’il faut rester curieux professionnellement parlant et, tout en restant concentré sur le concours bien sûr, aller voir les possibilités qu’on a en dehors de l’ENA. C’est un des autres apports de mon alternance : comme je l’ai faite en dehors du secteur public et que j’ai beaucoup apprécié mon poste, j’ai gagné en tranquillité d’esprit sur mon avenir professionnel si jamais je n’avais pas eu le concours après plusieurs tentatives.

Tout le monde sait que le concours de l’ENA comme tous les autres demandent un investissement quotidien et l’apprentissage d’une quantité démentielle de connaissances. Mais je suis persuadé que ce n’est pas la quantité de fiches ingurgitées qui feront la différence le jour des épreuves.

Jérémy Mast :  Pour réussir les épreuves écrites, maitriser la méthodologie est le premier facteur de réussite : il vaut mieux donner une bonne impression d’ensemble avec une problématique bien amenée, un plan travaillé et des références mise en valeur plutôt que chercher le raffinement pour faciliter le travail du correcteur. La lecture rapide de la copie ne modifie pas essentiellement la première impression du correcteur, elle ne fait que la conforter ou l’infirmer à la marge, ce qui se traduit par un ajustement dans une fourchette de 2 points dans la note finale. J’ai dû demander plusieurs fois des corrections approfondies pour bien comprendre les attentes d’un correcteur pressé et travailler mes points faibles en conséquence pour chaque matière.

Pour ce qui est du travail de préparation au long cours, je crois qu’il faut trouver rapidement son rythme de travail et ses méthodes personnelles qui permettront d’être le plus efficace. Personnellement, j’ai toujours veillé à garder un équilibre entre le travail de préparation et une vie étudiante « normale bien que raisonnable » : j’ai gardé des engagements associatifs, je continuais à faire du sport régulièrement, à prendre des vacances… sans culpabiliser ni penser à la préparation. Chacun trouvera sa méthode, mais je ne crois pas qu’un mode de vie monacal soit soutenable sur une préparation de 9 mois.

Enfin, je suis convaincu que le concours de l’ENA est d’abord une épreuve de ténacité. Avec une préparation aussi longue et des épreuves aussi exigeantes, il faut réussir à maintenir un haut niveau de confiance en soi, y compris dans les moments les plus difficiles. Et le jour des épreuves, il faut aller chercher chaque point : rendre une copie même mauvaise plutôt que de faire une impasse éliminatoire ; soigner la forme ; préciser un chiffre ; ajouter une référence originale en culture générale… autant de petits détails qui feront la différence à la fin.

L’École d’Affaires publiques leur souhaite le meilleur pour la suite !

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