Sciences Po et crampons

Sciences Po et crampons

Sarah Boudaoud, étudiante à Sciences Po et footballeuse, raconte son parcours et ses projets
  • Sarah Boudaoud joue au football © Nelson SindfoulSarah Boudaoud joue au football © Nelson Sindfoul

Sarah Boudaoud pratique le football depuis son enfance. Lorsqu’elle a commencé ses études à Sciences Po, elle a fait le choix de continuer sa carrière sportive en parallèle : aujourd’hui diplômée du master politiques publiques, elle joue en première division féminine au club de Football Féminin d'Issy-les-Moulineaux et a été sélectionnée au sein de l’équipe d’Algérie féminine pour la prochaine Coupe d'Afrique. Elle nous parle de ses projets : un nouveau master en finance et stratégie et la création de son association, Wogether.

D’où vient votre intérêt pour les questions d’égalité entre les femmes et les hommes ?

Je pense qu’il s’est construit dès petite : j’étais souvent la seule à faire du sport avec les garçons à l’école, et je ressentais déjà les stéréotypes de genre sans pouvoir mettre un nom dessus. On m’a beaucoup fait ressentir plus jeune que je n’étais pas comme les autres filles, que je pouvais m’intégrer aux groupes des garçons pour jouer avec eux et avoir leur respect, justement parce que je me débrouillais bien dans un domaine qu’ils affectionnent et qui - dans l’imaginaire commun - leur était “destiné” : le sport, et notamment le football. Je pense que c’est ce qui est à l’origine de mon questionnement sur les questions d’égalité puisque j’ai ressenti une acceptation que mes autres amies filles ne pouvaient pas ressentir, pour la seule raison que je savais jouer au football. Par la suite, je me suis beaucoup intéressée aux principes d’égalité, d’équité, et de discrimination positive. Les injustices de toutes sortes m’ont toujours fait bondir, et il m’est apparu normal de m’intéresser aux causes des inégalités entre femmes et hommes dans notre société.

Vous avez obtenu le Certificat égalité femmes-hommes et politiques publiques en 2019. Pourquoi avez-vous rejoint cette formation ?

J’ai vu cette formation comme une chance pour moi d’acquérir de réels outils pour lutter, à mon échelle, contre les inégalités que subissent les femmes de plein fouet dans de nombreux domaines, mais aussi comme un moyen de gagner en légitimité en ayant de la matière pour renforcer mon propos lorsqu’il faut convaincre que ces inégalités existent, et pourquoi il faut les combattre.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l'articulation entre vos études, votre carrière sportive et votre activité professionnelle ?

Il y a beaucoup de choses à dire... J’ai un parcours assez particulier puisque j’ai fait toute ma scolarité à Lyon, tout en étant au centre de formation de l’Olympique lyonnais jusqu’à mes 18 ans. Quand j’ai été admise à Sciences Po, j’ai dû changer de club mais j’ai souhaité poursuivre mon activité sportive, ce qui m’a poussée à rejoindre l’équipe du Football Féminin d'Issy-les-Moulineaux. Je n’ai jamais arrêté le football et j’évolue actuellement au plus haut niveau national de football français, en Division 1, en parallèle de mes études. Depuis maintenant un an et demi je suis aussi assistante parlementaire pour un député de la majorité, tout en ayant débuté à la rentrée 2020 un nouveau master à Sciences Po, en finance et stratégie.

Tout ça fait beaucoup d’activités mais j’arrive à m’en sortir en me fixant une organisation en début d’année et en essayant d’y déroger le moins possible pour ne pas prendre de retard. Par exemple la journée j’alterne entre mes cours et mon travail à l’Assemblée, et en fin de journée je me dépêche d’aller au foot car nos séances débutent tous les jours à 18h. Je dois avouer que le fait d’avoir la tête sur plusieurs projets en même temps ne facilite pas ma récupération et peut parfois jouer sur mes performances sportives… Mais c’est un choix de vie dont je suis fière car il me permet de me sentir complète et équilibrée !

En quoi consiste votre association Wogether ?

Wogether est la contraction de Women Together : c’est la concrétisation des acquis du Certificat égalité femmes-hommes et politiques publiques et de ma longue expérience dans le football féminin. Mettre en pratique ce que j’ai appris au sein du Certificat égalité me tenait vraiment à cœur : une fois la formation terminée, j’ai tout de suite réfléchi à comment je pouvais m’investir pour ne pas perdre mes acquis. J’ai donc beaucoup réfléchi et ai souhaité me lancer dans l’un des domaines que je connais le mieux : le sport.
J’ai donc créé l’association Wogether en mars 2020 : elle a pour but d’accompagner les femmes qui pratiquent le football à haute intensité. Je sais à quel point il peut être complexe de vouloir mener un double projet, ou de simplement penser à une organisation afin de s’épanouir tout autant dans notre vie sportive que dans notre vie professionnelle. C’est pourquoi je souhaitais qu’une structure puisse aider ces sportives de tous âges, qu’elles soient en questionnement sur leur orientation, en recherche d’emploi, ou en reconversion : cette association est aussi un moyen de former ces femmes sur des compétences qu’elles doivent maîtriser pour s’insérer de manière pérenne dans la sphère professionnelle, tout en leur permettant d’élargir leur réseau au travers de rencontres entre adhérentes et évènements avec des partenaires.
Pour l’instant l’association est créée administrativement. Elle accompagne déjà quelques profils mais n’a pas encore été officiellement lancée. La crise du COVID a repoussé mes projets mais les activités de Wogether devraient officiellement débuter en début d’année 2021 : j’aurai alors déjà finalisé nos premiers partenariats, et fixé la date du premier évènement.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Le choix de suivre un second master, en finance et stratégie, à l’École du management et de l’innovation de Sciences Po est bien réfléchi et me permet d’entrevoir plus sereinement mes projets de création d’entreprise à moyen terme, dans le conseil principalement.
Avant de me lancer dans ces projets entrepreneuriaux, je souhaite m’investir dans mon association, et dans le sport en général, en ayant conscience des besoins, notamment chez le public féminin, et en cherchant à mettre en place des moyens d’aider ce public à s’épanouir. Et en parallèle je compte bien-sûr continuer mon activité de footballeuse tant que le temps et l’énergie me le permettront !

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